Entre pairs

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Archive for the 'Epistémologies et sciences' Category

Hervé Le Crosnier sur la conférence Living Knowledge 3

25th September 2007

(le message qui suit est d’Hervé Le Crosnier)

Bonjour,

Le conférence “Living Knowledge 3″ s’est tenue à Paris du 30 août au premier septembre. A l’initiative de
- La Fondation sciences citoyennes
http://sciencescitoyennes.org

- Le réseau international des boutiques de sciences
http://scienceshops.org

Les thèmes tournaient autour de l’appropriation citoyenne des sciences et techniques, et son complément, l’intégration des questions posées par les citoyens dans la recherche. Il est significatif qu’elle soit organisée conjointement par une association de réflexion et de mobilisation sur le statut de la science et de la technoscience dans les sociétés modernes, et par un réseau de service aux associations et communautés, cherchant à proposer des études, solutions, analyses et recherches à partir de leur demande.

Plus de 300 participants sur 20 pays ; de nombreux compte-rendu d’expériences de “recherche action” ou de “community based and participatory research” (recherches participatives appuyées
sur les communautés, ce dernier terme ayant une connotation différente de celle qui prévaut en France) ; des questions théoriques et des propositions administratives (Communauté Européenne et Région Ile de France, ou Gouvernement du Canada)… la dynamique qui s’y est fait jour a été des plus enthousiasmantes.
La forte présence de la biologie et de la médecine, des techniques informatiques et nucléaires à côté des sciences sociales montre que ces questions de création d’un nouveau rapport entre la recherche et les citoyens touche toutes les activités. La “recherche coopérative” accorde deux savoirs distincts : celui des chercheurs, dotés de méthodologies et s’interrogeant sur leurs propres pratiques et celui des “praticiens” et des groupes concernés (par exemple les paysans
sélectionnant les “semences fermières” travaillant avec des biologistes de l’INRA).
L’expertise” est répartie, et trouver la bonne conjugaison fait avancer les communautés, qui apprennent collectivement, autant que la recherche. Une des issues de cette conférence nous invite à nous interroger sur cette notion d’”expertise”, sur son usage politique et les tenants réels de sa validité scientifique.

Ainsi, traditionnellement, le “transfert de technologie” se fait des Universités en direction du secteur marchand. Ce fut donc très intéressant de voir la DG “développement durable ” de la
Commission européenne lancer une nouvelle appellation: “research for the benefit of special groups”, avec deux branches : l’une pour les entreprises, l’autre pour la société civile. De même,
la proposition de la Région Ile-de-France, qui commence à être imitée, d’initier des PICRI, (Partenariat Institutions Citoyens pour la Recherche et pour l’Innovation)(http://www.picri.fr).

La dynamique des “conférences de consensus” développée par Jacques Testard est elle aussi une nouvelle définition sociale de l’”expertise” : les citoyens font des propositions suite à
des séances plénières (hearings) de questions à des spécialistes ayant des propositions différentes, parfois opposées. Mais à la différence de l’”opinion” qui pourrait se dégager d’un tel
exercice, les “conférences de consensus” organisent un processus de formation préalable, afin que les citoyens qui vont prendre position collectivement (tirés au hasard et ayant accepté de
suivre cette formation) aient acquis dans les trois mois qui précèdent les moyens de comprendre réellement les enjeux. Un processus démocratique nouveau, particulièrement adapté aux technologies de rupture, mais qui peut être élargi dans bien des situations (communes, régions, parlements, inter-associations). Car modifier la perception des groupes et des citoyens est un des résultats d’une recherche participative. Il s’agit de développer un paradigme inverse de la “recherche hélicoptère” (Syed M. Ahmed, Winconsin) dans lesquelles les scientifiques
arrivent dans les communautés, prennent les idées, les échantillons, les données et repartent les exploiter dans leurs universités (pour éventuellement y déposer des brevets comme dans le phénomène dit “biopiraterie”).

