Entre pairs

Le blog francophone de la fondation pour les alternatives P2P




Archive for the 'Général' Category

Surveillance de la sousveillance en France

26th April 2007

En France, voici deux exemples de mesures très récentes propulsées par le gouvernement avec Mr. Sarkozy. Elles sont caractéristiques de ce à quoi les Français doivent s’attendre s’ils persistent à soutenir ce dernier.

Interdit de filmer la violence (de la police) en action

http://numerique.lemondeinformatique.fr/video/actualites/imprimer-la-france-interdit-aux-citoyens-de-filmer-les-actes-violents-2067.html

Le Conseil Constitutionnel a approuvé en mars dernier une loi qui criminalise le tournage ou la diffusion, en particulier sur Internet, des actes de violence par toutes personnes, autres que les journalistes professionnels. En cas de violation de cette loi, les sanctions encourues peuvent conduire à un emprisonnement d’une durée maximale de cinq ans et à une amende de 75 000 euros.

Il semble donc que le candidat à la présidence ai bien compris ce qu’est le cinquième pouvoir et comment l’affaiblir. Faces à des caméras si omniprésentes il était devenu difficile de se cacher.

Surveillance totale des internautes

http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3232,50-899116,0.html

Discrètement, en marge de la campagne, le gouvernement prépare un décret qui, s’il était appliqué, tuerait l’Internet “made in France”. En effet, sous prétexte de surveiller au plus près les internautes, un décret d’application de la loi sur la confiance dans l’économie numérique du 21 juin 2004, exige que les éditeurs de sites, les hébergeurs, les opérateurs de téléphonie fixe et mobile et les fournisseurs d’accès à Internet, conservent toutes les traces des internautes et des abonnés au mobile, pour les délivrer à la police judiciaire ou à l’Etat, sur simple demande.

Voila qui permettrai facilement d’identifier ceux qui osent mettre sur Google Video, Dailymotion, YouTube, et autres, les vidéos qu’ils ont filmé avec leur téléphone portable lors, par exemple, de la dernière arrestation de sans papiers (dans la rue ou bien en classe d’école).

Mais où sont les garde-fous?

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Une présentation de Michel Bauwens en ligne

18th April 2007

Les “slides” de la présentation que Michel Bauwens a donné le 6 avril au IAB (Interactive Advertising Bureau) peuvent être consultés à cette adresse. Cette presentation est un sommaire de la production, gouvernance et propriété entre pairs, et offre un survol de la relation entre les réseaux distribués et les entreprises.

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Une précision d’Olivier Auber

13th April 2007

l’article figurant ci-dessous est paru le 9 mars dernier dans la
rubrique “Rebonds” de “Libération” sous le titre: “Le Net, un bien commun”.
Il a été rédigé en plusieurs étapes sur un wiki en tenant compte des
remarques des chercheurs citées et d’autres contributeurs.
http://overcrowded.anoptique.org/ProjetRebondsLibe

L’édition de “Libération” présente malheureusement des différences
majeures par rapport au texte original, à savoir le titre et le
sous-titre de l’article, rédigés sans me consulter par un journaliste de
la rédaction, sans doute pour le mettre à la portée des profanes…

“Google ou Second Life envahissent le marché alors que le réseau
pourrait fonctionner sans opérateurs, développer plus de liberté, de
créativité, si l’Etat lui en donnait les moyens.”

Ces modifications caricaturent les idées présentées dans l’article,
comme en témoignent plusieurs commentaires laissés sur les éditions en
ligne:
http://www.liberation.fr/rebonds/239680.FR.php
http://www.ecrans.fr/spip.php?article943

Il ne s’agit pas de présenter la douce utopie d’un Internet “sans
opérateur” ou bien de faire un appel corporatiste aux subventions de
l’Etat, mais de tenter de relier trois débats ordinairement séparés: le
libre, les biens communs et la topologie du réseau, le tout replacé dans
le contexte d’un changement de “perspective”.

A toutes fins utiles, voici le texte original.

