Entre pairs

Le blog francophone de la fondation pour les alternatives P2P




Archive for February, 2007

Nouvelles monnaies en Allemagne

28th February 2007

Selon cet article du Miami Herald (oui, c’est souvent par des sources américaines qu’on apprend des choses sur l’Europe) la pratique de “battre des monnaies” locales se répandrait actuellement en Allemagne. Cela a commencé avec la création du ”Roland” à Brème en 2001, puis se serait répandu dans plusieurs villes dont Berlin avec son “Berliner”.

Le principe de ces monnaies, lancées par des mouvements activistes et écologistes, conssite d’une part à soutenir les activités commerciales locales,  mais aussi à aider diverses initiatives à but non lucratif, elles aussi locales. Ainsi  chaque commerçant ne touche-t-il que 95% d’un “berliner”, le restant allant par exemple à un programme de réhabilitation d’anciens toxicomanes, la création d’un jardin d’enfants, etc.

L’une des caractéristiques du “berliner” est qu’il se déprécie avec le temps, ce qui oblige les possesseurs à le dépenser assez vite, donnant ainsi une dose d’énergie supplémentaire aux activités locales. Ce principe serait basé sur les travaux d’un économiste allemand du début du siècle, Silvio Gesel.

 

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Le Web 3.0 ne sera pas sémantique mais P2P

26th February 2007

Intervention remarquable de Anh-Tuan GAI sur le blog Transnet, dont nous publions ici un large extrait. Nous recommendons la lecture de l’article entier et de ses commentaires.

Anh-Tuan GAI:

Web 1.0: Les contenus sont produits et hébergés par des entreprises.

Web 2.0: Les contenus sont produits par les internautes et hébergés par des entreprises.

Web 3.0: Les contenus sont produits et hébergés par les internautes.
(Cela signifie ne plus héberger son mail sur Gmail, ses photos sur Flickr, etc… Les données sont reçues, stockées et accessibles sur une machine administrée par et physiquement chez l’internaute.)

En quoi cette nuance technique sur l’hébergement rend-elle ce web 3.0 totalement différent du web 2.0 d’aujourd’hui?

1) Sécurité du web: Aujourd’hui, les internautes hébergent leurs données (mail, site web, photos, etc…) sur des serveurs administrés par des compagnies profitables. En hébergeant eux mêmes leurs données, les internautes peuvent héberger des données plus sensibles/privées. Ce web 3.0 donnerait donc accès à un nouveau type de données et permettrait une réelle ubiquité pour toutes les données.

2) Les limites du web: Aujourd’hui, les hébergeurs proposent des services limités en qualité (ex: 5Mo par photo) et en quantité (ex: 3Go pour le webmail). En hébergeant leurs données chez eux les internautes n’auront plus de limites quantitatives et qualitatives. Ce web 3.0 donnerait donc accès à une quantité et une qualité de données illimitées.

3) Liberté et créativité sur le web: Aujourd’hui, changer d’hébergeur est contraignant. Il faut prévenir ses contacts du changement, récupérer ses photos avant de les mettre chez un autre hébergeur, etc… Ceci favorise l’immobilisme et rend plus difficile l’émergence de nouvelles solutions. Pour changer de solution dans ce web 3.0, il suffirait d’installer un nouveau logiciel permettant d’héberger des données et les services associés (client mail, gestion d’albums photos, etc…). Ce web 3.0, comme les logiciels libres, favoriserait donc la créativité des développeurs et permettrait aux utilisateurs de toujours avoir accès aux meilleures solutions.

4) Économie du web: Pour héberger des données dans ce web 3.0, les internautes utilisent les ressources de leur machine (mémoire, calcul et réseau). En utilisant la technologie peer-to-peer qui permet de mutualiser les ressources de millions de machines, ce web 3.0 pourrait proposer gratuitement des services aujourd’hui coûteux (ex: sauvegarde en ligne) ou sans intérêt commercial.”

 

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Le role des videos politiques dans la campagne presidentielle

25th February 2007

Analyse fort intéressante (de la part d’André Gunthert) du rôle des vidéos dans la campagne presidentielle, et en particulier par le biais du site de partage Dailymotion. L’article dans sn intégralité se trouve ici.

Nous reprenons uniquement la conclusion.