Un tel engagement avec les communautés n’est pas sans mettre à risque le chercheur, comme nous a rappelé dans une très émouvante communication Ignacio Chapela, de l’Université de
Berkeley, qui travaillait sur le long terme avec des communautés indigènes d’Oaxaca sur l’analyse de la terre et des plantes au niveau microscopique et génétique. Quand cette
communauté a pu se doter d’un système d’analyse d’ADN, et l’utiliser sur les variétés locales, on s’est aperçu que des gènes modifiés étaient présents sur les maïs… dans l’endroit même où cette céréale est née et a été cultivée et sélectionnée durant des millénaires. Ce qui a grandement fâché l’industrie, et fait connaître au chercheur la puissance de leurs forces de
blocage et de sanction. (la saga complète dans deux articles : The sad saga of ignacio Chapela, John Ross http://www.theava.com/04/0218-chapela.html
Tuez le messager (traduction d’un article de Justin
Gerdes, Mother Jones)

http://www.france.attac.org/spip.php?article231 )

La question de la protection scientifique et juridique des “lanceurs d’alerte” devient un élément essentiel d’une nouvelle politique scientifique. Car la recherche participative est aussi un moyen d’organiser un nouveau “contrat de recherche”, face à la tendance réductionniste et calculatoire des programmes de recherche actuels. Les méthodes et conceptions de la science ont été
bouleversées avec les modes d’évaluation et de financement de la recherche. Dans la stratégie européenne dite “de Lisbonne”, la “société du savoir” développe les recherches qui favorisent la
“compétitivité”, en oubliant l’étude des impacts sur la santé, la durabilité et la compréhension sociale.Helen Wallace de Genewatch (http://genewatch.org) nous a montré que cette dynamique pousse par exemple à la création du secteur de recherche des “Nutrigenomics”, avec l’idée que les aliments doivent être adaptés aux caractères génétiques des individus.

Une telle conception fait disparaître à la fois la clinique médicale, et la notion de symptôme, pour renvoyer à des dispositions individuelles… et donner des médicament “personnalisés” à des gens en bonne santé… qui représentent un marché plus solvable.
La conclusion de Angelika Hilbeck de Zurich représente bien le nouveau défi de la recherche :” organiser un financement pour favoriser les “biens publics” et pas seulement les “publics”".

Organiser le partage global des connaissances par des programmes audacieux et croisés, intégrant toutes les composantes de la société. La privatisation du savoir, liée à la perte d’autonomie des Universités dans le monde entier, et à l’absence de financement pour les laboratoires indépendants, se traduit par deux coins plantés dans la recherche publique : “ce que nous (l’entreprise ayant financé la recherche) savons ne peut pas être partagé (pas de publication) et ce que nous craignons ne peut pas être recherché (pas de financement)”.

Après une telle conférence, la proposition présentée par Gus Massiah de l’ONG CRID (Centre de Recherche et d’Information pour le Développement) d’organiser un nouveau lien entre les
mouvements sociaux et la recherche scientifique et technique a été fortement applaudie. Il s’agit de préparer, dans le cadre du prochain “Forum social mondial” qui se déroulera à Bélem (Brésil) en janvier 2009, la tenue d’une conférence sur la science et la technique, en mobilisant les chercheurs et les universitaires du monde entier pour ce dialogue constructif d’une science coopérative, ouverte sur les problèmes de la société et associée aux mouvements citoyens.

Un appel est en cours de rédaction (ouverte) et sera proposé à signature à la mi-septembre avant d’être rendu public fin octobre, le temps de trouver des relais dans tous les continents
et suivant plusieurs choix et orientations, dans la tradition des forums sociaux. Vous pouvez participer (ou suivre) ce débat pour l’instant uniquement sur une liste de discussion ouverte :

http://le-forum.net/wws/info/wsf-fsm-st

Quand la demande des communautés en analyses, études, rapports, formation populaire et outils techniques rencontre l’offre d’une science ouverte, participative, la “société de la connaissance”
prend un tour nouveau, réellement ancré dans le savoir partagé.