Olivier Auber

PS: à signaler aussi:
“Il faudrait créer des milliers de petits ministères de la Culture”
http://www.liberation.fr/transversales/weekend/241492.FR.php
——-

La ruée sur le web des candidats à l’élection présidentielle cache une
question majeure sur laquelle aucun ne s’exprime:

Quel projet politique pour le réseau?
————————————

par Olivier Auber, chercheur et entrepreneur de l’Internet.
(article rédigé sur le wiki Overcrowded (1) avec le concours de certains
de ses contributeurs)

Après Google, c’est au tour de MySpace et autres SecondLife, d’envahir
l’Europe. Les services les plus rentables du Web 2.0 sont investis, sans
véritable concurrence, par des groupes, le plus souvent nord-américains.
Et ce n’est pas faire preuve d’antiaméricanisme que de le dire. Bien que
le réseau soit réputé homogène et réparti, le phénomène est centralisé à
l’extrême; toutes les données atterrissent dans des machines situées à
Palo Alto ou ailleurs. Cette centralisation technique va de pair avec la
concentration financière propre au capitalisme informationnel, qui
considère les connaissances communes comme des sources de profit.
Aujourd’hui, même Yahoo peine face à Google et ses 155 milliards de
dollars de capitalisation boursière. C’est dire, si dans ce monopoly
mondial, l’économie européenne de l’Internet a déjà perdu.

Nous serons digérés, à moins que nous décidions de changer brusquement
les règles du jeu, techniques, juridiques et politiques.

Passer à l’Internet “acentré”.
De nombreux services centralisés peuvent être aussi bien réalisés sur un
mode acentré, sans l’entremise d’aucun serveur, et donc d’aucun site
web. Des exemples? Maay (2), un moteur de recherche P2P développé par
des chercheurs de France Telecom, effectue des recherches, certes moins
massives que Google, mais plus “sociales”, le tout sans aucun centre.
VReng (3), conçu par des chercheurs de L’ENST, fonctionne comme
SecondLife, mais sans aucun serveur. IPv6, la future norme de
l’Internet, gardée sous le coude depuis des années par les opérateurs de
télécommunication, pourrait réaliser à la puissance dix ce que le P2P a
préfiguré, c’est-à-dire l’échange symétrique entre tous les internautes,
sans dépendre de tiers. La fondation internationale pour l’alternative
P2P (4) et l’initiative française IPv6PourTous (5) l’ont montré: les
opérateurs n’ont qu’à appuyer sur un bouton pour rendre cela possible.
De quoi envoyer les travers monopolistiques du Web 2.0 au rayon des
souvenirs.

Financer les auteurs de logiciels libres.
Ce que les logiciels propriétaires font, les logiciels libres le font
mieux encore. Selon certains candidats à l’Elysée, l’Etat s’y
convertirait massivement. Mais qu’en est-il de les financer? En
soutenant la recherche et les sociétés de services en logiciels libres?
Sans doute. Mais il ne faut pas oublier d’autres acteurs essentiels. Les
logiciels libres les plus créatifs sont souvent l’oeuvre de développeurs
de tous horizons, travaillant, non pas selon les critères de
compétitivité requis par les Agences pour l’Innovation, mais dans un
esprit de coopération. Les usages qu’ils défrichent indiquent la voie à
suivre. En France, le Parlement a quasiment déclaré hors-la-loi les
auteurs de logiciels P2P. Outre-atlantique, au contraire, les
industriels s’inspirent de leurs idées et aspirent les individus les
plus brillants. Pour sortir de cette spirale dépressive, il faut
soutenir, indépendamment des monopoles, les services et la recherche. Il
faut aussi financer les auteurs libres d’une manière adéquate, par
exemple comme nous l’avons proposé, sur le mode de l’autodétermination
des projets et des crédits par les auteurs eux-mêmes.