André Gunthert:

“L’accusation de trucage est pourtant le plus bel hommage rendu aux activistes du web: les scores qu’ils obtiennent sont si élevés que les observateurs ne peuvent tout bonnement pas y croire. C’est bien là que réside la véritable leçon politique de l’affaire. Pendant que journalistes et blogueurs cherchent sans succès à repérer les preuves des changements apportés par le web à la campagne, les chiffres de consultation de Dailymotion (dont la fréquentation a été multipliée par neuf depuis six mois) attestent qu’un système d’information parallèle s’est déjà mis en place – et que, comme d’habitude, on n’a rien remarqué.

Soupçonner le PS ou le PC de manipulation informatique témoigne qu’on ignore tout des usages qui se sont progressivement développés au sein des réseaux militants depuis l’été dernier. Un système souterrain, auxquels les grands médias n’ont jusqu’à présent pas prêté attention, est aujourd’hui pleinement opérationnel. Grâce aux listes de diffusion et à des cascades de blogs locaux, de multiples micro-réseaux enchâssés forment de puissantes caisses de résonance, qui permettent à plusieurs dizaines de milliers de sympathisants d’accéder, en l’espace d’un ou deux jours, à une information qui n’a été véhiculée par aucun organe de presse. C’est précisément parce qu’ils n’ont pu profiter des facilités d’accès aux grands médias dont bénéficient les sphères gouvernementales que les partis d’opposition ont développé ces réseaux alternatifs, auxquels les ressources de la toile confèrent des moyens inédits.

Les indications fournies par Dailymotion ne sont pas que quantitatives. C’est lorsqu’on analyse au cas par cas les contenus et les situations de réception que l’on perçoit la signification de ce recours. Qu’il s’agisse d’un débat participatif en Alsace ou de la déclaration de candidature de Marie-Georges Buffet, ce n’est pas un hasard si les vidéos les plus regardées correspondent aux sujets les plus délaissés par les grands médias. A l’inverse, la moindre consultation des prises de parole de Nicolas Sarkozy suggère une bonne couverture de ses activités, qui diminue le besoin d’une information complémentaire à son sujet. Les chiffres de consultation de Dailymotion n’indiquent donc pas à proprement parler une “popularité” des contenus. Ils signalent plutôt un déficit d’information par les canaux classiques et permettent de situer avec précision les point aveugles d’une demande inassouvie.

Grâce à ces chiffres, on peut affirmer qu’il existe aujourd’hui en France deux systèmes d’information parallèles, aux caractéristiques complémentaires et en partie antagonistes. Face à la superficialité du traitement médiatique de la campagne qui a marqué les dernières semaines, la demande exaspérée d’une information politique de fond s’est adressée ailleurs. Pour prendre la mesure de la modification du paysage, qu’il suffise de rappeler les règles strictes auxquelles la communication politique est astreinte en période de campagne – alors que nul CSA ne viendra contrôler le bouillonnement des canaux parallèles. Une telle situation est totalement nouvelle dans la période récente. Nul n’est aujourd’hui capable d’anticiper les conséquences de cette fracture.”

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Participation publique: Concert sauvage dans le métro !

22nd February 2007

“Les Naturally 7 dans le métro à Paris, Les voyageurs surpris se lachent à la fin…,Incroyable performance !” Regarde ici.

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Olivier Auber : quelle vision politique pour le réseau?

17th February 2007

Excellent texte d’Olivier Auber à ce sujet , à paraitre prochainement dans Libération:

“A la suite de Google, MySpace et SecondLife envahissent l’Europe avec une facilité déconcertante. Les services les plus rentables du Web 2.0, réputés faire la part belle aux utilisateurs, sont préemptés, sans résistance, par des groupes, le plus souvent nord-américains. Et ce n’est pas faire preuve d’antiaméricanisme que de le dire. Bien que le réseau soit réputé homogène et réparti, le phénomène est extrêmement centralisé ; toutes les données atterrissent dans des machines situées à Palo Alto ou ailleurs. Cette centralisation technique va de pair avec la concentration financière propre au capitalisme informationnel, qui considère les connaissances communes comme des sources de profit. Aujourd’hui, même Yahoo peine face à Google. C’est dire si, dans ce monopoly mondial, l’économie européenne de l’Internet a déjà perdu.

Nous seront digérés, à moins que nous décidions de changer brusquement les règles du jeu, techniques, juridiques et politiques.”

