Entre pairs

Le blog francophone de la fondation pour les alternatives P2P




Archive for the 'Société' Category

Kit de survie dans un monde P2P

18th April 2008

Kit de survie dans un monde P2P

Invités : Alain Prochiantz, neurobiologiste, Michel Bauwens, président
de la P2P Foundation et Annie Abrahams, artiste

Jamais il n’avait été possible de voir et/ou contrôler à distance et
dans l’instant d’aussi vastes territoires (humains, objets ou signes)
depuis un même point, qu’il s’agisse d’un centre de commandement, du
siège d’une multinationale ou d’un moteur de recherche. Jamais non
plus les échanges horizontaux n’avaient permis l’émergence de
nouvelles formes de savoir et d’organisation à la Wikipédia. Alors que
les internautes transgressent allègrement les lois (« tous pirates !
»), les entreprises prennent la place des gouvernements sur les
questions de vie privée… Ces mutations s’accompagnent d’une crise
d’identité profonde, soit que les individus ne se reconnaissent plus
dans les édifices hiérarchiques (Etats, organisations commerciales,
etc.), soit que les échanges non hiérarchisés ne représentent pas
(encore) une réalité tangible pour eux. Peut-on imaginer de
s’affranchir du centre physique, comme le suggèrent les développements
des protocoles du P2P (peer to peer, pair à pair ou point à point, les
transferts d’informations d’un ordinateur à un autre) dans la future
version de l’Internet (IPv6) ?

Comment vivre dans un monde pair à pair, de qui à qui et d’où à où?
Pour leur deuxième édition, les rencontres « Internet mon Amour », à
l’initiative d’«artisans» du réseau (chercheurs, artistes, critiques,
observateurs et activistes), invitent à croiser les regards : Annie
Abrahams, net-artiste sensible, qui, au travers de performances on et
offline, interroge la part organique des échanges virtuels, Alain
Prochiantz, neurobiologiste professeur au Collège de France, qui a mis
à jour certains phénomènes d’échanges intercellulaires (des échanges
P2P biologiques ?) et Michel Bauwens, président de la Fondation P2P
qui défend un modèle
non-hiérarchique d’interaction sociales) rapprocheront leurs visions
d’un corps social et d’un corps biologique en cours de redéfinition.

Après une première séance, « Faut-il avoir peur du Web 2.0 ? », en
février dernier autour de Geert Lovink, théoricien des médias, les
rencontres «Internet mon amour» tissent des liens entre réseaux
immatériels et monde de la pensée (écrivains, biologistes,
philosophes). Parce que les enjeux culturels, économiques, politiques,
sociaux et identitaires d’Internet dépassent ses acteurs.

Les « artisans » d’Internet mon amour: Olivier Auber, chercheur,
Xavier Cahen, net-artiste, Agnès de Cayeux, net-artiste, Géraldine
Gomez, curatrice au Centre Pompidou, David Guez, artiste hacktiviste,
Valentin Lacambre, figure de l’Internet indépendant, fondateur
d’Altern et Gandi, Nathalie Magnan, tacticienne des médias et
cyberféministe, Albertine Meunier, net-artiste, Annick Rivoire,
créatrice du site Poptronics, Anne Roquigny, curatrice nouveaux
médias, Cyril Thomas, historien de l’art.

Une production du Centre Pompidou <http://www.centrepompidou.fr> en
partenariat avec Poptronics <http://www.poptronics.fr> , l’agenda des
cultures électroniques

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Troisième édition des tables rondes du futur

13th January 2008

http://www.lafabriquedufutur.org/TablesRondesduFuturDesign.html

“Le design du futur” : son rôle dans la prospective et l’innovation, le mardi 15 janvier 2008 à la Bourse de Commerce de Paris. Colloque de 14h à 19h + cocktail “design, futuriste et sensoriel”.

Le design est un secteur d’activité protéiforme. Il balaye des champs d’activités multiples, espace, surface, objet, mix médias, etc… et de ce fait il est difficilement cernable, car il concerne l’ensemble de nos modes de vie. Et si le design était une voie privilégiée pour détecter des usages émergents, imaginer un futur désirable et le faire advenir ?

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Hervé Le Crosnier sur la conférence Living Knowledge 3

25th September 2007

(le message qui suit est d’Hervé Le Crosnier)

Bonjour,

Le conférence “Living Knowledge 3″ s’est tenue à Paris du 30 août au premier septembre. A l’initiative de
- La Fondation sciences citoyennes
http://sciencescitoyennes.org

- Le réseau international des boutiques de sciences
http://scienceshops.org

Les thèmes tournaient autour de l’appropriation citoyenne des sciences et techniques, et son complément, l’intégration des questions posées par les citoyens dans la recherche. Il est significatif qu’elle soit organisée conjointement par une association de réflexion et de mobilisation sur le statut de la science et de la technoscience dans les sociétés modernes, et par un réseau de service aux associations et communautés, cherchant à proposer des études, solutions, analyses et recherches à partir de leur demande.

Plus de 300 participants sur 20 pays ; de nombreux compte-rendu d’expériences de “recherche action” ou de “community based and participatory research” (recherches participatives appuyées
sur les communautés, ce dernier terme ayant une connotation différente de celle qui prévaut en France) ; des questions théoriques et des propositions administratives (Communauté Européenne et Région Ile de France, ou Gouvernement du Canada)… la dynamique qui s’y est fait jour a été des plus enthousiasmantes.
La forte présence de la biologie et de la médecine, des techniques informatiques et nucléaires à côté des sciences sociales montre que ces questions de création d’un nouveau rapport entre la recherche et les citoyens touche toutes les activités. La “recherche coopérative” accorde deux savoirs distincts : celui des chercheurs, dotés de méthodologies et s’interrogeant sur leurs propres pratiques et celui des “praticiens” et des groupes concernés (par exemple les paysans
sélectionnant les “semences fermières” travaillant avec des biologistes de l’INRA).
L’expertise” est répartie, et trouver la bonne conjugaison fait avancer les communautés, qui apprennent collectivement, autant que la recherche. Une des issues de cette conférence nous invite à nous interroger sur cette notion d’”expertise”, sur son usage politique et les tenants réels de sa validité scientifique.

Ainsi, traditionnellement, le “transfert de technologie” se fait des Universités en direction du secteur marchand. Ce fut donc très intéressant de voir la DG “développement durable ” de la
Commission européenne lancer une nouvelle appellation: “research for the benefit of special groups”, avec deux branches : l’une pour les entreprises, l’autre pour la société civile. De même,
la proposition de la Région Ile-de-France, qui commence à être imitée, d’initier des PICRI, (Partenariat Institutions Citoyens pour la Recherche et pour l’Innovation)(http://www.picri.fr).

La dynamique des “conférences de consensus” développée par Jacques Testard est elle aussi une nouvelle définition sociale de l’”expertise” : les citoyens font des propositions suite à
des séances plénières (hearings) de questions à des spécialistes ayant des propositions différentes, parfois opposées. Mais à la différence de l’”opinion” qui pourrait se dégager d’un tel
exercice, les “conférences de consensus” organisent un processus de formation préalable, afin que les citoyens qui vont prendre position collectivement (tirés au hasard et ayant accepté de
suivre cette formation) aient acquis dans les trois mois qui précèdent les moyens de comprendre réellement les enjeux. Un processus démocratique nouveau, particulièrement adapté aux technologies de rupture, mais qui peut être élargi dans bien des situations (communes, régions, parlements, inter-associations). Car modifier la perception des groupes et des citoyens est un des résultats d’une recherche participative. Il s’agit de développer un paradigme inverse de la “recherche hélicoptère” (Syed M. Ahmed, Winconsin) dans lesquelles les scientifiques
arrivent dans les communautés, prennent les idées, les échantillons, les données et repartent les exploiter dans leurs universités (pour éventuellement y déposer des brevets comme dans le phénomène dit “biopiraterie”).

Un tel engagement avec les communautés n’est pas sans mettre à risque le chercheur, comme nous a rappelé dans une très émouvante communication Ignacio Chapela, de l’Université de
Berkeley, qui travaillait sur le long terme avec des communautés indigènes d’Oaxaca sur l’analyse de la terre et des plantes au niveau microscopique et génétique. Quand cette
communauté a pu se doter d’un système d’analyse d’ADN, et l’utiliser sur les variétés locales, on s’est aperçu que des gènes modifiés étaient présents sur les maïs… dans l’endroit même où cette céréale est née et a été cultivée et sélectionnée durant des millénaires. Ce qui a grandement fâché l’industrie, et fait connaître au chercheur la puissance de leurs forces de
blocage et de sanction. (la saga complète dans deux articles : The sad saga of ignacio Chapela, John Ross http://www.theava.com/04/0218-chapela.html
Tuez le messager (traduction d’un article de Justin
Gerdes, Mother Jones)

http://www.france.attac.org/spip.php?article231 )

La question de la protection scientifique et juridique des “lanceurs d’alerte” devient un élément essentiel d’une nouvelle politique scientifique. Car la recherche participative est aussi un moyen d’organiser un nouveau “contrat de recherche”, face à la tendance réductionniste et calculatoire des programmes de recherche actuels. Les méthodes et conceptions de la science ont été
bouleversées avec les modes d’évaluation et de financement de la recherche. Dans la stratégie européenne dite “de Lisbonne”, la “société du savoir” développe les recherches qui favorisent la
“compétitivité”, en oubliant l’étude des impacts sur la santé, la durabilité et la compréhension sociale.Helen Wallace de Genewatch (http://genewatch.org) nous a montré que cette dynamique pousse par exemple à la création du secteur de recherche des “Nutrigenomics”, avec l’idée que les aliments doivent être adaptés aux caractères génétiques des individus.