Développer les Biens Communs.
Les biens immatériels de l’Etat seraient beaucoup mieux valorisés si on
leur donnait le statut de Biens Communs (6) librement exploitables. Un
calcul simple: l’IGN (Institut Géographique National) est financé à 50%
par l’Etat et trouve le reste de ses ressources en vendant ses cartes. A
qui? Essentiellement aux collectivités locales. Bref, l’IGN est financé
à 100% par les deniers publics. Donc, non seulement ses coûts de
commercialisation sont totalement improductifs, mais le fait que ses
données soient propriétaires entraîne que leur valorisation, en dehors
des circuits publics, est quasi impossible. Il s’en suit un déficit
d’activités économiques et donc d’emplois. Ceci qui est vrai pour l’IGN,
l’est aussi pour les organismes publics traitant de données
statistiques, patrimoniales, urbaines, touristiques, etc. Et combien de
brevets issus de le recherche publique, et même privée, attendant
d’improbables projets industriels, pourraient être ainsi valorisés? Aux
antipodes de cela, les auteurs du rapport Lévy-Jouyet (7) commandé par
Thierry Breton, proposent que l’Etat fasse un commerce forcené de ses
biens immatériels. Peine perdue, face au capitalisme informationnel, il
est vain de se protéger derrière des lignes Maginot. Le service public y
perdrait définitivement son âme. Il coûte plus cher de vendre que de
donner. Alors donnons nos biens communs. A condition d’éviter leur
prévarication ultérieure. Un réseau acentré, nourri de logiciels libres,
pourrait y contribuer.

Changer de perspective.
L’incroyable concentration capitalistique qui se déroule sous nos yeux,
siphonne l’économie mondiale et pervertit l’esprit de l’Internet. Il
faut revenir aux fondamentaux. Quel projet politique peut-on formuler
pour le réseau des réseaux? Vers quoi voulons-nous qu’il s’oriente? A
mon sens, rien de moins que vers une invention majeure, analogue à la «
perspective spatiale », qui marqua le passage du monde hiérarchisé du
Moyen Age à celui, géométrisé, de la Renaissance. Il faut quitter l’ère
de la « perspective temporelle » née avec le télégraphe, dont les
derniers points de fuite sont les émetteurs de télévision et les sites
web tels que les nous connaissons. Il s’agit d’entrer dans le temps de
la « perspective numérique (8) », dont les « codes de fuite »
universellement partagés, permettront aux communautés humaines de se
former et d’échanger comme elles l’entendent. Si la République a encore
un sens, elle doit tout faire pour que, ce qui constitue désormais le
coeur invisible des échanges humains, ne soit pas une fin, mais un
moyen. Ainsi, le réseau pourra contribuer à répondre aux grands enjeux
planétaires, et à inventer de nouvelles manières de vivre ensemble.

(1) http://overcrowded.anoptique.org/
(2) http://maay.netofpeers.net
(3) http://vreng.enst.fr/
(4) http://p2pfoundation.net/
(5) http://ipv6pourtous.free.fr
(6) http://paigrain.debatpublic.net/?page_id=57
(7) http://rubyurl.com/EjB (Rapport Levy-Jouyet)
(8) http://perspective-numerique.net.

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Première réunion P2P a Avignon: vers un monde participatif

12th April 2007

Un texte de François Rey  sur cette prochaine rencontre:

Nous avons tous intégré dans notre travail et réflexion le rôle que peut jouer les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC). En effet, si l’on admet facilement que les NTIC nous libèrent de certaines contraintes et offrent à chaque citoyen un potentiel incomparable à ce que nous avions pu avoir dans l’histoire, il n’est pas encore admis que c’est au travers d’une utilisation pertinente des NTIC que nous pourrons aussi soutenir ces nouvelles formes de société dont nous rêvons. L’internet dans sa forme actuelle n’est encore qu’une prémisse de ce qui peut être possible. Cependant dès que l’on commence à explorer l’univers du possible, nous sommes tout de suite confrontés à nous même et à notre propre conscience quelque soit la discipline (économie, politique, juridique, etc.). En effet, dès qu’il s’agit de savoir quelle place il nous faut donner aux NTIC, on se rend compte que nous avons au départ une très grande liberté et que les choix que nous avons à faire concernent essentiellement les limites et structures que nous devons partager afin de pouvoir vivre et coopérer efficacement ensemble. Autrefois ces limites se traduisaient par des structures « en dur », hiérarchique, et qui bien souvent étaient imposée au peuple. Aujourd’hui de plus en plus ces structures peuvent se manifester « en soft » car nous entrons dans l’ère digitale, ou le potentiel de chacun devient de plus en plus important, rendant ainsi les modèles hiérarchiques de plus en plus inefficaces tandis que les approches Peer-to-Peer (P2P, la participation non hiérarchisée des citoyens à l’innovation sociale) se montrent beaucoup plus adaptées. Les NTIC sont donc un miroir incroyable pour celui qui cherche à définir une nouvelle société. Il suffit pour cela de considérer l’effet de l’approche P2P dans divers domaines et comment elles bousculent l’ordre établi. Par exemple en marketing l’approche « end-user » comme simple cible finale est maintenant bousculée par la co-création de valeurs entres entreprise et utilisateurs. En allant plus loin dans l’application du modèle P2P on trouve l’exemple des logiciels libres, de certaines banques P2P ( e.g. http://www.kiva.org/), les forums participatifs (e.g. http://www.commentonfait.fr/), etc.

Bousculer l’ordre établi est une chose, mais encore faut-il savoir vers quoi nous allons pour mieux informer les choix que nous devons faire aujourd’hui. En ce qui concerne les projets Open Money (OM) et Open eXchange (OX), il a toujours été clair dans notre esprit que notre champ d’action doit aussi inclure le domaine politique, car les choix importants à faire sont à ce niveau. Cependant le piège dans lequel il ne faut absolument pas tomber est celui de créer une plateforme qui ne ferait que renforcer une certaine forme de société, tout en excluant d’autres formes toutes aussi valables mais simplement différentes. Il n’existe pas une seule forme de société nouvelle, il en existe plusieurs. Il nous faut donc considérer l’idée d’une plateforme commune qui puisse faciliter la coopération et le partage tout en étant capable de soutenir plusieurs formes de société. C’est pourquoi il est essentiel pour nous de considérer les différents approches politiques, économiques, et sociales afin de mieux cerner comment l’informatique et le réseau peuvent servir d’outils au service de la diversité et du partage. C’est dans ce contexte la que je trouve qu’il serait une bonne idée de « fertiliser » nos différents champs d’actions. Et si cela ne se produit pas ce weekend, il n’est pas exclu de proposer et d’organiser d’autres occasions.

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Internet et les élections

3rd April 2007

Ici,  vous pourrez trouver la vidéo de la table ronde “Internet, futur vainqueur de l’élection présidentielle”, qui s’est tenue le 28 février à la fondation pour l’innovation politique, en partenariat avec le club de l’hyper-république.

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un livre sur l’open source…en open source

24th March 2007

Le livre publié chez MIT Press, Perspectives on Free and Open Source Software, est désormais disponible gratuitement en PDF, nous apprend Slashdot.

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De l’économie directe, cinquième et dernier extrait

14th March 2007

Dans ce dernier extrait de notre livre de la semaine, nous partageons quelques conclusions de Xavier Comtesse, sur l’importance de l’économie directe.
 
EXTRAIT
 

L’émergence du consommateur comme acteur économique dans la chaîne de la production de la valeur est la plus grande révolution que l’économie ait connue depuis longtemps. Cela a des effets sur la conception même de la création, de la production, de la distribution et de la relation producteur-consommateur. Ce changement est si profond qu’il est aujourd’hui encore difficile de repérer les tenants et aboutissants de cette restructuration en cours.

 

Cernons quelques éléments du changement :

 

Une combinaison de cinq facteurs est en train de générer une économie bien différente. À savoir :

 

-          L’arrivée du consommateur dans la chaîne de la création de la valeur, ce qui change de fait les modèles de production.

-          La lente disparition des anciens intermédiaires qui cèdent le pas à de nouvelles formes d’intermédiation.

-          La montée en force des gens ordinaires dans le processus de création et d’innovation, ce qui soulève indirectement le problème fondamental du devenir de la propriété intellectuelle notamment face aux logiques d’” open sources” et de “creative common”..