Lire la suite…

Et ici, quelques commentaires de Michel Bauwens à ce sujet :

” Excellent texte. Je me permets néanmoins de faire quelques remarques supplémentaires.Je partage évidemment le souci pour la diversité et l’indépendance des plate-formes collaboratives. Encore doit-on savoir avec précisions de quoi on a peur exactement. Premièrement, il faut quand même ce rejouir, de toute façons de la tendance participative. Il est clair maintenant que la création de valeur n’est plus l’apanage, ni de l’Etat, ni des entreprises, car c’est bien le monde social qui crée la valeur dans ces nouvelles plates-formes. A mon avis, il y a un nouveau type de contrat social qui sous-tend ces plateformes. On pourrait la formuler ainsi:

  • du côté des opérateurs: nous savons que vous créez la valeur, mais aussi, qu’il est difficile de créer une plateforme, donc nous le faisons pour vous. En échange, nous vous demandons l’autorisation d’agréger votre attention et de la vendre aux publicitaires. Le non-dit est cependant: bien que nous soyons conscients de la création de cette valeur, nous devons limiter vos libertes dans l’intérêt de nos profits.

 

  • du côté des utilisateurs: merci d’avoir créer ces plateformes, mais n’oubliez pas que c’est nous qui créons la valeur. Nous savons bien que vous captez une partie de la valeur en la monétisant, mais au fond, nous sommes pas ici pour gagner de l’argent, mais pour nous exprimer et partager. Non-dit: si vous exagérez dans le côté prédateur, nous pouvons toujours aller ailleurs.

Il faut bien voir aussi que dans les plateformes collaboratives, l’intention primaire reste souvent l’expression individuelle, l’intérêt individuel, le partage étant considéré comme un surplus agréable et utile. Donc, il s’agit non de communautés, mais d’individus avec des liens faibles.

A côte de cela, il faut situer ce qu’est une vrai dynamique de la production entre pairs autonomes. Dans ce cas, les individidus forment des communautés pour créer explicitement du contenu, ils ont donc des liens fort. Ces communautés créent le plus souvent leur propre plateforme, utilisent des logiciels libres, s’auto-gouvernent et s’auto-régulent. Dans ce cas, c’est le commun qui est primordial, et fidèle a la logique de la libre utilisation. Les entreprises sont libres de l’utiliser, et de créer des services dérivés monétisables. En échange, ces entreprises qui vivent du commun, vont donc éventuellement créer des écologies de soutien, afin d’entretenir des relations positives avec les communautés de producteurs. C’est le modèle IBM-Linux.

Il s’agit donc de dynamiques essentiellement sociales, de deux contrats sociaux différents, et pas uniquement d’un problème technique qui peut trouver une solution technique dans des réseaux acentrés. Evidemment, de tels réseaux peuvent éviter un contrôle proprietaire sur la technologie, mais non pas éviter des techniques d’agrégation de l’attention.

A mon avis, la solution est dans une conscientisation des utilisateurs et dans le développement une éthique de la participation, qui donnerait comme résultat des nouvelles demandes envers les propriétaires des plateformes collaboratives. Il s’agirait de choisir plus consciemment pdes plateformes qui acceptent les interopérabilités, qui permettent aux utilisateurs d’échanger indépendamment des plateformes, et non de créer des silos isolés. La dialectique est dans ce cas que, plus la pression est grande, plus les logiciels et les services sont interopérables, plus la liberté des utilisateurs s’agrandit, et plus augmentent encore les capacités de pression. La logique est alors: ou bien suivre cette demande sociale, ou bien perdre de l’audience.

A mon avis, suivant la théorie d’Alexandre Galloway, le pouvoir est donc moins dans la notion de propriété, mais dans le protocole, dans le design des plateformes, et de niveau de liberté qu’elles permettent.

On peut donc très bien avoir des réseaux participatifs, sous contrôle des communautés, mais qui pour des raisons d’efficacité technique, décident d’intégrer dans leur architecture, soit des modalités décentralisées, soit centralisées et hiérarchiques. Le tout est de savoir: le design est-il favorable ou non à la diversité et à l’autonomie…”


  

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Jobs et les DRM, suite…

13th February 2007

La suite du texte d’Hervé le Crosnier sur Jobs et les DRM (lire la première partie)

 

 Jobs et les DRM : un point d’inflexion pour les industries de l’informatique

Je voudrais revenir ici sur la surprise provoquée par la lettre de Steve Jobs, et les divers commentaires émis ici ou là.