Une telle conception fait disparaître à la fois la clinique médicale, et la notion de symptôme, pour renvoyer à des dispositions individuelles… et donner des médicament “personnalisés” à des gens en bonne santé… qui représentent un marché plus solvable.
La conclusion de Angelika Hilbeck de Zurich représente bien le nouveau défi de la recherche :” organiser un financement pour favoriser les “biens publics” et pas seulement les “publics”".

Organiser le partage global des connaissances par des programmes audacieux et croisés, intégrant toutes les composantes de la société. La privatisation du savoir, liée à la perte d’autonomie des Universités dans le monde entier, et à l’absence de financement pour les laboratoires indépendants, se traduit par deux coins plantés dans la recherche publique : “ce que nous (l’entreprise ayant financé la recherche) savons ne peut pas être partagé (pas de publication) et ce que nous craignons ne peut pas être recherché (pas de financement)”.

Après une telle conférence, la proposition présentée par Gus Massiah de l’ONG CRID (Centre de Recherche et d’Information pour le Développement) d’organiser un nouveau lien entre les
mouvements sociaux et la recherche scientifique et technique a été fortement applaudie. Il s’agit de préparer, dans le cadre du prochain “Forum social mondial” qui se déroulera à Bélem (Brésil) en janvier 2009, la tenue d’une conférence sur la science et la technique, en mobilisant les chercheurs et les universitaires du monde entier pour ce dialogue constructif d’une science coopérative, ouverte sur les problèmes de la société et associée aux mouvements citoyens.

Un appel est en cours de rédaction (ouverte) et sera proposé à signature à la mi-septembre avant d’être rendu public fin octobre, le temps de trouver des relais dans tous les continents
et suivant plusieurs choix et orientations, dans la tradition des forums sociaux. Vous pouvez participer (ou suivre) ce débat pour l’instant uniquement sur une liste de discussion ouverte :

http://le-forum.net/wws/info/wsf-fsm-st

Quand la demande des communautés en analyses, études, rapports, formation populaire et outils techniques rencontre l’offre d’une science ouverte, participative, la “société de la connaissance”
prend un tour nouveau, réellement ancré dans le savoir partagé.

Hervé Le Crosnier

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La semaine québecoise de l’informatique libre

1st September 2007

voir :http://www.sqil.info/fr/sqil-2007-quatrieme-edition

“Pour un développement durable

C’est pour une quatrième année consécutive qu’individus et organismes de tous les coins du Québec s’associent pour la Semaine québécoise de l’informatique libre. Le lancement du nouveau site web de la SQIL représente le début de l’organisation des activités qui se dérouleront du 15 au 23 septembre 2007. L’objectif de la SQIL est de promouvoir le logiciel libre et d’entretenir une relation de confiance et de partage entre les usagers et ces logiciels à travers l’entraide et l’échange de connaissances.

Le thème de cette année, Pour un développement durable, engage les participants à forger des bases solides avant et pendant l’événement afin de mieux présenter les enjeux du logiciel libre sous toutes ses formes. Étant en pleine effervescence, la philosophie du libre redéfini notre vision du logiciel et de nos droits quant à celui-ci. Il est donc important de bien informer les gens dès le départ afin de favoriser sa croissance au sein de la population mondiale, autant chez les entreprises, les associations et les particuliers.

Cependant, un événement à l’échelle provinciale ne s’orchestre pas tout seul. C’est pourquoi les organisateurs de la SQIL sont à la recherche de gens voulant aider et participer à l’organisation d’un événement d’une telle envergure. Que vous soyez une entreprise, un organisme à but non lucratif, un média, une école, ou autre, vous pouvez participer à l’effort collectif en proposant des activités, en faisant la promotion de la SQIL et du libre ou bien en donnant un coup de pouce avec l’organisation pour le site web, le dépliant, l’affiche, etc.

Pour de plus amples informations concernant les activités organisées, les ressources mises à votre disposition en tant qu’organisateur ou pour obtenir des informations d’ordre générales, consultez le site web de la SQIL régulièrement.”

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La démocratie non-représentative selon Thierry Crouzet

11th July 2007

Intro de Michel Bauwens :
La Foundation P2P distingue 3 grands processus bases sur la dynamique relationelle entre pairs: la production entre pairs, la gouvernance entre pairs, et la propriété entre pairs. La gouvernance entre pairs est l’ensemble de processus utilisés par les groupes engagés dans des processus de partage ou de production en commun, pour gérer leur projets, prendre des décisions, etc.. La gouvernance entre pairs se distingue de la démocratie representative dans la mesure où chacun participe aux decisions concernant les projets auxquelles il/elle participe. Ces évolutions sont suivis en details dans les pages suivantes ( http://www.p2pfoundation.net/Category:Governance).

C’est donc avec un grand interet que nous lisons la définition suivante de la peer democracy, par Thierry Crouzet, qui réfère entre autres aux travaux de notre collaborateur Vasilis Kostakis ( http://www.p2pfoundation.net/Laser_Theory_of_Social_Change)

Une question fondamentale est la suivante: est-ce que la peer democracy remplace, ou complète, la democratie representative? Le billet de Thierry pourrait faire croire à la premiere hypothese, mais je pense que la democratie est une technique pour gérer des resources rares (la rarete), par contre, la democratie des pairs fonctionne dans un contexte d’abondance, ou le problème de gestion de resources ne se pose pas, ou en tout cas, pas de la même facon.

Qu’en pensez-vous?

Michel Bauwens

Un extrait du “blog du peuple des connecteurs” de Thierry Crouzet

“1. C’est une société d’égal-à-égal, mise en œuvre dans le monde du logiciel libre, du P2P et d’internet en général. On peut en trouver d’autres exemples historiques. J’ai évoqué il y a peu les Apaches.
2. La structure horizontale plutôt que verticale favorise la communication interindividuelle, la réactivité, l’émergence de l’intelligence collective.
3. Puisqu’il n’y a plus de représentant chacun est responsable. Si nous voyons un pauvre, c’est de notre seule faute. Si nous en avons les moyens, nous devons l’aider. L’entraide émerge alors d’un réseau d’entraide (les forums sur internet) plutôt que d’une volonté supérieure incarnée par l’État.
4. Les structures hiérarchiques peuvent apparaître mais ponctuellement : des hiérarchies de projets où des leaders prennent les commandes uniquement le temps des projets. En fait, la hiérarchie n’apparaît que si elle apporte un bénéfice et uniquement pendant cette durée.
5. La décentralisation est corolaire de l’égalité. Des institutions centralisées impliquent en elles-mêmes une forme de hiérarchie. Ce que nous appelons aujourd’hui l’État devient une structure dynamique qui, elle aussi, émerge des interactions entre les individus. L’État serait la somme des réseaux d’entraide.”

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Le marché s’empare des mondes virtuels

4th July 2007

Ces derniers temps mon attention s’est portée sur le phénomène des mondes virtuels, ou métaverses, traduisant ainsi mes découvertes dans quelques articles (voir http://blogfr.p2pfoundation.net/2007/05/21/marches-financiers-virtuels-et-p2p/ et http://blogfr.p2pfoundation.net/2007/06/05/mondes-virtuels-p2p/).

Si aujourd’hui je prends une nouvelle fois la plume c’est pour partager l’idée que les mondes virtuels prennent très rapidement de l’importance (plus rapidement que ce que l’on peut penser) et que le marché est réellement parti à la conquête de ces mondes virtuels. En fait nous entrons dans cette partie très ascendante de la courbe exponentielle d’adoption, et il devient impossible d’ignorer le phénomène. Voici donc quelques articles sélectionnés qui illustrent le fait que les mondes virtuels ne sont plus l’affaire de petites entreprises innovantes et que les grands noms connus du marché sont maintenant impliqués dans le mouvement.

Commençons par cet article d’Agoravox qui s’efforce de prédire l’horizon technologique de 2020 sous forme de 10 prédictions, dont 4 touchent les mondes virtuels et que je reproduis ci-dessous:

3. Nos bureaux auront pignon sur le Net, on ira travailler en se connectant depuis chez nous à un univers virtuel.

Les entreprises flirtent avec les univers virtuels. Elles sont chaque jour plus nombreuses à s’installer dans Second Life et certaines ne lésinent pas sur les moyens. IBM a acheté 12 îles virtuelles dans cet univers virtuel et 250 personnes travaillent à leur développement.

Sun propose des applications destinées à un usage interne, où le virtuel devient l’extension naturelle du travail. Dans MPK20 les employés du groupe peuvent échanger des documents, organiser des réunions, converser… (Confère magazine de vulgarisation sur le Virtual business).

