Entre pairs

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Hervé le Crosnier: le jour où Steve Jobs prononça l’oraison funèbre des DRM

9th February 2007

 

Voici un texte d’Hervé le Crosnier sur les dernières déclarations de Steve Jobs: 

En ce 6 février 2007, Steve Jobs a publié sur le site de
   Apple ce qui pourra être considéré comme l’oraison funèbre
   des DRM.

   Dans le long texte que je mets ci-dessous, le patron
   de Apple (mais aussi bientôt le principal actionnaire
   privé de Disney, ce qui nous promet des suites plutôt
   réjouissantes) jette l’éponge.

   Un sacré numéro que de plier sans rompre et de repasser
   la patate chaude aux autres acteurs du système de la
   musique numérique.

   Un acte de contrition dont l’explication est donnée dans
   le dernier paragraphe : le problème vient d’Europe, avec
   ces pays qui insistent sur “l’interopérabilité des DRM”
   (référence aux procès de Suède et à la loi française).

   Avec ce coup de pied de l’âne : “si l’Europe ne veut pas
   d’un marché avec DRM, que le vieux continent convaincque
   d’abord les majors de la musique qui sont principalement
   des transationales d’origine européenne”.

   Reprise du raisonnement, qui semblera limpide et si familier
   aux défenseurs de la liberté de circulation réticulaire
   des biens numériques.

   Acte 1 : les systèmes verticaux actuels (Apple avec son
   iPod-iTunes, Microsoft avec son Zune, et Sonny-Connect)
   ont offert aux amateurs de musique le meilleur, une évolution
   technologique permanente et un nouvel univers de consommation
   de la musique. Mais les usagers en veulent plus : pouvoir
   acheter n’importe où et écouter sur n’importe quoi. Et même
   s’échanger de la musique, faire connaître et faire partager.

   Acte 2 : Ceci est la faute de l’industrie de la musique, qui
   a imposé aux constructeurs (et informaticiens) la “protection
   anti-copie”. Avec mention des règles sybillines imposées,
   comme de mettre à jour en moins d’une semaine les DRM si ceux-ci
   arrivaient à être craqués.

   Acte 3 : Rien ne peut empêcher le flux numérique de circuler.
   Chaque DRM est craqué avant même d’avoir eu le temps de
   s’installer sur tous les ordinateurs honnêtes… et il
   en sera toujours ainsi.

   Acte 4 : il ne reste plus qu’à enterrer les DRM, qui de toute
   façon n’ont pas marché (la musique achetée directement en ligne
   ne remplirait qu’environ 3% des iPods en circulation…).

   Mais le plus beau est à venir : le conseil de Steve :

   Si l’industrie de la musique (elle, vous avez compris, pas
   l’industrie du contrôle, qui vient de jeter l’éponge en restant
   droit dans ses bottes) abandonne ce projet impossible, alors
   naîtra une autre ère économique : de nouveaux distributeurs,
   spécialisés, touchant des catégories particulières, offrant de
   nouveaux modes de promotion et de valorisation vont exploser
   de partout. Il vendront la musique des petits producteurs comme
   des gros. Ces nouveaux entrepreneurs vont relancer la
   demande musicale. “the music industry might experience an influx
   of new companies willing to invest in innovative new stores and
   players. This can only be seen as a positive by the music
   companies.”

   CQFD

   Ah, Steve Jobs aurait-il lu tous les textes qui ont circulé en
   France au moment de la loi DADVSI, aurait-il épluché le flux RSS
   de EUCD.INFO que nous aurions gagné un an de ce nouveau boom
   du music business.

   Tiens, j’aurais une suggestion : si Steve Jobs relisait
   maintenant les textes publiés autour de la notion de “licence
   légale”. On gagnerait certainement encore une année de plus.

   Et RDDV n’aurait plus que ses yeux pour pleurer : toutes les
   industries, les lobbies, les groupes de pression qui lui
   ont fait voter en urgence une loi inapplicable l’auraient
   laissé sur le bord de la route comme une vielle chaussette.
   Et seraient déjà en train d’imaginer un nouvel “modèle
   d’affaire” autour de la diffusion de morceaux sans DRM.

   Mais je suis mauvaise langue : le Sinistre de l’inculture
   ne serait pas seul. Il aurait avec lui tous les avocats qui
   menaçaient si fort, les juristes orgueilleux, et même Eddy
   Mitchell qui se sentait tant et tant humilié que les jeunes
   puissent écouter sa musique “gratuitement”. Hervé Rony,
   le fourrier de l’industrie du disque, ferait du stop pour toute
   l’équipe.

   Macache. Ils tous vont lire Steve Jobs dans le texte.
   Et apprendre à dire “c’est pas moi, c’est l’autre” et
   revenir au galop nous vendre leur prochaine salade. Tiens,
   RDDV expliquant qu’il est en réalité l’inventeur de la
   licence légale… Quelle marrade.

Hervé Le Crosnier

One Response to “Hervé le Crosnier: le jour où Steve Jobs prononça l’oraison funèbre des DRM”

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