Entre pairs

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La guerre open source

7th January 2007

John Robb, ancien de l’US Air Force et spécialiste de la lutte contre le terrorisme, tient un blog fascinant dans lequel il développe le concept de “guerre open source”. Il décrit cette notion en l’appliquant à la guerre en Irak dans un article qu’il a écrit pour le New York Times:

“La rebellion [irakienne] n’est pas une fragile organisation hiérarchique mais plutôt un réseau élastique de petits groupes autonomes…[Elle] utilise une approche de communauté open source (similaire au processus de développement actuellement dominant dans l’industrie logicielle) extrêmement rapide et innovante. De nouvelles technologies et tactiques se déplacent rapidement d’une extrémité de la rebellion à l’autre, aidées en cela par un système de transport et de communications irakien d’assez bonne qualité - ce qui est démontré par l’augmentation de la sophistication des bombes artisanales. Cela implique que les cycles d’innovation de la rebellion sont plus rapides que les processus bureaucratiques de l’Armée américaine (pour exemple: son incapacité à fournir en temps voulu les équipements de protection pour les soldats et leurs véhicules) ”

Après avoir analysé les possibles stratégies de sortie de l’Armée US, et conclu à leur échec, Robb ne voit qu’une seule solution viable :

“Il est possible, ainsi que Microsoft l’a découvert, qu’il n’existe pas de bonne réponse monopolistique à un projet open source mature. Dans ce cas, les USA feraient mieux d’adopter l’attitude d’IBM et d’embrasser l’open source. La solution serait alors de renoncer au monopole de l’état sur la violence en utilisant les milices Chiites et Kurdes comme contre-rebellion.”

Mais Robb note également qu’une telle méthode, si elle peut se révéler efficace, serait une victoire à la Pyrrhus:

“Si la contre-rebellion open source reste la seule stratégie viable, elle n’en est pas moins déprimante. Les milices créeront probablement une situation de chaos contrôlé qui permettra à l’administration de crier victoire et quitter le pays. Mais cela laissera des traces terribles en Irak et pourra durer des décennies. On est loin de la promotion de la démocratie au Moyen Orient”.”

Dans un récent article sur son blog, Robb combine la théorie de la “guerre open source” avec celle des “réseaux nomades” de Nassim Taieb. La description qu’il donne des futures stratégies en cours m’apparaît comme la base d’une théorie de l’action adaptée au monde dans lequel nous entrons, bien au-delà du simple domaine militaire:

“La guerre, dans notre environnement complexe actuel […] est très similaire aux domaines de la science ou de la finance où les processus stochastiques dominent. La dominance stochastique impliquant un haut niveau de hasard dans les résultats, les réseaux nomades (par exemple les rebellions open source tendent à générer de  meilleurs retours sur investissement que les activités hautement planifiées (la construction d’une nation). En effet, étant donné que vous ne pouvez planifier les résultats à cause du hasard, l’approche optimale passe par le développement en parallèle d’efforts recourant à une grande variété de méthodes en combinaison avec un réseau prêt à embrasser les innovations inattendues mais utiles”.

Les travaux de John Robb sont à rapprocher de ceux, plus anciens, de Ronfeldt et Arquila sur la Netwar, et peuvent aussi être mis en rapport avec les travaux sur la Guerre Artificielle d’Andrew ilachinski.

Quant à ce monsieur Nassim Taleb, il a l’air tout à fait fascinant et on trouvera une interview qu’il a donné au New Scientist ici.

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