4 Notre provatar rougira lorsque notre patron touchera notre point sensible.

Gartner Group affirme qu’en 2011, 80 % des internautes et les 500 premières sociétés mondiales auront une vie virtuelle. On peut en déduire que nous serons nombreux à avoir des avatars professionnels (des provatars).

Avec le développement de logiciels comme FaceCommunicator d’Oki qui capte les expressions du visage et les transmet au double numérique, l’avatar pourra communiquer de manière non verbale. Enfin, rassurez-vous, les vendeurs de technologie toujours soucieux de nous inciter à l’achat, nous permettront sans doute de filtrer ce clone de bits et d’octets. On pourra lui enlever rides et kilos et autres dommages commis par le temps sur notre être réel et le rendre apte à encaisser toutes les remarques déplacées.

5. Notre travail ressemblera de plus en plus à un jeu vidéo et on passera des tests de jeu lors de l’embauche.

Selon un article du New York Times intitulé pourquoi le travail ressemble de plus en plus à un jeu vidéo, les salariés ayant un profil de joueurs seraient plus loyaux envers leur entreprise, plus autonomes, capables d’innover ou encore de travailler en réseau que les autres… Comme le souligne Jane McGonigal, créatrice de jeu et chercheuse à l’Institut du futur, c’est à croire que “les talents que l’on développe dans les mondes virtuels permettent de régler des problèmes du monde physique“. Une donnée à prendre en compte lorsque vous tenterez de limiter la frénésie ludique de vos adolescents !

7. Nous enverrons un bouquet de fleurs virtuel à nos meilleurs clients.

Les chiffres de vente de biens virtuels sont hallucinants. Chaque année plus de 1,5 milliard de dollars sont dépensés dans des biens virtuels. Tencent, l’un des plus grands portails internet en Chine, a généré plus de 100 millions de dollars, dont 65 % proviennent de biens virtuels. Habbo Hotel a plus de 75 millions d’avatars enregistrés dans 29 pays. La vente de bien virtuels génère environ 60 millions de dollars.

HotOrNot propose des fleurs virtuelles à 10 dollars, donc plus chères que des fleurs réelles. Selon, James Hong, son fondateur, le service a trois composants : « Il y a l’objet en lui même, représenté par l’icône d’une fleur. Il y a le geste d’envoyer une fleur à sa dulcinée en ligne, et enfin il y a l’effet de trophée consistant à montrer à tous que l’on a reçu une fleur. Si la fleur en tant que telle n’est pas très importante, les deux autres le sont. » A fur et à mesure que les barrières entre vie réelle et vie virtuelle vont tomber, le marché des biens virtuels va exploser.

Nous observons donc que les grands noms de ce monde réel sont bien impliqués dans le mouvement.

IBM : qui investit beaucoup dans l’univers de Second Life, voir http://www.google.com/search?hl=en&client=firefox-a&rls=org.mozilla%3Aen-US%3Aofficial&as_qdr=all&q=IBM+second+life&btnG=Search&lr=lang_fr. Bien d’autres grands noms de l’industrie informatique sont aussi impliqué, mais IBM reste un nom connu du grand public et est probablement celui qui investit le plus dans cette aventure.

Gartner : un institut d’étude et d’analyse du marché bien connu dans le monde de l’entreprise se penche sur le phénomène et annonce que d’ici 2011 une grande majorité d’entre nous aura une existence virtuelle, voir http://www.gartner.com/it/page.jsp?id=503861. Leur message aux entreprises est qu’il est temps de s’embarquer dans l’aventure tout en restant prudent. Sauf que dès qu’il y a ruée vers l’or, il y a toujours précipitation, ce qui ne fera qu’augmenter la courbe de croissance du phénomène.

Certes, cela fait quelques mois déjà que les entreprises s’impliquent de plus en plus dans les mondes virtuels. Les articles sur ce sujet ne sont pas nouveaux. Ce qui peut être intéressant de noter sont les différentes manières pour le marché d’aborder les mondes virtuels et quels sont les types de business model mis en œuvre.

Dors et déjà nous pouvons distinguer plusieurs phases dans le phénomène de commercialisation des mondes virtuels, phases auxquelles nous pouvons associer des business model types:

1. Création d’un espace virtuel propriétaire : il s’agit pour une entreprise innovante de créer un ou des espaces virtuels et d’obtenir un revenu au travers de souscriptions et de ventes ou locations de biens immatériels. Les modalités en ce qui concerne l’usage et la possession des biens virtuels peuvent varier grandement, mais il existe toujours une entreprise au centre qui est généralement propriétaire au moins de la technologie lui permettant ainsi de générer un revenu sur son utilisation. Linden Labs (qui possède Second Life) se trouve dans cette première catégorie. Amazon sera aussi dans cette catégorie car ils vont bientôt lancer un monde virtuel « Questville » en association avec leur site « Askville » avec à la clé une monnaie virtuelle permettant aux utilisateurs de Askville de gagner des point pouvant être dépensés sur Questville, voir http://www.virtualworldsnews.com/2007/07/amazon-readying.html.

2. Appropriation de l’espace virtuel : individus et entreprises investissent temps et énergie à créer une présence sur cet espace, avec des motivations très variées. En ce qui concerne les business models nous trouvons :

· Marketing virtuel : l’espace virtuel n’est qu’un moyen pour une entreprise bien présente dans le monde réel d’étendre son activité marketing afin de pouvoir étendre sa présence dans le monde réel.

· Entreprise virtuelle : l’espace virtuel est considéré comme une économie à part entière rendant possible la création d’activité de création virtuelle, e.g. immobiliers, objet virtuels, etc.

3. Interpénétration du virtuel et du réel : une fois l’espace virtuel suffisamment stable et mature, le phénomène d’interpénétration du monde virtuel avec le monde réel, qui commence dès la création de l’espace virtuel, s’accentue et nous observons des business model mixtes avec des entreprises existant dans les deux mondes selon deux modalités principales :

· activité de « passerelle » : achat et vente de bien virtuels dans le monde réel et vice-versa, échange entre monnaie virtuelle et monnaie réelle, etc.

· activité mixte : le monde virtuel n’est qu’une extension du marché réel, et vice-versa, et il devient possible pour une entreprise d’entendre son activité dans le monde virtuel tout comme elle pourrait s’étendre dans un autre pays du monde réel.

Il est évident que ces différents modèles d’entreprises peuvent se mélanger pour obtenir une grande variété de modèles économiques hybrides. De plus ceci reste une analyse très rapide de cette monétisation (virtuelle ou réelle) des mondes virtuels. Une autre analyse intéressante est celle de voir comment la production sociale P2P s’imbrique avec la production marchande dans l’établissement de ces mondes virtuels. Une telle analyse serait d’ailleurs très similaire à celle du Web 2.0 dans lequel nous assistons aussi à un mélange de production sociale au sein de modèles marchands. Je serai donc ravi d’entendre vos commentaires sur ce sujet.

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Jean Michel Billaud: connaissez vous Thierry Leperq?

29th June 2007

Un interessant article tiré du blog de Jean Michel Billaud sur thierry Leperq, le “premier énergéticien photovoltaïque en france”

“Que propose Solaire Direct ?

Installer soi-même un système solaire, que cela soit pour la production d’eau chaude, ou d’electricité, n’est pas une mince affaire… Entre trouver un professionnel qui s’y connaisse (c’est nouveau chez nous - nos artisans ne sont pas toujours très compétents), remplir des dossiers administratifs conséquents (pour obtenir une subvention), etc… Vaut mieux faire appel à Solaire Direct qui va s’occuper de tout en matière d’électricité (Solaire Direct ne s’occupe pas de production d’eau chaude).”
La suite…

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La chasse aux mensonges est ouverte! (presque)

11th June 2007

Le nouveau site d’Olivier Auber risque fort de faire un joli bruit dans le landernau politique:
http://mensonges.info/wakka.php?wiki=Accueil

Mensonges.info est une initiative lancée à la suite de la campagne présidentielle française de 2007 sur base d’un constat: la politique est devenue une industrie. De droite comme de gauche, cette industrie politique traite les citoyens comme des consommateurs, et nous pensons que cette pratique constituent à terme un danger pour la démocratie et pour la paix civile…

Paradoxalement, nous avons décidé d’assumer ce statut de consommateur et de jouer le jeu. Nous allons collecter et évaluer les discours et les projets politiques concurrents, exactement comme on le ferait avec des publicités et des produits commerciaux. Mensonges.info invite donc tous les internautes à contribuer à la création d’une base de données rassemblant des informations aussi factuelles que possible, sur les publicités politiques en vue d’en réaliser des analyses statistiques et des représentations graphiques.

La tâche est immense, car la production politique ne s’arrête jamais et se nourrit de l’oubli de chacun. Toutes les informations pertinentes sont disponibles ça et là dans les médias, mais ne font l’objet d’aucune édition compilée de leur part… C’est donc grâce à l’aide de nombreux contributeurs que la Base de données de MENSONGES INFO pourra les rassembler et les structurer…

Les publicités politiques sont classées dans la base, par auteur, parti politique, région géographique, selon des critères de certitude ( mensonge présumé, attesté, avéré), de nature (omission, falsification des faits, etc), de technique publicitaire (appel à l’autorité ou à l’effet moutonnier, etc.) et sont reliés entre eux par divers mots-clés.

