Entre pairs

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Olivier Auber : quelle vision politique pour le réseau?

17th February 2007

Excellent texte d’Olivier Auber à ce sujet , à paraitre prochainement dans Libération:

“A la suite de Google, MySpace et SecondLife envahissent l’Europe avec une facilité déconcertante. Les services les plus rentables du Web 2.0, réputés faire la part belle aux utilisateurs, sont préemptés, sans résistance, par des groupes, le plus souvent nord-américains. Et ce n’est pas faire preuve d’antiaméricanisme que de le dire. Bien que le réseau soit réputé homogène et réparti, le phénomène est extrêmement centralisé ; toutes les données atterrissent dans des machines situées à Palo Alto ou ailleurs. Cette centralisation technique va de pair avec la concentration financière propre au capitalisme informationnel, qui considère les connaissances communes comme des sources de profit. Aujourd’hui, même Yahoo peine face à Google. C’est dire si, dans ce monopoly mondial, l’économie européenne de l’Internet a déjà perdu.

Nous seront digérés, à moins que nous décidions de changer brusquement les règles du jeu, techniques, juridiques et politiques.”

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Et ici, quelques commentaires de Michel Bauwens à ce sujet :

” Excellent texte. Je me permets néanmoins de faire quelques remarques supplémentaires.Je partage évidemment le souci pour la diversité et l’indépendance des plate-formes collaboratives. Encore doit-on savoir avec précisions de quoi on a peur exactement. Premièrement, il faut quand même ce rejouir, de toute façons de la tendance participative. Il est clair maintenant que la création de valeur n’est plus l’apanage, ni de l’Etat, ni des entreprises, car c’est bien le monde social qui crée la valeur dans ces nouvelles plates-formes. A mon avis, il y a un nouveau type de contrat social qui sous-tend ces plateformes. On pourrait la formuler ainsi:

  • du côté des opérateurs: nous savons que vous créez la valeur, mais aussi, qu’il est difficile de créer une plateforme, donc nous le faisons pour vous. En échange, nous vous demandons l’autorisation d’agréger votre attention et de la vendre aux publicitaires. Le non-dit est cependant: bien que nous soyons conscients de la création de cette valeur, nous devons limiter vos libertes dans l’intérêt de nos profits.

 

  • du côté des utilisateurs: merci d’avoir créer ces plateformes, mais n’oubliez pas que c’est nous qui créons la valeur. Nous savons bien que vous captez une partie de la valeur en la monétisant, mais au fond, nous sommes pas ici pour gagner de l’argent, mais pour nous exprimer et partager. Non-dit: si vous exagérez dans le côté prédateur, nous pouvons toujours aller ailleurs.

Il faut bien voir aussi que dans les plateformes collaboratives, l’intention primaire reste souvent l’expression individuelle, l’intérêt individuel, le partage étant considéré comme un surplus agréable et utile. Donc, il s’agit non de communautés, mais d’individus avec des liens faibles.

A côte de cela, il faut situer ce qu’est une vrai dynamique de la production entre pairs autonomes. Dans ce cas, les individidus forment des communautés pour créer explicitement du contenu, ils ont donc des liens fort. Ces communautés créent le plus souvent leur propre plateforme, utilisent des logiciels libres, s’auto-gouvernent et s’auto-régulent. Dans ce cas, c’est le commun qui est primordial, et fidèle a la logique de la libre utilisation. Les entreprises sont libres de l’utiliser, et de créer des services dérivés monétisables. En échange, ces entreprises qui vivent du commun, vont donc éventuellement créer des écologies de soutien, afin d’entretenir des relations positives avec les communautés de producteurs. C’est le modèle IBM-Linux.

Il s’agit donc de dynamiques essentiellement sociales, de deux contrats sociaux différents, et pas uniquement d’un problème technique qui peut trouver une solution technique dans des réseaux acentrés. Evidemment, de tels réseaux peuvent éviter un contrôle proprietaire sur la technologie, mais non pas éviter des techniques d’agrégation de l’attention.

A mon avis, la solution est dans une conscientisation des utilisateurs et dans le développement une éthique de la participation, qui donnerait comme résultat des nouvelles demandes envers les propriétaires des plateformes collaboratives. Il s’agirait de choisir plus consciemment pdes plateformes qui acceptent les interopérabilités, qui permettent aux utilisateurs d’échanger indépendamment des plateformes, et non de créer des silos isolés. La dialectique est dans ce cas que, plus la pression est grande, plus les logiciels et les services sont interopérables, plus la liberté des utilisateurs s’agrandit, et plus augmentent encore les capacités de pression. La logique est alors: ou bien suivre cette demande sociale, ou bien perdre de l’audience.

A mon avis, suivant la théorie d’Alexandre Galloway, le pouvoir est donc moins dans la notion de propriété, mais dans le protocole, dans le design des plateformes, et de niveau de liberté qu’elles permettent.

On peut donc très bien avoir des réseaux participatifs, sous contrôle des communautés, mais qui pour des raisons d’efficacité technique, décident d’intégrer dans leur architecture, soit des modalités décentralisées, soit centralisées et hiérarchiques. Le tout est de savoir: le design est-il favorable ou non à la diversité et à l’autonomie…”


  

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