Hervé Le Crosnier

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Inintelligence collective ?

3rd March 2007

selon une étude  à paraitre dans le Journal of Consumer Research, les gens ont plus de mal à sortir des idées nouvelles lorsqu’ils sont en groupe que lorsqu’ils sont seuls.

On a présenté au sujets de l’expérience une marque de soda et on a demandé à chacun d’entre eux de suggérer des noms de marques alternatives. Ils y arrivèrent bien plus facilement en étant seuls qu’en étant groupés par trois.

La cause d’un tel probleme pourrait être la discussion qui s’ensuit chaque fois qu’une proposition est énoncée. Celle-ci pourrait en effet contribuer à faire oublier certaines alternatives. L’autre raison en serait que les stratégies mémorielles sont differentes selon les individus. En groupe, ceux-ci pouraient perdre l’usage de méthodes de raisonnement qui leur sont propres.

Les chercheurs suggèrent donc qu’il est nécessaire aux membres d’une équipe d’examiner la situation chacun de leur côté avant de chercher un consensus.

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La guerre open source

7th January 2007

John Robb, ancien de l’US Air Force et spécialiste de la lutte contre le terrorisme, tient un blog fascinant dans lequel il développe le concept de “guerre open source”. Il décrit cette notion en l’appliquant à la guerre en Irak dans un article qu’il a écrit pour le New York Times:

“La rebellion [irakienne] n’est pas une fragile organisation hiérarchique mais plutôt un réseau élastique de petits groupes autonomes…[Elle] utilise une approche de communauté open source (similaire au processus de développement actuellement dominant dans l’industrie logicielle) extrêmement rapide et innovante. De nouvelles technologies et tactiques se déplacent rapidement d’une extrémité de la rebellion à l’autre, aidées en cela par un système de transport et de communications irakien d’assez bonne qualité - ce qui est démontré par l’augmentation de la sophistication des bombes artisanales. Cela implique que les cycles d’innovation de la rebellion sont plus rapides que les processus bureaucratiques de l’Armée américaine (pour exemple: son incapacité à fournir en temps voulu les équipements de protection pour les soldats et leurs véhicules) ”

Après avoir analysé les possibles stratégies de sortie de l’Armée US, et conclu à leur échec, Robb ne voit qu’une seule solution viable :

“Il est possible, ainsi que Microsoft l’a découvert, qu’il n’existe pas de bonne réponse monopolistique à un projet open source mature. Dans ce cas, les USA feraient mieux d’adopter l’attitude d’IBM et d’embrasser l’open source. La solution serait alors de renoncer au monopole de l’état sur la violence en utilisant les milices Chiites et Kurdes comme contre-rebellion.”

Mais Robb note également qu’une telle méthode, si elle peut se révéler efficace, serait une victoire à la Pyrrhus:

“Si la contre-rebellion open source reste la seule stratégie viable, elle n’en est pas moins déprimante. Les milices créeront probablement une situation de chaos contrôlé qui permettra à l’administration de crier victoire et quitter le pays. Mais cela laissera des traces terribles en Irak et pourra durer des décennies. On est loin de la promotion de la démocratie au Moyen Orient”.”

Dans un récent article sur son blog, Robb combine la théorie de la “guerre open source” avec celle des “réseaux nomades” de Nassim Taieb. La description qu’il donne des futures stratégies en cours m’apparaît comme la base d’une théorie de l’action adaptée au monde dans lequel nous entrons, bien au-delà du simple domaine militaire:

“La guerre, dans notre environnement complexe actuel […] est très similaire aux domaines de la science ou de la finance où les processus stochastiques dominent. La dominance stochastique impliquant un haut niveau de hasard dans les résultats, les réseaux nomades (par exemple les rebellions open source tendent à générer de  meilleurs retours sur investissement que les activités hautement planifiées (la construction d’une nation). En effet, étant donné que vous ne pouvez planifier les résultats à cause du hasard, l’approche optimale passe par le développement en parallèle d’efforts recourant à une grande variété de méthodes en combinaison avec un réseau prêt à embrasser les innovations inattendues mais utiles”.

