Dans les lignes qui suivent est présentée la grille de lecture des nouvelles stratégies participatives des entreprises, employée par Xavier Comtesse: les cinq palliers de l’interactivité
EXTRAIT
La transformation économique et sociale en cours dépend largement du degré d’interactivité choisi dans les relations des organisations (entreprises, Etats, ONG) et leurs clients (consommateurs, citoyens, membres). En étudiant ces niveaux et degrés d’interactivité, il est possible de décrire une ligne de progrès dans la productivité accordée aux usagers. En effet, l’interactivité est une manière de déléguer à l’utilisateur un certain nombre d’actions qui le font entrer plus ou moins dans la chaîne de la création de la valeur. Ainsi l’usager va prendre en charge très concrètement une partie du travail. En observant ce qui se passe sur la Planète Internet, il est plus facile de mesurer ces niveaux d’interactivité entre producteurs et consommateurs. Nous y reviendrons. L’économie, elle aussi subit ce changement de relations spécialement issu d’habitudes prises directement dans l’usage de l’informatique. Afin de clarifier ce concept d’interactivité, nous proposons ci-dessous une classification en cinq niveaux pouvant être subdivisés en autant de sous niveaux nécessaires (nous y reviendrons dans les chapitres suivants). Pour montrer la direction générale du mouvement et pouvoir ainsi donner un instrument pratique aux entreprises privées ou publiques pour leurs futurs services ou produits interactifs, nous allons décrire un premier découpage.
5.1.- Information passive
- Le premier niveau qualifié d’informationnel est le b.a.-ba du site Web. L’information y est maîtresse, sans possibilité de transactions. Ce niveau de base a été non seulement le premier à avoir été mis en place mais reste aujourd’hui le plus fréquenté, même si d’autres niveaux sont accessibles dans le service. Son rôle quoi qu’élémentaire, reste important pour la diffusion des informations à travers le monde. Chacun y a accès et à travers des moteurs de recherche comme Google, on obtient des offres de comparaisons, de benchmarking. En effet, l’utilisateur peut aisément comparer différents sites d’informations, recouper diverses données et agir en conséquence en se forgeant sa propre idée. Ce niveau premier de l’information psssar une extraordinaire interconnexion avec l’ensemble du monde informationnel Web a déjà ouvert de nouvelles perspectives au préalable inexistantes. C’est le concept de la liberté de s’informer soi-même qui fait loi.
5.2.- Self service
- Le second niveau est celui du self service. Il s’agit ici de pouvoir choisir une information, un service ou un produit entre différentes options. Du point de vue du consommateur, c’est comme s’il se retrouvait dans un self service préférant tel produit à un autre en le mettant dans son caddie. Le Shop.ch, Amazon.com, Smart.com sont les meilleures illustrations de tels sites. Dans le domaine de la recherche d’informations, les sites de l’OCDE et ceux des statistiques des gouvernements sont eux aussi des espèces de self services. L’internaute est dans un mode de ” pick and choose”, et son degré de liberté est monté d’un cran par rapport à celui de ses compétences qui elles, stagnent. Cependant, il est à noter que si le premier niveau, celui de l’informationnel s’est substitué aux renseignements téléphoniques, le deuxième en revanche remplace le vendeur. E-booker par exemple, et les autres sites d’offres de voyage ont mis à mal les agences de voyages traditionnelles dans les pays développés. C’est un enjeu de taille.
5.3- Do-it-yourself
- Le troisième niveau est celui du do-it-yourself qui pour l’essentiel réside dans l’ajout d’une procédure. A l’instar d’IKEA, il ne s’agit plus d’acheter un produit mais de suivre une série de procédures très précises qui permettent de monter soi-même son meuble. Il n’est plus question de savoir cliquer sur Internet mais plutôt de maîtriser certains algorithmes. Dès cet instant, il est juste de dire que le consommateur est entré dans la chaîne de production de valeur. Il achève désormais un produit non fini ou un service incomplet. Ce niveau d’interaction marque ainsi une rupture : celle du possomateur [1]. En effet, la consommation classique perd du terrain alors que le consommateur met désormais la main à la pâte. Devenir monteur en meuble, agent bancaire, voyagiste, designer d’ordinateur requiert de nouvelles compétences dont l’enjeu est souvent peu banal. Pour beaucoup de gens, ce niveau constitue une véritable barrière au savoir !
