Entre pairs

Le blog francophone de la fondation pour les alternatives P2P




Archive for January, 2007

Conférence-débat proposée par le cercle Gramsci

26th January 2007

Conférence-débat proposée par le cercle Gramsci
Le peer to peer (P2P) : nouveau modèle de civilisation ?
avec  Michel  BAUWENS
(animateur de la Foundation for P2P Alternatives)
vendredi 2 février 2007 à 20h30 salle Jean-Pierre Timbaud  Limoges (derrière Mairie)

(Pour celles et ceux qui souhaitent participer à un atelier-rencontre impromptu avec Michel Bauwens et en savoir plus sur la Fondation pour les alternatives P2P, rendez-vous à 15h samedi 3 février au château de Ligoure 87110 Le Vigen) inscription et information : fjucher(at)club-internet.fr
Beaucoup d’entre-nous sont familiers avec la notion de « peer to peer » (P2P) dans le domaine technologique et connaissent les nombreuses controverses suscitées par l’échange (en fait le « partage ») de contenus musicaux et audiovisuels.
Michel Bauwens développe une conception  du peer to peer, ou « pair à pair », bien plus large. Il s’agit en fait d’une dynamique entre les personnes caractéristique des réseaux distribués (et non pas simplement décentralisés). Le but de cette conférence est double :
- montrer tout d’abord que le peer to peer est une véritable nouvelle forme d’organisation sociale, apte à produire et échanger des biens, à créer de la valeur etc. ;
- chercher à établir que le P2P a le potentiel pour devenir le pilier d’un nouveau mode d’économie politique, voire d’un nouveau type de civilisation.

Un réseau P2P se caractérise par le fait que les ordinateurs sont organisés sans hiérarchie. Il s’agit d’un réseau égalitaire, d’une forme d’intelligence distributive et coopérative. Est peer to peer tout réseau où les membres sont considérés comme égaux, peuvent agir selon leurs besoins et leurs capacités et où il y a absence de représentation (chacun y garde son pouvoir).
Ces dispositifs qui fonctionnent dans le cadre des nouvelles technologies correspondent à l’émergence et la réalisation de nouvelles aspirations et de nouveaux rapports entre les humains : une « civilisation de pairs ». Des auteurs comme Miguel Benasayag, Alain Badiou, Jean –Luc Nancy, Antonio Negri et autres décrivent chacun à leur manière cette grande transformation culturelle.
Aujourd’hui, à l’heure où le marché risque de coloniser toute la sphère de la vie, le P2P permet de créer un contre pouvoir qui combine l’échange égalitaire et la création d’une nouvelle sphère cognitive commune, ce que Lawrence Lessing, universitaire américain qui fait référence en matière de droit de propriété intellectuelle, appelle « creative commons ». Les pratiques coopératives ne sont plus de l’ordre de l’idéal, mais génèrent des logiciels libres (« open source »), des encyclopédies (wiki), des médias libres (Indymedia) etc. etc. bien concrets. Cela est d’une importance historique considérable. Les pratiques sociales qui s’exercent dans la sphère P2P sont l’exemple d’un vrai « communisme », car chacun y donne ce qu’il peut et veut, et prend ce dont il a besoin.
Bref, au sein d’un système en crise, nous avons les éléments émergents d’une nouvelle forme de civilisation, ce qui est porteur d’espoirs. Le peer to peer est un nouveau langage qui permet d’exprimer ces espoirs, d’organiser des luttes et de construire des alternatives de vie.

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Michel BAUWENS a été le fondateur de deux entreprises « dotcom » en Belgique. Il a enseigné l’Anthropologie de la société digitale pour l’Institut catholique des hautes études commerciales à Bruxelles, où il a codirigé deux livres du même titre. Avec Franck Theys, il a co-produit le documentaire « TechnoCalyps, the metaphysics of technology and the end of man » (1998) dont une nouvelle version sortira en mai 2007. Depuis 2004, il habite à Chiang Mai, Thailande, où il anime la « Foundation for P2P Alternatives » et travaille à un ouvrage sur la civilisation participative.
 