Comme il ne s’agit pas seulement de rire, l’association Mensonges.info fait appel au soutien de tous ceux qui se reconnaîtont dans son objet: mettre en oeuvre des moyens appropriés pour faire inscrire dans la jurisprudence française le délit de publicité politique mensongère applicable au commerce politique, afin que les délinquants soient poursuivis.

Tout le monde est susceptible d’adhérer à l’association Mensonges.info ou de simplement contribuer à ses travaux. Simples citoyens, journalistes, et personnalités politiques de toutes tendances sont ici les bienvenus. Mensonges.info défend jalousement son indépendance vis-à-vis de toutes les industries politiques et agit selon un principe de neutralité qui s’applique à toutes les contributions.

Vous avez noté un mensonge à la télévision ou dans votre journal préféré, avant de l’oublier et de jeter le tout à la poubelle, signalez-le!

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Ves une civilisation de pairs

10th June 2007

Vers une civilisation de pairs

Compte-rendu d’une conference de Michel Bauwens a Limoges, pour le Cercle Gramsci.
On en trouve aussi une version sur le wiki : http://www.p2pfoundation.net/Vers_une_civilisation_de_pairs

Compte rendu proposé par Christophe Soulié. Merci pour cet extraordinaire travail et a Francis Juchereau pour avoir organise la rencontre.

Ce texte peut servir comme introduction aux idees de la Foundation P2P.

Contents

* 1 Introduction
* 2 Bio
* 3 L’exposé de Michel Bauwens
o 3.1 Quelle est la différence entre des réseaux décentralisés et des réseaux distribués ?
o 3.2 Trois grands processus sociaux émergents
o 3.3 Caractéristiques de la production entre pairs :
o 3.4 Démocratisation
o 3.5 Le lien entre Internet, en tant qu’infrastructure peer to peer et les pratiques sociales peer to peer
o 3.6 Le capitalisme cognitif
o 3.7 Comment peut-on faire du commun ?
o 3.8 Le peer to peer sera le noyau de la société.
* 4 Le débat

Introduction

Assez peu de monde pour cette soirée débat du Cercle pour un sujet pourtant très actuel : une vingtaine de personnes, mais de fait une plus grande proximité entre le conférencier et le public, peut-être une mise en pratique, de facto, de cette dynamique “peer to peer”, c’est-à-dire entre pairs, entre égaux, qu’était venu nous exposer Michel Bauwens.

En guise de compte rendu de la soirée, nous proposons une transcription de l’enregistrement. Nous avons éliminé des redondances et fait quelques corrections nécessaires pour une meilleure compréhension. En ce qui concerne le débat, parfois l’enregistrement était peu audible, en raison de la saturation du son. Dans ce cas-là, nous avons essayé de résumer l’intervention. Par ailleurs, la bande magnétique de la cassette s’est cassée au moment de la transcription du débat. De fait il en manque une dizaine de minutes, environ.

Bio

Michel Bauwens est belge, néerlandophone. Une de ses activités consiste à organiser des séminaires pour le monde des affaires. Rédacteur en chef de la revue belge Wave; créateur de deux ‘dot.coms’ belges spécialisées respectivement dans la construction d’intranet/extranet (eCom) et dans le cybermarketing (KyberCo); European Manager of Thought Leadership for USWeb/CKS-MarchFIRST; directeur de stratégie eBusiness Belgacom jusqu’en octobre 2002. Prospectiviste. Co-rédacteur (et enseignant) de deux volumes sur l’Anthropologie de la Societé Digitale (Ichec/ Fac. St. Louis); co-créateur d’un documentaire pour la télévision, TechnoCalyps (sous-titre: the metaphysics of technology and the end of man); ainsi que sur le marketing peer to peer au Japon.

Mais il a été tellement dégoûtée par ce qu’il a vu dans les hautes sphères de ce monde-là qu’il a décidé de prendre deux années sabbatiques pour étudier, pour lire, pour écrire un manuscrit sur le peer to peer, pour développer toute une écologie des sites Web. Depuis mars 2003, il vit à Chaing Mai, dans le nord de la Thaïlande, où il anime la Foundation for Peer to Peer Alternatives, et élabore un manuscrit sur ce sujet.

Le peer to peer est une sorte de communauté, une petite communauté globale locale avec des gens un peu partout dans le monde, en Asie, en Amérique latine, en Europe., aux États-Unis, au Canada, etc.. Il essaye de réfléchir dans ce cadre collectif aux pratiques émergentes qu’il appelle le peer to peer.

L’exposé de Michel Bauwens

En général, les gens connaissent le peer to peer comme une technique pour télécharger gratuitement, illégalement ou non de la musique sur Internet. Dans ce cas précis, ça veut dire que le contenu de cette musique est distribué dans les ordinateurs, un peu partout dans le monde, qui sont tous des pairs, c’est-à-dire des égaux, les uns par rapport aux autres.

Internet : C’est un réseau qui, à l’origine, a été conçue comme un réseau peer to peer, le Web, avec toutes ces pages qui peuvent être publiées partout dans le monde.

Le peer to peer, c’est le format que prend l’infrastructure de la société.

Nous sommes déjà aujourd’hui dans ce qu’on peut appeler le capitalisme cognitif, totalement dépendant de cette infrastructure peer to peer, de pair à pair, entre pairs. La dynamique du peer to peer est une dynamique relationnelle dans les réseaux distribués et de plus en plus une pratique au niveau du monde social. C’est une pratique des entreprises mais c’est aussi une pratique des mouvements de jeunes, etc., pour créer de la valeur en commun.

Quelle est la différence entre des réseaux décentralisés et des réseaux distribués ?

Le réseau centralisé hiérarchique : C’est la forme en toile avec quelqu’un au milieu et un cercle autour et encore un cercle autour. Cela a été la façon classique d’organiser la société pendant des siècles, pendant toute la période hiérarchique de l’histoire humaine.

Le réseau décentralisé : Avec l’avènement de la démocratie, au XVIIIème et XIXème siècles, on a commencé à décentraliser. Par exemple dans le système démocratique, il y a une séparation des pouvoirs. Ceux-ci sont décentralisés. Dans les usines, dans les entreprises, on a de plus en plus une organisation décentralisée.

En quoi cela diffère-t-il d’un réseau distribué ?

Décentralisé, ça veut dire qu’il y a plusieurs pouvoirs. Mais il n’y a pas d’autonomie, de liberté pour les agents du réseau, pas de pouvoir. Prenons l’exemple du transport aérien : si on veut aller de la New Orleans à Minneapolis, on est obligé de passer par le hub d’Atlanta. En tant qu’agent voyageur, on n’est pas libre.

Par contre avec la voiture, on peut aller de mille et une façons de Minneapolis à New Orleans. On est libre, en tant que voyageur de choisir sa route.

Le réseau distribué : Un réseau distribué, c’est un réseau dans lequel les agents, les personnes, sont libres d’établir des relations entre elles et où et il n’y a pas de coercition visible. Il y a d’autres formes de pouvoir. Mais il n’y a pas de hub. Il n’y a pas un patron, une structure qui empêche de créer des liens et d’entreprendre des actions.

Dans ces conditions-là, les pratiques humaines deviennent émergentes. Elle partent d’initiative de personnes qui veulent faire des choses ensemble et qui décident par elles-mêmes de comment elles vont le faire.

Linux, les logiciels libres, alternative à Microsoft ou encore Fire Fox ou Wikipedia sont des exemples de la production entre pairs. Ce ne sont ni des entreprises, ni des hiérarchies de l’Etat mais des gens qui ont décidé, à un moment donné, de produire en commun quelque chose considéré comme nécessaire.

Trois grands processus sociaux émergents

Aujourd’hui, il y a trois grands processus sociaux émergents :

La production entre pairs. Ce sont tous les cas d’espèces où des personnes décident de produire ensemble un commun. 98 % du contenu de Google est de la production entre pairs.

La gouvernance entre pairs. Comment les gens qui produisent en commun Linux font-ils pour travailler ensemble et créer un logiciel qui fonctionne ? Idem pour Wikipedia.

Au niveau de la production immatérielle, il y a une compétition asymétrique entre les entreprises qui doivent payer les gens, qui vont produire par exemple des logiciels et qui vont devoir être en compétition avec des projets qui ne s’appuient ni sur une entreprise, ni sur du capital, ni sur du salariat et qui pourtant produisent une valeur d’usage très importante qui est au moins aussi compétitive que la production des entreprises.

La propriété ou la distribution. Des techniques se développent pour faire perdurer les pratiques de la production et de la gouvernance entre pairs : un système auto-immunitaire pour protéger le commun de l’appropriation par le privé avec des licences comme le GNL. On peut employer du commun à condition qu’on produise aussi du commun avec ce qu’on a trouvé gratuitement. Ces pratiques sont importantes.

C’est l’émergence d’un troisième mode de production ni étatique, ni capitaliste, d’un troisième mode de gouvernance ni étatique, ni privé, d’un nouveau mode de propriété ni public, ni privé.