5.4- Co-design
- Le quatrième niveau est celui de la “valeur ajoutée” ou du co-design. Il est question de demander à l’internaute de faire preuve d’initiatives, de réflexions voire de jugements. Encore un degré de plus de liberté avec un champ des possibles qui devient immense. De plus en plus de sites Web offrent ce niveau d’interactivité. Les banques en ligne, la famille des Weblogs ou des “communities of practice” [2] ou encore certains sites de e-learning [3] ont été les précurseurs. On assiste désormais au lancement de concours de design comme ceux de Nokia [4] aux Benelux en 2005, Muji [5] au Japon en 2006, de l’Oréal [6] aux Etats-Unis en 2006. Dans la mesure où la société du savoir commence à dominer celle de l’information. On assiste à un transfert de l’interactivité de plus en plus sophistiquée. Celle-ci évolue vers une contribution en valeur et non plus seulement en action. En effet, pour revenir aux banques en ligne, on s’est aperçu que le nombre d’outils informatiques à disposition, incluaient de plus en plus de simulations d’aide à la décision. Le niveau des procédures a été dépassé à un stade ultime d’analyse et de réflexion pour l’internaute. Ce dernier est enclin à mettre sa propre valeur ajoutée dans le produit. C’est un saut qualitatif majeur et ce n’est qu’un début.
5.5- Co-Création
- Le cinquième palier est celui concernant la créativité elle-même. Il est aujourd’hui encore embryonnaire et certaines pistes et approches laissent penser que nous ne sommes plus trop éloignés d’une nouvelle réalité économique : celle de l’économie directe.. Si nous songeons aux communautés telles que celles des ” open source”, nous pouvons déjà voir les contours d’un phénomène qui ne peut que prendre de l’ampleur. Les exemples de l’encyclopédie “Wikipedia” ou des communautés de programmation des jeux interactifs sont sans doute proches de ce niveau de la créativité collective que nous décrivons. Ces communautés sont organisées autour d’un noyau qui fonctionne sur le principe (approximatif) du ” grid “. Le “create yourself” serait plutôt un “create together” qui évidemment est une révolution en soi. Le programme ” Connect & Develop” [7]de Procter&Gamble qui connecte bles innovateurs du monde entier à la recherche du prochain produit-phare est un exemple récent de ces nouvelles stratégies d’entreprise. Plus de 100 produits nouveaux de P&G sont issus de cette démarche !. A ce niveau, l’évolution est incertaine car plus qu’une question technologique, nous pouvons parler de question culturelle. Allons-nous réellement assister à la naissance d’une intelligence collective (en ligne) si chère au philosophe Pierre Levy[8]. L’enjeu est d’importance car si tel est le cas, une révision totale de notre organisation sociale en découlera. L’école par exemple, où l’enseignement du principe de chacun pour soi est encore de mise avec interdiction formelle et définitive de copier sur son voisin, alors que dans le reste de la vie, il s’agit de collaborer, de se comparer et finalement de s’inspirer.
[1] Terme utilise par IKEA pour désigner les ConsommActeur
[2] voir : http://www.infed.org/biblio/communities_of_practice.htm
[3] voir article de Jeffrey Huang : www.linezine.com/3.1/features/jhmwsh.htm
[4] http://conceptlounge.nokia.be/
[5] www.muji.net/award/
[6] www.loreal.com
[7] http :77pg. t2h.yet2.com/t2h/page/homepageLévy
[8] Pierre Lévy est titulaire de la chaire d’intelligence collective de l’Université d’Ottawa, canada