-          L’apparition de nouveaux modèles d’affaires qui détruisent petit à petit les anciennes rentes de situation,

-          Enfin, la fixation des prix qui s’invente de nouvelles procédures, comme payer sur une base purement volontaire ( OhMyNews.com) ou aux enchères directes (eBay).

 

En agissant de concert, ces cinq éléments centraux de l’économie directe bouleversent et transforment en profondeur l’ancienne économie.

 

Quelques exemples illustrent à merveille cette métamorphose. Nous en avons cité de nombreux dans cette étude. Faisons maintenant le point.

 

Si IKEA, Easyjet, DELL et bien d’autres ont attribué de facto aux consommateurs une participation dans la chaîne de valeur dans la phase de finition des produits. Aujourd’hui cependant, on assiste à une tout autre phase, vers plus de productivité grâce à l’intervention du consommateur dans des processus plus complexes ; ceux du co-design et de la co-création. Nokia, L’Oréal, Procter&Gamble, lego, BMW en faisant intervenir le consommateur dans des stades de conception ou à haute valeur ajoutée, changent profondément les modèles économiques classiques. Ainsi, on comprend mieux que les entreprises soient en pleine restructuration. En effet, en s’immisçant dans la chaîne, le consommateur participe pleinement au processus de fabrication et de création, du moins il en est l’élément clé puisque sans son intervention, il n’y aurait plus de produit ou de service. Lorsque IKEA confie le “dernier kilomètre” du transport et le “montage” du meuble à son client, il a transféré   ou “outsourcé” (on évoque aussi le “crowdsourcing”) une partie de sa production. En quelque sorte, IKEA s’est délesté de deux processus coûteux, celui de la livraison et celui du montage. Il peut dès lors sans autre, accorder un rabais à sa clientèle, tant il a augmenté sa productivité par une externalisation des coûts. C’est la clé de lecture centrale de ces nouveaux procédés.

 

Easyjet, DELL et Swissquote déjà cités ne procèdent pas différemment. Il est aussi évident que tous ces produits qui ont été façonnés par l’active participation du consommateur, ne peuvent plus être vendus classiquement. Ainsi, la chaîne de la création de la valeur en est profondément affectée et ceci pour toujours. C’est sous cet angle-là, qu’il faut lire le phénomène de l’économie directe.

 

Évidemment, les intermédiaires classiques n’y trouvent plus leurs comptes car le consommateur va avoir tendance à les contourner et se retrouver ainsi directement en contact avec le producteur. Cependant, une nouvelle forme d’intermédiation se met en place. Nespresso, e-Bay et beaucoup d’autres entreprises de l’économie directe ont été contraints d’ouvrir des ” shops” d’un nouveau type. Ces “shops” sont avant tout des centres d’apprentissage opérant davantage comme des “cafés Internet” que comme des salles de formation classiques. Des tuteurs côtoient des participants en auto-apprentissage. Cette collectivité organisée en communauté d’intérêt va fonctionner comme un réseau de compétences élargies. L’échange intellectuel et d’apprentissage y est gratuit, mais le moteur de la coopération est le succès pour tous. On peut s’interroger un instant sur l’effet que cela produirait à terme sur les écoles et les universités si elles devaient fonctionner avec un tel business modèle ! L’intermédiation prend donc la forme non plus informationnelle (information/prix/qualité/service-après-vente) mais plus formative (formation /enchère/ finition/ communauté de pratique).

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De l’économie directe, quatrième extrait

12th March 2007

Xavier Comtesse illustre l’importance des nouvelles stratégies participatives par une étude de cas Nespresso:
 
EXTRAIT
 
 