Quand on pratique de la production entre pairs, comme Wikipedia, on ne produit pas de la valeur d’échange. On produit directement de la valeur d’usage. Il n’y a pas de marché. On est dans l’abondance de la production immatérielle. Les coûts de reproduction sont pratiquement nuls. En soi, ça n’est pas un mode de production capitaliste. Au niveau de la gouvernance, il n’y a pas d’allocations de ressources pour une bureaucratie, qu’elle soit capitaliste ou étatique. Il n’y a pas de propriété privée. La production entre pairs est innovante par rapport à la production capitaliste ou étatique.

Caractéristiques de la production entre pairs :

Equipotentialité : c’est une vision de l’homme qui est multiple. Chaque personne est considérée par rapport à de multiples étalons. On ne peut plus juger la personne par rapport à des attributs formels comme par exemple un diplôme. Aussi on va distribuer, modulariser, atomiser les tâches. Auto-sélection : les gens vont s’auto sélectionner pour faire une tâche. Le contrôle est également distribué. La validation de la qualité se fait aussi par les pairs. Il n’y a pas une instance séparée qui fait le contrôle du travail.

Anticrédentialiste* : l’abandon de ses attributs formels. Ce qui pose la question du statut de la connaissance.

Dans les civilisations pré-modernes, la connaissance est privée et secrète. L’Église ne traduit pas la Bible. Les prêtres ont le monopole sur la connaissance sacrée. Les secrets du travail sont détenus par les guildes ou les corporations. Il y a initiation pour connaître et avoir accès à cette connaissance.

Avec la Modernité, par exemple, avec Diderot, toutes les connaissances doivent être publiques. C’est l’Encyclopédie. C’est le crédentialisme avec des institutions qui vont valider la connaissance. Chez Linux, il n’y a pas de crédentialisme. C’est un changement très important. Autre changement : il se passe au niveau de la transparence et du secret. Dans les entreprises classiques, tout est secret sauf ce qu’on veut partager. C’est le panoptisme. Seule, la hiérarchie a la vision de tout. Puis sur une base de besoin, on accorde des droits restreints pour connaître.

Les projets de production entre pairs sont basés sur la transparence, dès le départ. C’est le renversement de la logique du “tout est transparent sauf ce qu’on ne veut pas partager.” Il y a une innovation sociale très importante dans ce modèle-là.

Dans le capitalisme cognitif, on annule le modèle classique. Production en commun, sans droit d’auteur privatisant, et développement de modèle dérivé, de services dérivés qui vont essayer de monétiser a posteriori la production entre pairs.

Par exemple IBM qui a un intérêt stratégique à la production de Linux, va développer des services dérivés comme de la formation mais sans jamais s’approprier le commun parce qu’ils en sont indépendants. Ils vont créer une écologie des soutiens. Ils vont éviter de s’insérer directement dans le processus de production. C’est là que le capitalisme et la production entre pairs trouvent un arrangement.

Dans tout ce qui concerne la production immatérielle, nous allons vers une situation où la production entre pairs va avoir un développement assez fulgurant. Ça se passe dans l’industrie pharmaceutique, actuellement.

Démocratisation

La production entre pairs est-elle limitée à la production immatérielle ? Quelle est la condition de l’émergence de la production entre pairs ?

Il y a deux conditions : d’une part l’abondance et d’autre part la distribution. Dans le monde immatériel, on est dans le monde de l’abondance. Il y a pas de coûts de reproduction. Il y a abondance d’intellect. Il y a un surplus de créativité qui n’arrive pas à s’exprimer dans le monde du travail. Il y a abondance des moyens de production sous le contrôle des travailleurs : le moyen de production principal d’un travailleur cognitif, c’est l’ordinateur. Le prix d’entrée pour en devenir propriétaire n’est pas très important, comparé au prix qu’il fallait pour lancer une usine.

Première technique :

C’est le Desktop Manufacturing, la capacité de plus en plus de produire chez soi. L’évolution de la technologie va dans le sens d’une miniaturisation, dans le sens de la distribution.

Les tendances de l’économie vont aussi dans ce sens-là. En effet, il faut qu’il y ait distribution pour avoir de la production entre pairs. Le premier mode de transport aux États-Unis, c’est le covoiturage qui est une forme de production entre pairs. 17 % des Américains l’emploient.

Deuxième technique :

Prenons l’exemple de l’automobile. On peut distinguer le travail de conception du travail de production. Même dans le cas où il faut du capital pour la production, il est possible d’envisager une situation où la conception est assurée par des collectifs volontaires. Il existe des collectifs d’ingénieurs qui font du design collaboratif. Il y a même un avion chez Boeing qui se fait de cette façon-là. Le design, c’est du logiciel, c’est de l’immatériel, donc il y a abondance, donc il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas faire ce genre de production en soi. Cela n’est peut-être pas intéressant en France où dans le secteur de l’automobile il y a des sociétés très bien capitalisées. Mais dans les années à venir, on peut très bien imaginer des modèles économiques qui seront basés sur cette production entre pairs, au niveau du design.

Troisième technique :

Développer, d’une façon intelligente, du commun physique. Par exemple, à Amsterdam, voici une dizaine d’années, on a essayé un projet de vélo blanc. Le but était d’avoir moins de voitures dans la ville. La commune mettait des vélos blancs à disposition des usagers. Ça n’a pas marché. Parce que l’individu ne voit pas nécessairement l’intérêt du commun et les gens ont commencé à voler les vélos, et à les repeindre en rouge ou en vert. Et après, il n’y avait plus de vélo. Aujourd’hui, en Allemagne, il y a un projet similaire qui fonctionne depuis plusieurs années. Il combine un objet physique, le vélo, avec un objet logique, une licence qui dit que c’est pour tout le monde, et un objet digital, une clé reliée à un satellite. Donc on sait où est le vélo. Ainsi les vélos ne sont plus volés.

Il y a des milliers de projets dans ce genre-là.

Par exemple “Book crossing”, un projet mondial où on peut laisser son livre et les gens dans le monde entier peuvent savoir où le récupérer.

Idem pour les voyageurs, pour proposer de l’hébergement. Dans le monde entier, il y a une floraison de ce genre de sites d’échange par cette combinaison intelligente du monde physique avec des licences communes et une digitalisation.

Le lien entre Internet, en tant qu’infrastructure peer to peer et les pratiques sociales peer to peer

Il y a des travaux anthropologiques qui concluent les choses suivantes : l’être humain n’est capable de retenir que 150 liens sociaux. Par rapport à notre structure même du cerveau, nous sommes incapables de gérer plus de 150 liens durables. Idem, on ne peut pas maintenir une cohérence d’un groupe au-delà de 500 personnes sans autoritarisme.

C’est une des raisons pour lesquelles une fois que le monde tribal s’est complexifié, on a toujours eu une hiérarchie parce qu’on a dépassé le seuil qui permet la démocratie participative. Mais quand on dit que 80 000 personnes travaillent sur Linux, ce n’est pas comme dans une usine. En fait ce sont tous des projets modularisés.

80 % des projets Linux ont pour auteurs une à quatre personnes. Il y a une technologie qui permet la coordination globale de micro-projets et dans ces micros-projets nous sommes en dessous des seuils qui permettent un mode de production où c’est la participation aux projets qui donne le droit à la co-décision.

En se référant à d’autres travaux d’anthropologie, on peut constater qu’il y a quatre façons subjectives entre les personnes pour créer le lien dans toutes les cultures et tous les temps :

1- La réciprocité :

l’économie du don, dominante à l’ère tribale. On produit du surplus. Celui-ci est dépensé au cours d’une fête. Celle-ci crée les conditions d’une surenchère. C’est la compétition du don. ” Je reçois, ça crée de l’inégalité, je redonne pour recréer l’égalité entre nous. ”

2- Le besoin humain de se comparer :

On se compare avec des attributs formels : la filiation, la propriété, le diplôme qui crée des hiérarchies entre les personnes. C’est le mode dominant à l’époque féodale et impériale.

3- L’échange et le marché avec un étalon commun.

4- Réciprocité par le commun :

C’est la logique du communisme décrite par Marx. Chacun contribue selon ses capacités, selon ses volontés, et chacun peut l’utiliser selon ses besoins. C’est exactement le mode de Linux, de Wikipedia et tous les projets de production entre pairs.

Alors se posent deux questions. Quel est le lien entre cette production communiste et le marché ? Qu’est-ce qu’on peut en penser du point de vue politique ?

Au niveau du marché, le peer to peer ferait partie du marché. Il est immanence. Mais il dépasse aussi le marché. Il est transcendance. Les deux vont de pair.

Pourquoi immanence ? Parce qu’il y a interdépendance entre le peer to peer et le marché. Le peer to peer dépend du marché : c’est le surplus, le développement technologique qui ont permis son émergence.

Mais le marché dépend de plus en plus du peer to peer. Une étude qui vient de sortir aux États-Unis dit que l’innovation sociale, l’innovation technique n’est plus ni à l’université, ni dans les départements recherche des entreprises. Elle se fait soit chez les utilisateurs, soit chez les employeurs.