La Fondation pour les alternatives P2P
Cherche à approfondir les problématiques suivantes :
le P2P se manifeste par des mouvements discrets et séparés, mais ces différents projets ignorent le plus souvent l’existence du système de valeurs qui les lie.
D’où la nécessité d’une initiative commune qui 1) rassemble toutes les connaissances disponibles sur le sujet 2) connecte les gens entre eux et les informe 3) peut organiser des événements à des fins de réflexion ou d’action 4) peut éduquer les gens sur les outils fondamentaux de cette révolution

Pour plus d’information :
Les pages francophones de la fondation http://www.p2pfoundation.net/Category:French (wiki)
L’essai de base explicatif, paru dans la Revue du Mauss n°26 (2ème semestre 2005)
Le blog francophone de la Fondation http://blogfr.p2pfoundation.net/

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Des bienfaits de l’aide anonyme et gratuite

26th January 2007

Dans un article récent, “Samaritans with Keyboards” la Technology Review se penche sur les motivations psychologiques qui poussent les gens à aider leur prochain en ligne, sans en attendre le moindre bénéfice. L’article contraste ainsi les fortunes différentes des services de “questions aux internautes” lancés par Yahoo et Google. Dans les deux cas, il était possible à quiconque de répondre à une question posée en ligne par un visiteur, sur n’importe quel sujet. Yahoo a remporté un franc succès, tandis que Google (pour une fois) a échoué, devant fermer ce service. Contrairement à Yahoo, les “experts” susceptibles de répondre chez Google étaient payés.

La Technology Review liste une série de causes possibles à cette charité bien ordonnée. Pour Howard Rheingold, ” ce n’est pas la nature humaine qui a changé, c’est le coût de la participation qui a terriblement baissé. Si vous êtes un spécialiste des chiens de Prairie du Nebraska, il ne vous coùte presque rien de founir une petite portion de votre expertise”

Pour Patricia Wallace, qui a écrit un livre sur la psychologie de l’internet, c’est l’anonymat qui facilite ce réflexe altruiste: autrement dit, vous ne risquez rien à aider les gens, et personne ne viendra vous chercher des noises si vous vous êtes trompé.

 Mais la motivation la plus intéressante est peut être la suivante: “Si vous êtes payés pour quelque chose, c’est du travail, explique l’auteur de l’article. Sinon, c’est du jeu”. Et de citer une experience au cours de laquelle on fournit des crayons à des enfants   pour qu’ils puissent jouer avec. Certains furent récompensés s’ils le faisaient. Ce furent ces derniers qui abandonnèrent le plus facilement l’activité. Selon le psychologue Nigel Barber  : “…si vous payez quelqu’un pour faire quelque chose, il en tire l’impression qu’il ne le fait pas par plaisir”

Ces conclusions ne peuvent que faire penser aux idées de Pekka Himanen sur “l’éthique  hacker” et l’importance du jeu et du plaisir à l’époque de l’information, à l’opposé de l’éthique protestante du travail qui a prévalu pendant l’ère industrielle.

 

 

 

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Tous au M.I.T!

10th January 2007

Le Christian Science Monitor publie cette semaine (merci à Kurzweil A.I pour avoir relayé cette information) un intéressant bilan de l’opération OpenCourseWare du M.I.T qui a débuté en 2002. Ce projet consistait en effet à mettre en ligne, gratuitement, les cours et éléments d’enseignement des diverses disciplines du M.I.T, afin de permettre leur étude et leur accès à tout un chacun sur le globe. Bien sûr, l’OpenCourseWare ne remplace pas la présence en université, et notamment n’offre pas de diplômes, mais permet l’accès libre à une information de haute qualité dans divers domaines scientifiques.

Depuis le lancement du mouvement OpenCourseWare, nous assure le Monitor, 120 universités ont rejoint le M.I.T et ont commencé à mettre leur cours sur Internet. Ces différentes institutions se sont regroupées en un consortium, et parmi celles-ci on découvrira avec plaisir une école française la “Paris Tech graduate school“. Il existe en fait d’autres membres français du consortium, comme l’Ecole Polytechnique, mais ils ne semblent pas (encore) offrir des ressources Web.

L’article précise également que l’OpenCourseWare n’est qu’un des éléments d’un plus large mouvement pour l’éducation sur l’Internet. Est ainsi mentionné un autre site web, oculture.com (open culture) qui présente l’ensemble des actualités dans ce domaine.

Espérons que la France saura s’engager plus avant dans le mouvement!