En 1974, Nestlé acquiert les droits commerciaux sur une idée originale : la capsule à café de l’Institut de recherche Batelle à Genève. L’équipe de R&D de Nestlé conduite par Monsieur Favre va mettre 12 ans pour développer le produit final tant, les difficultés techniques rencontrées sont nombreuses. En juin 1986, Nestlé crée une société autonome sous l’appellation de Nestlé Nespresso S.A. afin de développer cette activité. Pendant les deux années suivantes, en utilisant le réseau classique des magasins et grandes surfaces, les ventes des capsules Nespresso ne décollent guère et la société reste largement déficitaire. En 1989, le tout nouveau CEO, Yannick Lang invente le concept de Club Nespresso. Cette formule a clairement comme objectif de renforcer le   “Know How” des consommateurs en leur attribuant de nouveaux pouvoirs comme celui de l’exécution de commande (sans intermédiaire). Grâce à la commande directe et surtout par un ” empowerment” du client au niveau de la connaissance du café tant sur le plan des origines des cafés que de la torréfaction de ces derniers ; ce fut la naissance d’une nouvelle relation de savoir et une nouvelle interaction entre lui et le producteur. Cette stratégie mise en place sera gagnante. Dès lors, le succès est immédiat. De 2′700 membres (on ne parle plus de clients !) en 1990, les Clubs (un par pays) comptent seize ans plus tard, près d’un million de membres. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires dépasse le milliard et la compagnie compte plus de mille collaborateurs. L’histoire de Nespresso est révélatrice à plus d’un titre. En premier lieu, il est à noter qu’une idée, aussi bonne qu’elle soit, ne conduit pas nécessairement à une innovation. De même, une innovation aussi géniale qu’elle soit, ne s’achève pas forcément par un succès commercial. Et finalement, une stratégie commerciale rondement menée, ne rencontre pas obligatoirement l’approbation du public. À chaque étape (idée, innovation, commercialisation), la direction de Nestlé a su trouver les “transformeurs” et leur donner la pleine liberté d’innover afin de faire de cette entreprise, un des plus grands succès commerciaux contemporains.

Il ne faut pas pour autant oublier que la dernière étape, celle du changement de paradigme, c’est-à-dire le passage de consommateur à consommActeur, est décisive dans le transfert de compétences et d’interactivités, car cela s’accompagne souvent d’un changement de business modèle.

Vendre des produits en self service dans un magasin ou par Internet est chose banale mais introduire de l’” empowerment” par un transfert de savoir (Club des connaisseurs) est une tout autre affaire. Cela demande un travail de transfert, de formation et d’accompagnement plus lourd. Cette nouvelle manière d’opérer peut cependant être accompagnée en premier lieu d’un transfert d’interactivité car le client participe davantage à la chaîne de la valeur et par conséquent cela entraîne une diminution des coûts. Dans un second temps, un transfert de compétences   se fera par une connaissance substantielle du client, (dans ce cas-là, il y a un coût supplémentaire qui se retrouvera dans le prix du produit).  Nespresso en choisissant cette dernière voie a été capable de réaliser avec un incroyable succès ce transfert. La notion de Club exclusif de connaisseurs est à la base de cette réussite malgré   un produit plus cher que celui de ses concurrents. Le changement de business modèle (B to C) a été pour Nestlé une première. La vente par des intermédiaires (commerces) ne s’apparente pas au même processus de vente, directement effectuée au particulier. Par exemple, la gestion des paiements varie de façon notable. L’informatisation, grâce aux paiements directes (Web, téléphone,…), a permis à Nespresso d’introduire une remarquable pratique organisationnelle qui génère des gains en productivité suffisants pour que le processus reste très rentable.

Un changement de paradigme concurrentiel est une étape indispensable dans le transfert. Évoluer d’un savoir-faire commercial de type Nescafé (vente dans les commerces) à une vente de type directe (Nespresso) est un pas décisif qui est celui du transfert.