D’abord, une traduction française est maintenant disponible
Steve Jobs s’exprime sur les DRM

Deux pistes de réflexion s’offrent à nous :
- enfoncer encore le clou pour montrer l’idéologie qui se loge dans les discours de l’industrie du disque et des responsables politiques.
- aller plus loin en repérant les autres conséquences de la position de Steve Jobs, et la bifurcation déterminante que celle-ci provoque dans l’industrie informatique.

1 - Savent-ils lire ?
———————

Les plus fabuleux dans l’aveuglement idéologique sont les représentants de la RIAA, le lobby industriel de la musique aux Etats-Unis : “Apple’s offer to license FairPlay to other technology companies is a welcome breakthrough and would be a real victory for fans, artists and labels,”

Partager les verrous, qu’il est fort ce mythe de “l’interopérabilité” des DRM, roue de secours de ceux qui refusent de regarder la réalité en face.

Malheureusement, Jobs dit exactement le contraire, qu’il est impossible de licencier une technologie de DRM, et que donc il ne souhaite pas distribuer des licences de FairPlay….

Dans le genre faux-cul, notre Ministre de la Culture est pas mal non plus : “Je me réjouis qu’Apple, via son président Steve Jobs, prenne en compte les préoccupations du grand public, des créateurs et du gouvernement qui demandent que l’interopérabilité soit un droit pour tous. L’interopérabilité, c’est-à-dire la liberté pour l’internaute de lire une oeuvre acquise légalement sur tout type de support est une des avancées majeures de la loi sur le droit d’auteur.”

Hum, la Loi du 3 août 2006
text du jour est avant tout une loi pour protéger les DRM de l’activité des citoyens qui peuvent avoir besoin, parce qu’ils possèdent légalement une oeuvre, d’en faire des copies. Avec cette loi, “déplomber” un DRM devient un délit. Cette Loi vise à organiser l’interopérabilité au travers d’une commission et non à partir de l’innovation technologique. Une manière de l’enterrer en beauté.Ce que les représentants des logiciels libres ont souligné durant tout le processus législatif.

Or Jobs nous dit que cette interopérabilité est une illusion. Soit on rend publiques les technologies (et leurs secrets) et on ne pourra pas garantir leur efficacité et leur maintenance, soit on supprime carrément les DRM. Devant la montée de lois inapplicables, il choisit la seconde solution, et c’est cela qui met tout le monde en émoi. C’est certes un sous-produit des Lois françaises et des procès norvégiens, mais pas dans le sens préconisé, dit interopérabilité, qui apparaît techniquement irréaliste, mais bien dans le sens prôné par les opposants à toute forme de DRM.

On ne pouvait finir avec les commentateurs sans évoquer l’inénarrable Hervé Rony, directeur général du Snep (Syndicat national de l’édition phonographique) : “Steve Jobs botte en touche, comme tout fabricant de matériel, pour ne pas avoir à assumer sa part de responsabilité dans l’interopérabilité. […]

Nous n’avons pas eu besoin de Steve Jobs pour nous poser la question de savoir si les DRM doivent ou non être maintenus. C’est une réflexion que les maisons de disques mènent pour leur catalogue,[…] Rappelons que les DRM sont optionnelles, comme l’a souligné la loi Dadvsi. Mais nous considérons qu’elles sont utiles, un postulat essentiel pour protéger les oeuvres sur les
plates-formes.”

Une manière de distinguer les DRM sur supports (aujourd’hui largement abandonnés dans la pratique par les majors, avez-vous acheté des disques avec copy-control ce Noël ?) et la traçabilité des achats sur plate-formes… qui relèverait du vendeur et non des maisons de disques.

C’est, certes, une réponse du berger à la bergère, de l’industrie du disque, pointée du doigt par Jobs, à l’industrie informatique. Mais cela n’en fait pas une réflexion opérationnelle pour son propre secteur industriel.

Et qui ne tient pas compte de la façon dont Jobs veut, justement, se retirer de ce “métier” de gardien auquel Hervé Rony voudrait cantonner l’industrie informatique.

2 -Bifurcation du projet de l’industrie du logiciel
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Il serait certainement trop rapide de considérer que le discours de Steve Jobs est uniquement celui des responsables du “contenant”, des ordinateurs et matériels de lecture. N’oublions pas que Jobs est aussi le premier actionnaire individuel privé de Disney, et que le iPod vidéo doit beaucoup aux négociations Apple-Disney.