Aujourd’hui dans un monde complexe où les gens sont connectés en permanence, on ne peut plus dire d’où vient l’innovation. Elle est diffuse. De plus en plus des modèles d’entreprise ont compris ce phénomène et essayé de mobiliser cette valeur sociale dans le public et essayé de la monétiser, ensuite.

Le capitalisme est de plus en plus dépendant des secteurs de production entre pairs.

Pourquoi transcendance ? On est quand même dans un mode de production post-capitaliste : il y a production d’une valeur d’usage qui n’est pas une production de valeur d’échange. Il n’y a pas d’allocations de ressources par le marché.

Le capitalisme cognitif

On voit se développer un nouveau capitalisme dont le modèle n’est plus basé sur le développement d’une innovation et sa protection avec un droit d’auteur.

Par exemple, E-Bay. Que produit cette entreprise ? Rien. Elle n’est qu’une plate-forme collaborative qui permet aux gens de se vendre des objets entre eux. Ce sont les gens qui créent et échangent la valeur. Il y a une plate-forme qui est faite par une entreprise qui essaie de monétiser, d’agréger et de vendre l’attention, par des encarts publicitaires.

En soi, la valeur n’est pas produite par l’entreprise. Idem pour Google qui représente ce qui a été produit par d’autres. C’est une plate-forme de partage des connaissances.

On a là une nouvelle segmentation dans la classe capitaliste de groupement d’entreprises qui ne dépendent plus du droit d’auteur. L’émergence de la valeur est à a posteriori. Dans la production entre pairs, comme on produit d’abord la valeur d’usage, s’il y a valeur d’échange, elle est toujours a posteriori.

Peer to peer et la politique

Ce qui est important, c’est l’émergence de la démocratie dans le monde de la production.

Si on regarde l’histoire on a :

- Le mode féodal : aucune participation.

- Le mode démocratique : on n’a le droit que de choisir qui va nous gouverner.

- Le mode civil : c’est l’émergence des associations avec une avancée de la participation.

Aujourd’hui on peut produire en commun de façon participative. On n’a plus besoin d’entreprise pour créer de la valeur. C’est très important au niveau politique. Ça n’est pas limité au monde de l’immatériel. Il y a de nombreuses passerelles vers le monde physique.

Encore aujourd’hui, on dit : ou il faut centraliser ou réguler ou privatiser comme Blair, en appliquant les règles du privé dans le public.

On est toujours dans cette dualité entre hiérarchie et décentralisation et on fait comme s’il n’y avait pas d’autre choix de décentralisation que le marché.

Or c’est faux puisqu’on a la preuve qu’il y a production autonome de la société civile.

L’Etat peut devenir un métarégulateur. Par exemple, la mairie de Brest a une section ” démocratie locale “. Elle possède du matériel photo, caméra… Les associations ou les individus peuvent les emprunter pour faire des projets de production en commun. Par exemple, sur leur territoire, il y a 1300 km de chemin de douaniers. A partir de là, les gens eux-mêmes vont produire un enrichissement audiovisuel ou écrit, sur ces chemins. On va demander aux personnes de raconter l’histoire du chemin…

Il y a production d’une richesse culturelle, d’une mémoire collective qui n’est menée ni par l’Etat, ni par le privé, mais par les gens eux-mêmes. La ville de Brest a décidé de soutenir cette production autonome du civil.

On a là un mode de production volontaire et passionné. On est très heureux quand on peut travailler comme ça. Si de plus en plus de gens peuvent faire cela au niveau de la production, c’est une avancée.

C’est un mode de production plus productif que le capitalisme, au niveau de l’immatériel. Il est plus démocratique que le mode représentatif. Il a un mode de distribution plus égalitaire, plus universel que le public et le privé.

Ça va encore plus loin : le peer to peer, en tant que théorie, est une méditation sur la rareté et l’abondance.

Quelle est aujourd’hui le plus grand problème dans notre société ?

On vit dans une société basée sur une pseudo-abondance combinée avec une pseudo-rareté. On considère que la nature est abondante, infinie. On la détruit. On détruit la biosphère et en même temps on crée des droits d’auteur abusifs sur le flux culturel qui est en fait abondant par nature. C’est cela qu’il faut changer.

On a besoin d’une société qui reconnaît la rareté du monde physique et qui stimule les flux immatériels et qui change la psychologie des gens par rapport à la valorisation, qui ne se fait plus par la matière mais par l’expression, la reconnaissance…

Comment peut-on faire du commun ?

1- Il faut de la matière première, essentiellement culturelle, puisqu’on est dans l’immatériel. Il faut aussi du ” libre ” et du ” ouvert “. Il faut que la matière première culturelle soit libre d’accès, ouverte et gratuite. C’est le programme du mouvement des ” logiciels libres “. C’est le mouvement du ” contenu libre “, c’est le mouvement contre la bio-piraterie en Inde, etc.

2- Le processus de production doit être participatif. On est dans le domaine de la gouvernance entre pairs. Comment distribuer les tâches ?

Comment abaisser le seuil d’accès ? Comment faire converger les intérêts individuels et collectifs ? Comment faire des projets pour que l’individu sente que son intérêt propre correspond à l’intérêt du commun ? C’est ce qui se passe avec Linux et Wikipedia.

On a fait un design qui fait que les gens sentent que leur participation crée du commun tout en étant intéressant pour leur personne.

On peut avoir un intérêt égoïste à faire du commun.

Qu’est-ce qu’on gagne à produire du commun ?

- De la connaissance. On augmente son capital connaissance.

- Des relations. On augmente son capital relationnel.

- De la réputation. On augmente son capital réputationel.

Ce sont des choses qu’on peut employer dans le marché.

Le gros problème aujourd’hui, c’est que la production entre pairs est durable au niveau collectif mais pas au niveau individuel. Linux existe depuis quinze ans. Wikipedia, depuis cinq ans. Ça marche. Mais ça marche parce que pour 10% de personnes qui partent, il y en a 10% qui viennent. Il y a une circulation dans le projet. Mais au niveau individuel, il y a un problème. On est dans la précarité. Si on veut faire de la production passionnée, volontaire et non payée, il y a un problème.

Mais on voit de plus en plus de la précarité choisie, notamment dans le monde des programmateurs. On voit de plus en plus d’artistes, de créateurs qui travaillent en intermittence.

3- On va créer le commun : l’output. On va le protéger contre l’appropriation privée. Avec le commun, on recrée du libre qui se répand dans toute la société.

Ces trois mouvements séparés sont des mouvements politiques, sociaux qui sont en train de naître dans le monde.

Il est nécessaire de créer du lien entre ces mouvements. Montrer, par exemple, que le mouvement altermondialiste, la production du commun de la politique est liée au mouvement du logiciel libre et aux licences libres. Il faut créer des ponts. Le peer to peer, c’est le socialisme du monde cognitif.

En Occident, il n’y a plus que 17% des gens qui travaillent dans la production matérielle, les autres sont dans les services, l’affectif, le cognitif. Le travailleur en Occident, aujourd’hui, est un travailleur cognitif. On n’est plus ensemble dans de vieilles usines. On est souvent free lance. On est dans ce monde du réseau. Le mouvement peer to peer correspond à ce besoin qu’on a de créer une expression à nos intérêts et de voir comment ceux-ci peuvent rejoindre les intérêts de la classe ouvrière, ici et dans les autres parties du monde ou dans la paysannerie.

Il y a du commun qui existe encore au niveau des paysans. Les paysans ont encore du commun tant qu’il n’y a pas eu d’enclosures. Et les ouvriers ont eu le mutualisme qui est une forme de peer to peer. On peut trouver des formes historiques entre ce format contemporain et les luttes du passé.

Chaque période historique à été dominée par un mode de production particulier :

- Le mode tribal, avec le don.

- La féodalité, avec la hiérarchie et le système tributaire.

Mais tous ces systèmes n’ont jamais été monolithiques. Il y a toujours eu d’autres modes qui subsistaient. Par exemple dans la féodalité, il y avait les dons de la noblesse envers l’Eglise, mais aussi le commun des paysans. Dans le marché, il y a d’autres formes de socialité.
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Le peer to peer sera le noyau de la société.

Puisqu’on va vers un monde où la production immatérielle est dominante et que dans ce type de production, on voit que le peer to peer est de plus en plus efficace et dépasse les résultats du monde entrepreneurial. On a le noyau de la société, selon cette dynamique-là. IIl y aura nécessairement un marché mais pas forcément un marché capitaliste.

Peut-on avoir un marché sans accumulation ?

Le marché est une technique valable pour la rareté, pour des objets non essentiels qui ont une rareté.

Mais il y a aussi moyen de développer toute l’économie du don. Il faut une économie plurielle qui ne sera plus dominée par le marché.

Le peer to peer va influencer les autres modes.

Le capitalisme par exemple influence les autres modes. Si on est dans le New age, on suit des workshops, on reçoit, on paye. C’est religion et capitalisme. Le capitalisme imprègne ainsi d’autres modes d’être que le sien.