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La guerre open source

7th January 2007

John Robb, ancien de l’US Air Force et spécialiste de la lutte contre le terrorisme, tient un blog fascinant dans lequel il développe le concept de “guerre open source”. Il décrit cette notion en l’appliquant à la guerre en Irak dans un article qu’il a écrit pour le New York Times:

“La rebellion [irakienne] n’est pas une fragile organisation hiérarchique mais plutôt un réseau élastique de petits groupes autonomes…[Elle] utilise une approche de communauté open source (similaire au processus de développement actuellement dominant dans l’industrie logicielle) extrêmement rapide et innovante. De nouvelles technologies et tactiques se déplacent rapidement d’une extrémité de la rebellion à l’autre, aidées en cela par un système de transport et de communications irakien d’assez bonne qualité - ce qui est démontré par l’augmentation de la sophistication des bombes artisanales. Cela implique que les cycles d’innovation de la rebellion sont plus rapides que les processus bureaucratiques de l’Armée américaine (pour exemple: son incapacité à fournir en temps voulu les équipements de protection pour les soldats et leurs véhicules) ”

Après avoir analysé les possibles stratégies de sortie de l’Armée US, et conclu à leur échec, Robb ne voit qu’une seule solution viable :

“Il est possible, ainsi que Microsoft l’a découvert, qu’il n’existe pas de bonne réponse monopolistique à un projet open source mature. Dans ce cas, les USA feraient mieux d’adopter l’attitude d’IBM et d’embrasser l’open source. La solution serait alors de renoncer au monopole de l’état sur la violence en utilisant les milices Chiites et Kurdes comme contre-rebellion.”

Mais Robb note également qu’une telle méthode, si elle peut se révéler efficace, serait une victoire à la Pyrrhus:

“Si la contre-rebellion open source reste la seule stratégie viable, elle n’en est pas moins déprimante. Les milices créeront probablement une situation de chaos contrôlé qui permettra à l’administration de crier victoire et quitter le pays. Mais cela laissera des traces terribles en Irak et pourra durer des décennies. On est loin de la promotion de la démocratie au Moyen Orient”.”

Dans un récent article sur son blog, Robb combine la théorie de la “guerre open source” avec celle des “réseaux nomades” de Nassim Taieb. La description qu’il donne des futures stratégies en cours m’apparaît comme la base d’une théorie de l’action adaptée au monde dans lequel nous entrons, bien au-delà du simple domaine militaire:

“La guerre, dans notre environnement complexe actuel […] est très similaire aux domaines de la science ou de la finance où les processus stochastiques dominent. La dominance stochastique impliquant un haut niveau de hasard dans les résultats, les réseaux nomades (par exemple les rebellions open source tendent à générer de  meilleurs retours sur investissement que les activités hautement planifiées (la construction d’une nation). En effet, étant donné que vous ne pouvez planifier les résultats à cause du hasard, l’approche optimale passe par le développement en parallèle d’efforts recourant à une grande variété de méthodes en combinaison avec un réseau prêt à embrasser les innovations inattendues mais utiles”.

Les travaux de John Robb sont à rapprocher de ceux, plus anciens, de Ronfeldt et Arquila sur la Netwar, et peuvent aussi être mis en rapport avec les travaux sur la Guerre Artificielle d’Andrew ilachinski.

Quant à ce monsieur Nassim Taleb, il a l’air tout à fait fascinant et on trouvera une interview qu’il a donné au New Scientist ici.

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Encore du chemin pour l’open peer

3rd January 2007

Les nouveaux modèles participatifs suscitent tant l’enthousiasme qu’on oublie que parfois, certains projets échouent. C’est une telle douche froide qu’a connu récemment la prestigieuse revue scientifique Nature, qui avait récemment tenté d’expérimenter un nouveau système dit “open peer review”(OPR). Le principe en était simple. Dans une revue scientifique d’un certain niveau, les articles soumis sont déjà examinés par un comité de pairs: des scientifiques ayant au moins le niveau de l’auteur, qui ont pour rôle d’évaluer ces derniers, généralement anonymement.

De Juin à Septembre, Nature ouvrit les portes de sa rédaction aux scientifiques travaillant à l’exterieur, qui pouvaient, s’ils le désiraient, émettre des critiques sur les textes destinés à la publication.

d’après Ars Technica, les résultats n’ont pas été à la hauteur: “sur 1400 manuscrits susceptibles d’être évalués pendant cette période, il se trouva seulement 5% des auteurs pour accepter que leur article soit soumis à l’OPR. Les 71 papiers restants reçurent un total de 92 commentaires; La moitié n’en reçurent aucun, tandis que la moitié des commentaires ne concernait que huit desdits papiers”.

Par dessus le marché, la plupart des commentaires étaient dénués d’un contenu véritablement intéressant.

Quelles sont les raisons de cet échec? selon Nature, le caractère compétitif de la recherche contemporaine et le rôle des brevets pourait jouer un rôle. L’OPR risquerait de faciliter les “fuites” d’informations entre laboratoires concurrents, par exemple.

L’auteur de l’article d’Ars Technica pointe un autre problème. Contrairement à ce qui se passe lors des évaluations classiques, les scientifiques jouant le jeu de l’OPR ne bénéficiaient pas de l’anonymat.

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