Les positions que Steve Jobs vient de prendre sur les DRM vont certainement secouer aussi le Jobs détenteur d’une des principale industrie de contenu de la planète.

N’oublions pas non plus que ce texte est publié alors que s’ouvrent à nouveau les négociations entre la plate-forme iTunes et les majors pour renouveler (en mars) le contrat qui les lient. Rendre public une telle prise de position, c’est aussi un coup de poker dans une négociation commerciale très serrée. Regardons aussi la violence des réactions de Microsoft. Ainsi les déclaration de Jason Reindorp, directeur du marketing pour le Zune : ““irresponsible, or at the very least naïve […]
It’s like he’s on top of the mountain making pronouncements, while we’re here on the ground working with the industry to make it happen;” (The New York Times, 7 fevrier).

Comme toujours, celui qui dit que le roi est nu doit être pendu.
Les plus réalistes au fond, sont les industries du contenu. Les vrais acteurs, pas leurs pseudopodes idéologiques comme le SNEP.

Tiens, EMI, qui projette de vendre en ligne sans DRM au travers d’une alliance avec MySpace (dépêche Reuters du 9 février). Ou Vivendi Universal, qui n’a pas attendu pour préparer une plate-forme gratuite (alors même que ses idéologues, notamment Madame Fourtoux avaient tout fait pour criminaliser le déplombage des DRM dans la loi DADVSI… mais l’appel du business est toujours plus fort que l’idéologie).

Ces industries ont déjà fait le chemin, mesuré combien la stratégie de verrouillage a détourné les clients du music business. Car ce n’est pas le moindre paradoxe que de voir une industrie, qui depuis son origine est intimement liée à son public, perdre toute capacité de leadership envers la jeunesse en quelques années d’errements.

En sera-t-il de même pour l’industrie du logiciel ?

Car ce que dit Jobs est avant tout un point d’inflexion pour l’industrie du logiciel. Celle-ci avait globalement recentré son activité, ou du moins la façon de projeter son activité dans le futur, d’une industrie de service et d’outils vers une industrie de suivi et de contrôle. Tous les projets informatiques récents vont vers une accentuation de la surveillance, du cryptage, des traces, des “garanties” portées aux industries du contenu, et in fine vers la “gestion des identités”. Le projet de numérotation unique des microprocesseurs porté par Intel et Microsoft en étant le symbole le plus abouti.

Pour cette industrie habituée aux phénomènes de “captation privative de clientèle”, qui sont en réalité autant de façons d’organiser le lock-in des usagers (et des “partenaires” industriels), l’évolution vers la gestion des verrous et des compteurs pouvait apparaître naturelle.

Mais Jobs dit que le projet mégalomaniaque du verrouillage est inaccessible. Pas pour des raisons éthiques ou des choix de société, mais bien parce qu’on n’arrêtera pas le fluide numérique, que la nature même des documents numériques est de se reproduire à l’identique pour un coût marginal tendant vers zéro… et que toutes les digues et les contraintes que l’on pourrait porter n’y feront rien. Il est une constante économique qui veut qu’un produit tende à se vendre à son coût marginal… qui est si faible pour le numérique que cela rend impossible la rentabilité industrielle si on doit ajouter le développement, et surtout la maintenance, de systèmes de verrouillage. D’autant que ces systèmes ont un effets pervers en limitant la quantité de ventes possibles pour les produits, sans vraiment brider la quantité de circulation parallèle.

Pire, Steve Jobs constate que le developpement même de l’informatique, et la généralisation mondiale de connaissances et de savoir-faire que ceci a provoqué, jusque dans les mains des usagers (ce que d’autres appellent “The Pro-am revolution”), a créé un vivier de “décrypteurs” et de “hackers” qui, selon son expression, disposent du temps et des ressources informatiques et culturelles pour pratiquer le déplombage, comme un sport et comme un art.

Ajoutons la rupture du lien de confiance entre le show business et ses clients/adorateurs/fans, et nous découvrons avec Jobs que tant la matière grise, que la participation de tous à ce phénomène de passagers clandestin, sont devenus des ingrédients majeurs face auxquels l’industrie de l’informatique est démunie.

Pour Microsoft, cela sonne comme un glas terrible. Pour toute une industrie qui se voyait en “sauveur” des producteurs de contenu, cet aveu est un coup de poignard dans le dos.