Par exemple, qu’est-ce que le commerce équitable ? C’est une forme de marché où on reconnaît que les producteurs et les consommateurs sont des pairs et on va négocier avec les producteurs pour leur demander de quoi ils ont besoin pour avoir un mode de vie digne. On négocie avec les consommateurs pour savoir s’ils veulent payer un peu plus par rapport à cela.

Là on est dans le marché, mais dans un marché influencé par cette idée d’égalité entre producteurs et consommateurs, donc par la dynamique peer to peer.

Au niveau de la gouvernance, on peut avoir de plus en plus de modes différents avec en plus l’idée que tous les gens qui subissent l’effet d’une certaine action, doivent être intégrés dans la prise de décisions qui y est liée. On peut avoir un service public, un niveau public qui soit aussi influencé par cette dynamique sous-jacente, la dynamique relationnelle des réseaux distribués. C’est vrai que les entreprises profitent du peer to peer. Mais quand on voit le changement qui s’est passé à la fin de la féodalité, le système existant a utilisé le nouveau pour se renforcer. On a eu la monarchie absolue qui a joué la balance entre les nouveaux bourgeois et l’ancienne noblesse. Les nobles ont investi dans le capital. Il y a des ouvrages historiques d’Immanuel Wallerstein qui montrent que les capitalistes étaient des anciens féodaux, dans beaucoup de cas.

En premier lieu, le méta-système voit un nouveau système émergeant et va essayer de l’utiliser. Mais à un moment donné le sous- système devient méta-système.

Le peer to peer est utilisé aujourd’hui par le capitalisme mais ça ne veut pas dire qu’il sera totalement récupéré parce qu’il y a ce côté transcendant, ce côté dépassement qui est là, évidemment. Cela dépend aussi de nous.

Si on conscientise, si on peut montrer le lien entre le libre, le commun et le participatif, on peut donner un langage aux gens pour qu’ils puissent utiliser le peer to peer dans leur intérêt et pas dans les intérêts d’une autre partie.

Le débat

Un intervenant : J’utilise Internet tous les jours et ça m’a fait prendre conscience que je faisais tout ça [du peer to peer], sans le savoir. J’ai écrit quelques articles pour Wikipedia et quand on y écrit, il faut accepter que quelqu’un puisse passer par derrière et virer ce qu’on a fait, ou le modifier. Depuis toutes ces années, mon ego a dû changer. Je m’aperçois qu’avec le P2P (peer to peer), que ce soit en téléchargeant ou autre, c’est aussi moi qui accepte de m’ouvrir. J’ai le sentiment que le mec que j’étais, fonctionne plus sur un modèle, je ne dirais pas féminin, mais plus matriciel. Je ne vois pas comment si je ne suis pas matriciel, je pourrais marcher là-dedans.

Michel B. : J’essaie, moi aussi, de faire la promotion du peer to peer. J’ai créé une fondation pour cela. Le grand danger, c’est que tout le monde soit dans mon ombre et ainsi, ne participe pas. Une des raisons pour participer, c’est que c’est valorisant. Donc je suis obligé comme vous d’essayer de m’effacer. Par exemple, j’ai créé des sous sections dans le Wiki et des gens peuvent en devenir responsables. Au niveau de l’autorité il y a du leadership mais il n’y a pas d’autorité. Je peux faire des propositions. Je peux avoir ma vision mais je ne peux pas dire : faites ceci, faites cela. On est dans une dynamique comme dans Wikipedia. Les gens n’acceptent pas a priori votre autorité donc on est vraiment des égaux. Alors comment fait- on pour quand même faire quelque chose ensemble ? Eventuellement s’il y a des conflits, on va essayer de trouver un processus émergeant. Par exemple, Wikipedia a des règles qui ont été créées a posteriori dans le processus même de la création de l’encyclopédie.

Un autre exemple : au niveau physique, il y a de plus en plus, au États-Unis, des conférences où il n’y a pas une personne qui parle et d’autres qui écoutent. Il y a des gens qui partagent leur travail et leurs idées. J’ai même assisté à une réunion où il y avait quelqu’un qui avait comme job d’écouter les voix dominantes pour les réguler. Même dans le monde physique, cette dynamique entre pairs devient de plus en plus une idée. C’est aussi une question de génération. Ce sont des jeunes nés après 1980 qui ont cette mentalité de partage et de refus d’écouter quelqu’un passivement. Ils veulent participer. Ils veulent créer et ils veulent s’exprimer. D’une façon naturelle, ils entrent sans difficulté dans cette logique alors que pour des gens plus âgés, c’est peut-être plus difficile. Il y a beaucoup d’éléments que je trouve intéressants pour la gauche.

Il y a trois sortes d’approches qu’on peut avoir au niveau politique :

1- L’approche transgressive :

On se moque de la loi. Par exemple, on télécharge sans se soucier de savoir s’il y a un copyright. Ce sont des pratiques transgressives. Elles sont nécessaires parce que, sans ce genre de pratiques, l’autre partie n’a pas envie d’écouter ce qu’on veut.

2- L’approche constructive :

C’est de ne pas être dans le ressenti, dans l’envie mais dans la construction. Avec Wikipedia ou Linux, nous sommes dans la construction d’un nouveau monde. C’est inhérent au projet lui-même. On est dans la création d’un autre monde, à l’intérieur du monde existant.

3- L’approche ou bien réformiste ou bien révolutionnaire :

La question qui est alors posée est comment changer les institutions existantes.

Selon les a priori des personnes ou leur caractère, elles choisissent l’une ou l’autre de ces approches qui sont toutes les trois liées.

Une intervenante : C’est une vision révolutionnaire extrêmement séduisante. Si ça permet à l’humanité d’évoluer dans ce sens-là, je trouve cela remarquable. Seulement ça suppose une évolution des mentalités qui me paraît difficile et en tous les cas pas accessible pour tous. Je comprends comment vous pouvez fonctionner mais je ne vois pas comment d’autres peuvent s’y intégrer. Cela suppose un certain niveau culturel, une certaine conception des relations sociales et ça, c’est une acquisition qui n’est pas encore faite. Je crois que si vous pouvez permettre qu’elle se fasse, c’est déjà beaucoup. Personnellement, cela me touche. Je trouve que c’est important.

MB : Je comprends ce souci qui est légitime. Mais si on se déplace dans la situation des ouvriers, en 1850, la plupart étaient analphabètes, venaient de la paysannerie. Pourtant il y en a eu qui voulaient bouger et qui ont aidé les ouvriers à s’organiser.

De la même façon, il faut faire la différence entre les gens qui sont éduqués et ceux qui ne le sont pas. Il faut savoir lire et écrire, pouvoir s’acheter un ordinateur, apprendre comment l’utiliser. Ce sont des étapes nécessaires mais c’est ça, la lutte. Cette technologie peut avoir pour effet de tirer par le haut. Quand les Français ont fait la Déclaration des droits de l’Homme, c’était un rêve. Mais ce rêve a institutionnalisé une sagesse qui a tiré la situation vers le haut. Il n’y a aujourd’hui que 2% de la population qui peuvent utiliser ce genre de pratique. Il y en 25% qui sont plus ou moins prêts. Il y a eu des études qui le montrent. Ceux qui peuvent le faire doivent l’utiliser pour avancer. Mais on doit trouver les modalités qui permettront à tout le monde de participer. Il y a toujours quelques jeunes qui s’y connaissent et qui peuvent aider leur communauté à utiliser ce genre d’outil. Il faut être pragmatique.

[La cassette s’est cassée à peu près à cet endroit-là. Toute une partie du débat est ainsi passée à la trappe. (Note du transcripteur)]

Une intervenante : (…) Même si on comprend ce qui se fait, il faudrait que ça soit possible pour d’autres. On se dit qu’on partage aussi la vie de ceux qui luttent…

Un intervenant : Vous avez parlé de l’optimisme de la volonté et du pessimisme de la raison. Il faut avoir les deux. Autant je suis pessimiste, autant je crois qu’il faut se battre. Je pense, avec Benasayag, que résister, c’est créer. En fin de compte, il y a trop peu de gens qui résistent.

Un intervenant : Résister, c’est créer, ça n’est pas simplement faire face. Quand Benasayag dit ” résister, c’est créer “, il y a l’aspect ” création “. Dans son bouquin, il donne des exemples concrets, des initiatives qui se passent dans des quartiers. Il donne des exemples en Argentine. Ce sont des organisations sociales qui se mettent en place et promeuvent une autonomie par rapport au système, sans théorie préétablie mais avec une vision révolutionnaire.

Ce qui m’a frappé dans ton exposé, c’est ton côté ” matérialisme historique “. C’est même une version assez “ manuel d’histoire de l’Union soviétique “ que tu nous as servie sous une forme branchée. Parce que les âges esclavagistes, etc. et le nouvel âge qui arrive, moi, là-dessus, je n’en suis pas très sûr. Autant je crois que cette observation est vraiment précieuse par rapport au fait de savoir discerner, saisir, défendre, s’engager dans des formes de vie sociale émergente dans la civilisation d’aujourd’hui qui vont dans le sens du progrès et qui peuvent, d’une manière décisive, (mais ça n’est pas joué), faire en sorte que finalement cela soit mieux pour la masse des gens par rapport à ce qu’ils avaient derrière eux. Il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas si longtemps, nos ancêtres étaient des paysans analphabètes. Quand leurs enfants ont eu les 30 Glorieuses, ils ont trouvé cela formidable d’avoir des WC à l’intérieur de la maison, d’avoir une voiture. Et on comprend que le communisme, version révolution prolétarienne, en ait pris un coup. Il n’avait plus rien à offrir, sinon sur le plan moral.

