Marchés financiers virtuels et P2P
21st May 2007
Anshe Chung Studios, une des entreprises virtuelles les plus développées, « se prépare au lancement d’un marché financier virtuel, proposant des produits financiers et un ensemble de services qui vont, pour la première fois, permettre le mouvement et l’investissement de capitaux directs et ce pour plusieurs mondes virtuels. »
Quel rapport avec le P2P ?
Le lien n’est pas direct, mais c’est une étape vers le renforcement des économies et des finances virtuelles et par conséquent une autre étape vers la remise en cause de la concentration de pouvoirs dans le monde réel de l’économie et de la finance. Car ce qui se produit dans les mondes virtuels a forcément un impact sur ce qui se produit dans le monde réel. En effet, les liens entre l’économie virtuelle et celle du monde réel sont multiples.
Premièrement les échanges entre bien virtuels et bien réels forment une passerelle entre les deux économies. Ebay affiche de nombreuses annonces portant sur des biens virtuels. De nombreux autres marchés existent pour le commerce virtuel-réel, et il existe un marché de changes entre les deux (voir http://p2pfoundation.net/Virtual_Gaming_Currencies). Un autre lien fort entre les deux mondes provient du fait que de nombreuses entreprises dans les mondes virtuels sont aussi des entreprises dans le monde réel, certaines ayant plusieurs employés et leurs propres bureaux. Enfin, les monnaies virtuelles sont déjà utilisées dans les échanges du monde réel comme avec toute autre devise réelle (voir http://virtual-economy.org/blog/qq_coins).
Tout ceci inquiète les autorités notamment en Chine et en Corée ou se déploient des lois pour réguler un tel commerce. La taille de ce commerce n’est pas encore alarmante, mais les économies virtuelles se développent très rapidement. Que se passerait-il si les économies virtuelles s’étendaient sur le marché énorme des consoles de jeu? La dernière version de Skype est capable d’envoyer de l’argent à une autre personne, que se passerait-il si eBay (propriétaire de Skype) achetait Anshe Chung Studios ou même Linden Labs (propriétaire de Second Life)? Clairement les puissances de ce monde sont concernées par le progrès des économies virtuelles et personne ne peut prédire comment les choses évolueront. Beaucoup de questions importantes vont être soulevées, comme la protection des biens virtuels, l’alignement des régulations dans les mondes virtuels, la fiscalité de l’activité virtuelle, etc. Les tentatives de régulation des mondes virtuels se confronteront aux mêmes difficultés que la régulation des médias numériques : comment imposer une régulation dans le monde immatériel ? Comment réguler les métavers (méta-univers) open source et P2P?
Pourtant le plus important n’est pas tellement ces luttes entre monde virtuel et monde réel, mais ce qui en ressort: la conscience des limites que nous nous créons dans les deux mondes, et l’évolution qui résulte de l’explosion de ces limites. Metavers et mondes virtuels sont par nature immatériels, créés en premier lieu dans l’esprit des concepteurs qui sont comme des dieux créant des univers. Dans un tel processus, la création de limites est un choix conscient parce qu’aucune limitation physique (excepté la disponibilité des ressources informatiques) n’est là pour contraindre les choix de conception. Un concepteur qui choisit d’imposer une règle empêchant toute personne d’envoyer un message à plus de 100 utilisateurs effectue un choix conscient, pas un choix dicté par les lois du monde physique. Dans la conception de mondes virtuels et plus généralement de n’importe quelle architecture informatique, les possibilités sont quasi-illimitées et seul un acte conscient de création amène les structures et limitations nécessaires à la réalisation d’un monde donné. Dans les sphères politiques, économiques et financières, les limites du monde réel ont fait qu’il était plus facile de choisir des structures centralisées et hiérarchiques, même si cela n’est pas dans l’intérêt du plus grand nombre. Avec une économie distribuée rendue possible par le réseau internet, les architectures P2P deviennent de plus en plus appropriées, et il devient difficile d’ignorer l’intérêt du plus grand nombre, car il s’agit maintenant de participants dont le potentiel de production est considérable et qui ont la capacité de se réorganiser selon les besoins.
Il est donc important de suivre avec intérêt ce qui se passe dans les mondes virtuels, car c’est peut-être dans ces mondes que vont naitre les plus grandes innovations sociales.