3 - Perspectives ?
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Qui sort gagnant ? Les industries du contenu sont maintenant face à une réalité qu’elles ont trop longtemps cherché à nier (cf. l’aveuglement des lobbyistes qui ont porté la Loi DADVSI sur les fonds baptismaux). Mais heureusement, tous les mavericks du système avaient tenté de nouveaux moyens de diffusion qui vont certainement percer la croûte de gel dans les mois qui viennent… MySpace en tête, qui se promet d’être le grand gagnant de l’opération.

Les industries des médias savent vendre ce qu’elles distribuent gratuitement. C’est même leur caractéristique économique. Et les accords entre les Networks et Google pour la diffusion des séries télé sont un exemple de leur compréhension des nouveaux modes d’usage et d’un modèle d’affaire adapté. Cette industrie a déjà su tourner la question du contrôle des flux cryptés en adoptant des “set top boxes” (boîtiers satellites, ou de la télé sur ADSL) dont la clé de cryptage change régulièrement, permettant un modèle de l’abonnement et déjouant les ventes parallèles de boîtiers pirates, tels ceux qui ont fleuris au démarrage de Canal +.

Mais les mieux placés pour reprendre la tête dans la grande course à la ré-organisation économique sont les télécoms, qui gèrent l’autre type de “portiers” (gatekeeper selon la terminologie professionnelle) avec la carte SIM des mobiles : vérification des autorisations d’accès, micropaiements indolores et insensibles, convergence des outils de lecture et d’accèsnotamment avec les téléphones 3G… tous les ingrédients sont au rendez-vous.

Remarquez que pour ces deux dernières industries, la question de l’abonnement, de la gestion de compteurs est au coeur de leurs métiers. Car ce qui rend illusoire le projet des DRM, c’est que ceux ci sont directement associés à des biens numériques indépendants de leur source (i.e. que l’on doit, ou pense, pouvoir transférer d’appareil en appareil, et sur lesquels, du fait d’un achat initial, on pense avoir une “propriété”, c’est-à-dire un droit d’usage permanent et non-contrôlé).

Finalement, la ré-orientation vers les formules d’abonnemment semble la voie la plus crédible pour les biens numériques. Restent bien évidemment de nombreux problèmes, en particulier ce qu’on appelle l’informatique pervasive, c’est-à-dire la connexion permanente, y compris de nos appareils portables. Mais le modèle gratuit, ou du paiement volontaire (tel qu’il est pratiqué par les logiciels libres, adossés sur des fondations, ou par certaines nouvelles entreprises de la musique comme Nettwerk Music Group au Canada : ) reste aussi une hypothèse crédible.

Au fond, les questions de société et de liberté qui étaient associées au verrouillage numérique des DRM, sont maintenant confrontées, au delà d’une opposition éthique et citoyenne, aux propres contradictions économiques du système. C’est vraisemblablement comme cela que finissent toutes les mobilisations : les idées sont intégrées au fonctionnement du système, au moins de façon détournée. Cela se traduit par la victoire globale des plus innovants, des plus “à l’écoute”, mais aussi, et c’est ce qui nous laisse des raisons d’espérer, par une avancée des projets et des idées portées par les mouvements citoyens…. qui doivent alors rebondir pour repérer les prochaines failles par lesquelles la soif de profit et de contrôle va percuter les droits des citoyens. Pour les colmater au plus vite et protéger nos vies de la marchandisation complète.

Nous venons, avec l’aveu de Steve Jobs de marquer un point qui comptera très fort dans le futur proche. Bien évidemment la question des DRM reviendra. Les industries blessées sont souvent les plus farouches. Mais nous aurons dorénavant un argument de poids. Un acquis qui doit nous inciter à continuer la défense et illustration des nouveaux modèles coopératifs et libres qui sont rendus possibles par le numérique et les réseaux.

Hervé Le Crosnie

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Hervé le Crosnier: le jour où Steve Jobs prononça l’oraison funèbre des DRM

9th February 2007

 

Voici un texte d’Hervé le Crosnier sur les dernières déclarations de Steve Jobs: 

En ce 6 février 2007, Steve Jobs a publié sur le site de
   Apple ce qui pourra être considéré comme l’oraison funèbre
   des DRM.

   Dans le long texte que je mets ci-dessous, le patron
   de Apple (mais aussi bientôt le principal actionnaire
   privé de Disney, ce qui nous promet des suites plutôt
   réjouissantes) jette l’éponge.