Les travaux de John Robb sont à rapprocher de ceux, plus anciens, de Ronfeldt et Arquila sur la Netwar, et peuvent aussi être mis en rapport avec les travaux sur la Guerre Artificielle d’Andrew ilachinski.

Quant à ce monsieur Nassim Taleb, il a l’air tout à fait fascinant et on trouvera une interview qu’il a donné au New Scientist ici.

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Encore du chemin pour l’open peer

3rd January 2007

Les nouveaux modèles participatifs suscitent tant l’enthousiasme qu’on oublie que parfois, certains projets échouent. C’est une telle douche froide qu’a connu récemment la prestigieuse revue scientifique Nature, qui avait récemment tenté d’expérimenter un nouveau système dit “open peer review”(OPR). Le principe en était simple. Dans une revue scientifique d’un certain niveau, les articles soumis sont déjà examinés par un comité de pairs: des scientifiques ayant au moins le niveau de l’auteur, qui ont pour rôle d’évaluer ces derniers, généralement anonymement.

De Juin à Septembre, Nature ouvrit les portes de sa rédaction aux scientifiques travaillant à l’exterieur, qui pouvaient, s’ils le désiraient, émettre des critiques sur les textes destinés à la publication.

d’après Ars Technica, les résultats n’ont pas été à la hauteur: “sur 1400 manuscrits susceptibles d’être évalués pendant cette période, il se trouva seulement 5% des auteurs pour accepter que leur article soit soumis à l’OPR. Les 71 papiers restants reçurent un total de 92 commentaires; La moitié n’en reçurent aucun, tandis que la moitié des commentaires ne concernait que huit desdits papiers”.

Par dessus le marché, la plupart des commentaires étaient dénués d’un contenu véritablement intéressant.

Quelles sont les raisons de cet échec? selon Nature, le caractère compétitif de la recherche contemporaine et le rôle des brevets pourait jouer un rôle. L’OPR risquerait de faciliter les “fuites” d’informations entre laboratoires concurrents, par exemple.

L’auteur de l’article d’Ars Technica pointe un autre problème. Contrairement à ce qui se passe lors des évaluations classiques, les scientifiques jouant le jeu de l’OPR ne bénéficiaient pas de l’anonymat.

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Un blog sur l’intelligence collective

29th October 2006

Extrait de la newsletter d’Axiopole :

Un nouveau blog sur le thème du management de l’intelligence collective arrive dans la blogosphère. Ce blog vient en complément de cette newsletter. En lisant le dossier sur le Web 2.0, vous découvrirez que la blogosphère est maintenant devenue un espace à part entière d’échanges et de partages des connaissances. Il faut distinguer 2 blogosphères :
1. Celle des journaux intimes où l’on raconte sa vie, certains auteurs parlent d’ego-trip !
2. Celle des leaders d’opinion, des experts, des journalistes professionnels ou amateurs, des cybercitoyens, des cyberpoliticiens qui produisent des contenus et réfléchissent ensemble sur divers sujets. L’ego-trip n’est pas forcément absent mais il y a une dynamique collective plus marquée.

Le blog sur le management de l’intelligence collective est donc un espace d’information thématique qui permettra de mieux faire connaître les enjeux de l’économie du savoir dans le domaine du management.

N’hésitez pas à me faire parvenir vos contributions pour ce blog comme vous le faites déjà pour la newsletter et à venir commenter les billets déjà publiés. Vous pouvez vous abonner par RSS ou e-mail sur ce lien : http://blog.axiopole.info/newsletter-rss/

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