MB : J’ai trois hypothèses sur le futur. J’ai concentré mon exposé sur une vision mais il y en a trois possibles.

1- Le système capitaliste utilise le système P2P. Alors on a un système, et c’est tout à fait possible, qui profite du travail gratuit des gens et qui va employer de plus en plus de licences. Il va mettre en place un féodalisme informationnel. Si on n’a pas d’argent, on n’a pas accès à des réseaux.

2- La coexistence pacifique. Il y a une sphère de production capitaliste et une sphère de production immatérielle. Les gens peuvent voyager d’une sphère à l’autre, comme en Thaïlande, où on peut être moine pendant trois ans, puis retourner travailler.

3- Le sous-système devient méta-système. C’est la thèse que j’ai développée. Mais j’ai quand même une réflexion : est-ce qu’on peut croire que ce système est durable ? Peut on imaginer une victoire du capitalisme qui ne va pas détruire la nature ?

Je crois que la vision positive est la seule possible. Socialisme ou barbarie. On peut avoir une crise et descendre vers le bas. Ou on peut aller vers une complexité plus haute et là, c’est la vision P2P. Rien n’est joué.

Un intervenant: Au niveau de l’immatériel, sur la potentialité du P2P, vous m’avez convaincu. Par contre, pour l’aspect matériel, je n’ai pas trouvé d’exemples qui m’aient convaincu. En effet le capitalisme est tout à fait capable d’englober ce phénomène dans son système. Par exemple, on va pouvoir télécharger la musique. Ca ne fera pas baisser les profits d’entreprises qui iront investir ailleurs. Le P2P restera dans certaines sphères particulières du capitalisme.

MB : C’est sans doute une hypothèse. Mais la grande victoire du capitalisme, c’est de faire penser qu’il n’y a pas d’autres alternatives. Et avant de commencer, on a décidé qu’ils vont gagner. Là aussi, je suis matérialiste historique. Le capitalisme est un phénomène historique. Il a un début et il aura une fin. Quand ? Je ne sais pas. C’est cela que j’aimerais bien changer et que j’ai changé pour moi, c’est-à-dire ne plus avoir cet a priori. Je déteste le capitalisme mais j’ai été capitaliste. J’ai eu deux entreprises. Mais on fait ce qu’on peut pour vivre et pour survivre. Et maintenant il y a plein de gens qui vont de l’un à l’autre. Ils ont été employés, ils ont été free lance, ils ont travaillé pour des multinationales. Cet aspect constructif m’intéresse parce qu’il permet de se détacher, c’est-à-dire de laisser le capitalisme pour ce qu’il est. Et si on ne gagne pas d’énergie à quelque chose, ça meurt. Ca n’a plus de raison d’exister. C’est une autre approche. Il ne faut pas se laisser obséder par le capitalisme, par la lutte anti-capitaliste. Oui, je suis contre mais ça n’est pas parce que je suis contre que ça va changer. Mais ce que je peux faire, c’est de créer autre chose, d’autres dynamiques. Etre différent avec les gens, dans la vie, avec mes amis et créer du commun. Et après, on verra bien ce qui se passera. Il ne faut pas se laisser obséder par la réalité unique.

Un autre intervenant donne l’exemple d’Agora Vox, un projet monté par Joël de Rosnay qui correspond aussi à quelque chose qui se passe en Corée, avec des milliers de personnes qui sont journalistes et qui collaborent à la circulation de l’information. Il prend aussi l’exemple du référendum pour le Traité constitutionnel européen où le non a triomphé grâce à toutes les contributions qui ont circulé sur le Net et qui ont participé à un débat qui était verrouillé.

MB : Bové en est un autre exemple. Au départ il y a deux personnes qui lancent une pétition puis il y a une dynamique de réseau. C’est un enjeu de lutte. C’est certain que l’autre côté l’emploie aussi.

Un intervenant : Moi, je suis du côté des optimistes. J’attends avec impatience, j’espère avant dix ans, une interface où on pourra poser une question dans une oreille et dans le monde entier, on trouvera une réponse. Et si je crois que si le Parti communiste, en France et sûrement ailleurs, et les syndicats ont perdu la partie, ou la perdent, c’est qu’ils n’ont pas mis les jeunes avec eux, dans leur structure dirigeante et je suis bien placé pour le savoir : quand je vois comment était mon père, stalinien à mort, je pense qu’ils se sont sclérosés en virant les homos, les gauchistes, tout le sang neuf qui était là. C’est dommage. Et avec Internet, il y a beaucoup de jeunes. Il y a une grande égalité entre les gens de 18 à 60 ans. Je viens d’un milieu pauvre. C’est le savoir qui m’a fait monter. A l’époque, je cherchais sur les ondes courtes, le monde entier et ça ne m’a jamais quitté. Je ne suis pas un consommateur sur Internet. Je ne cherche que du gratuit. Pour la musique, je trouve Béranger, Abrial, Mamma Béa. Je découvre plein de choses. C’est un univers fabuleux. C’est vrai que c’est compliqué et qu’il faut se former un petit peu. Je fais cette analogie avec les ondes courtes et cette ouverture sur le monde entier. Ca me rappelle beaucoup le fonctionnement des alcooliques anonymes, un système qui fonctionne sans chef, sans leadership…

MB : C’était une préfiguration. Aux Etats-Unis, il y a des millions de self aid groups qui fonctionnent de cette façon où des gens avec des maladies différentes s’entraident. C’étaient déjà des préfigurations dans le monde physique de ce qu’Internet rend possible au niveau global. Avec ma communauté, je suis capable de créer 3000 pages d’encyclopédie, en 9 mois, avec des personnes d’Amérique latine, d’Asie, d’Europe. Ca, c’est la nouveauté. Il n’y a pas uniquement les multinationales qui le peuvent mais nous aussi. On peut aller vivre au soleil, en Thaïlande et vivre de ses conférences en Europe.

Un intervenant : C’est une révolution, un changement, comme l’imprimerie. Sur Internet, il y a une foultitude de forums avec des communautés. Ce sont de grands refuges, des grands nids de 15 000 personnes. C’est le nouveau monde, avec tout ce que ça pose comme problèmes. Et on n’en est qu’au début.

Compte rendu proposé par Christophe Soulié.

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Mondes virtuels P2P

5th June 2007

Une situation classique dans le monde de la science fiction est cette éternelle question sur les droits que peuvent avoir les robots intelligents, tellement intelligents qu’on peut les prendre pour de vrais humains. Dans Matrix ce débat est à l’origine de la guerre entre machines et humains. Dans Star Trek ce sujet inspire de nombreux épisodes à travers toutes les séries. Nous sommes encore loin d’être capable créer de telles machines et donc loin de ce dilemme. Mais nous sommes déjà confronté à une situation toute aussi sérieuse: celle du droit dans les mondes virtuels, où les avatars (représentation d’une personne dans un monde virtuel) sont tout aussi intelligents que les humains qui les adombrent.

Les problèmes, dont certains se posent déjà dans les cours de justices à travers le monde, sont assez surprenants et très divers: propriété des biens virtuels, vol de biens virtuels, duplication de biens virtuels, liberté d’expression dans les mondes virtuels, application des lois du monde réels dans le monde virtuel, utilisation d’argent virtuel dans le monde réel, etc. En France l’association Familles de France traine devant les tribunaux l’entreprise Linden Labs, créatrice du monde virtuel Second Life, pour son manque de prudence envers les mineurs qui peuvent facilement accéder à des espaces ou l’on peut voir des publicités pour l’alcool et le tabac, où comportements et contenu pornographiques sont admis, et où machines à sous et loteries sont de mises.

Pour l’instant les mondes virtuels à succès sont la propriété d’entreprises commerciales dont l’existence dans le monde physique les soumet aux lois de ce monde. Cependant, avec des technologies telles que Croquet, il sera bientôt possible d’avoir des mondes virtuels P2P, c’est-à-dire entièrement crées pas les utilisateurs, open source, et utilisant une technologie open source et P2P qui rendra impossible toute allégeance à un pays donné, à des lois données, et à une logique de fonctionnement particulière. De tels mondes virtuels pourraient alors servir de formidable espace d’expérimentation sociale et économique, ou l’on pourrait tester des choix tels que l’absence d’argent, l’utilisation de monnaies fondantes (intérêt négatif afin d’augmenter la vélocité), l’absence de droit d’auteur, la libre duplication de toute création, etc. Le projet agoraXchange possède d’ailleurs de telles ambitions avec en plus la volonté de vouloir changer le monde!

Ceux qui désirent explorer les enjeux des mondes virtuels avec des spécialistes de la question peuvent se rendre à State of Play IV: Building the Global Metaverse, une conférence qui aura lieu du 19 au 21 aout prochain à Singapore.

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