   Un sacré numéro que de plier sans rompre et de repasser
   la patate chaude aux autres acteurs du système de la
   musique numérique.

   Un acte de contrition dont l’explication est donnée dans
   le dernier paragraphe : le problème vient d’Europe, avec
   ces pays qui insistent sur “l’interopérabilité des DRM”
   (référence aux procès de Suède et à la loi française).

   Avec ce coup de pied de l’âne : “si l’Europe ne veut pas
   d’un marché avec DRM, que le vieux continent convaincque
   d’abord les majors de la musique qui sont principalement
   des transationales d’origine européenne”.

   Reprise du raisonnement, qui semblera limpide et si familier
   aux défenseurs de la liberté de circulation réticulaire
   des biens numériques.

   Acte 1 : les systèmes verticaux actuels (Apple avec son
   iPod-iTunes, Microsoft avec son Zune, et Sonny-Connect)
   ont offert aux amateurs de musique le meilleur, une évolution
   technologique permanente et un nouvel univers de consommation
   de la musique. Mais les usagers en veulent plus : pouvoir
   acheter n’importe où et écouter sur n’importe quoi. Et même
   s’échanger de la musique, faire connaître et faire partager.

   Acte 2 : Ceci est la faute de l’industrie de la musique, qui
   a imposé aux constructeurs (et informaticiens) la “protection
   anti-copie”. Avec mention des règles sybillines imposées,
   comme de mettre à jour en moins d’une semaine les DRM si ceux-ci
   arrivaient à être craqués.

   Acte 3 : Rien ne peut empêcher le flux numérique de circuler.
   Chaque DRM est craqué avant même d’avoir eu le temps de
   s’installer sur tous les ordinateurs honnêtes… et il
   en sera toujours ainsi.

   Acte 4 : il ne reste plus qu’à enterrer les DRM, qui de toute
   façon n’ont pas marché (la musique achetée directement en ligne
   ne remplirait qu’environ 3% des iPods en circulation…).

   Mais le plus beau est à venir : le conseil de Steve :

   Si l’industrie de la musique (elle, vous avez compris, pas
   l’industrie du contrôle, qui vient de jeter l’éponge en restant
   droit dans ses bottes) abandonne ce projet impossible, alors
   naîtra une autre ère économique : de nouveaux distributeurs,
   spécialisés, touchant des catégories particulières, offrant de
   nouveaux modes de promotion et de valorisation vont exploser
   de partout. Il vendront la musique des petits producteurs comme
   des gros. Ces nouveaux entrepreneurs vont relancer la
   demande musicale. “the music industry might experience an influx
   of new companies willing to invest in innovative new stores and
   players. This can only be seen as a positive by the music
   companies.”

   CQFD

   Ah, Steve Jobs aurait-il lu tous les textes qui ont circulé en
   France au moment de la loi DADVSI, aurait-il épluché le flux RSS
   de EUCD.INFO que nous aurions gagné un an de ce nouveau boom
   du music business.

   Tiens, j’aurais une suggestion : si Steve Jobs relisait
   maintenant les textes publiés autour de la notion de “licence
   légale”. On gagnerait certainement encore une année de plus.

   Et RDDV n’aurait plus que ses yeux pour pleurer : toutes les
   industries, les lobbies, les groupes de pression qui lui
   ont fait voter en urgence une loi inapplicable l’auraient
   laissé sur le bord de la route comme une vielle chaussette.
   Et seraient déjà en train d’imaginer un nouvel “modèle
   d’affaire” autour de la diffusion de morceaux sans DRM.

   Mais je suis mauvaise langue : le Sinistre de l’inculture
   ne serait pas seul. Il aurait avec lui tous les avocats qui
   menaçaient si fort, les juristes orgueilleux, et même Eddy
   Mitchell qui se sentait tant et tant humilié que les jeunes
   puissent écouter sa musique “gratuitement”. Hervé Rony,
   le fourrier de l’industrie du disque, ferait du stop pour toute
   l’équipe.

   Macache. Ils tous vont lire Steve Jobs dans le texte.
   Et apprendre à dire “c’est pas moi, c’est l’autre” et
   revenir au galop nous vendre leur prochaine salade. Tiens,
   RDDV expliquant qu’il est en réalité l’inventeur de la
   licence légale… Quelle marrade.

Hervé Le Crosnier

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