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De l’économie directe, troisième partie

10th March 2007

Dans les lignes qui suivent est présentée la grille de lecture des nouvelles stratégies participatives des entreprises, employée par Xavier Comtesse:  les cinq palliers de l’interactivité
 
EXTRAIT
 
 

La transformation économique et sociale en cours dépend largement du degré d’interactivité choisi dans les relations des organisations (entreprises, Etats, ONG) et leurs clients (consommateurs, citoyens, membres). En étudiant ces niveaux et degrés d’interactivité, il est possible de décrire une ligne de progrès dans la productivité accordée aux usagers. En effet, l’interactivité est une manière de déléguer à l’utilisateur un certain nombre d’actions qui le font entrer plus ou moins dans la chaîne de la création de la valeur. Ainsi l’usager va prendre en charge très concrètement une partie du travail. En observant ce qui se passe sur la Planète Internet, il est plus facile de mesurer ces niveaux d’interactivité entre producteurs et consommateurs. Nous y reviendrons. L’économie, elle aussi subit ce changement de relations spécialement issu d’habitudes prises directement dans l’usage de l’informatique. Afin de clarifier ce concept d’interactivité, nous proposons ci-dessous une classification en cinq niveaux pouvant être subdivisés en autant de sous niveaux nécessaires (nous y reviendrons dans les chapitres suivants). Pour montrer la direction générale du mouvement et pouvoir ainsi donner un instrument pratique aux entreprises privées ou publiques pour leurs futurs services ou produits interactifs, nous allons décrire un premier découpage.

 

5.1.- Information passive

 

-          Le premier niveau qualifié d’informationnel est le b.a.-ba du site Web. L’information y est maîtresse, sans possibilité de transactions. Ce niveau de base a été non seulement le premier à avoir été mis en place mais reste aujourd’hui le plus fréquenté, même si d’autres niveaux sont accessibles dans le service. Son rôle quoi qu’élémentaire, reste important pour la diffusion des informations à travers le monde. Chacun y a accès et à travers des moteurs de recherche comme Google, on obtient des offres de comparaisons, de benchmarking. En effet, l’utilisateur peut aisément comparer différents sites d’informations, recouper diverses données et agir en conséquence en se forgeant sa propre idée. Ce niveau premier de l’information psssar une extraordinaire interconnexion avec l’ensemble du monde informationnel Web a déjà ouvert de nouvelles perspectives au préalable inexistantes. C’est le concept de la liberté de s’informer soi-même qui fait loi.

 

5.2.- Self service

 

-          Le second niveau est celui du self service. Il s’agit ici de pouvoir choisir une information, un service ou un produit entre différentes options. Du point de vue du consommateur, c’est comme s’il se retrouvait dans un self service préférant tel produit à un autre en le mettant dans son caddie. Le Shop.ch, Amazon.com, Smart.com sont les meilleures illustrations de tels sites. Dans le domaine de la recherche d’informations, les sites de l’OCDE et ceux des statistiques des gouvernements sont eux aussi des espèces de self services. L’internaute est dans un mode de ” pick and choose”, et son degré de liberté est monté d’un cran par rapport à celui de ses compétences qui elles, stagnent. Cependant, il est à noter que si le premier niveau, celui de l’informationnel s’est substitué aux renseignements téléphoniques, le deuxième en revanche remplace le vendeur. E-booker par exemple, et les autres sites d’offres de voyage ont mis à mal les agences de voyages traditionnelles dans les pays développés. C’est un enjeu de taille.

 

 

 

5.3- Do-it-yourself

 

-          Le troisième niveau est celui du do-it-yourself qui pour l’essentiel réside dans l’ajout d’une procédure. A l’instar d’IKEA, il ne s’agit plus d’acheter un produit mais de suivre une série de procédures très précises qui permettent de monter soi-même son meuble. Il n’est plus question de savoir cliquer sur Internet mais plutôt de maîtriser certains algorithmes. Dès cet instant, il est juste de dire que le consommateur est entré dans la chaîne de production de valeur. Il achève désormais un produit non fini ou un service incomplet. Ce niveau d’interaction marque ainsi une rupture : celle du possomateur [1]. En effet, la consommation classique perd du terrain alors que le consommateur met désormais la main à la pâte. Devenir monteur en meuble, agent bancaire, voyagiste, designer d’ordinateur requiert de nouvelles compétences dont l’enjeu est souvent peu banal. Pour beaucoup de gens, ce niveau constitue une véritable barrière au savoir !

 

5.4- Co-design

 

-          Le quatrième niveau est celui de la “valeur ajoutée” ou du co-design. Il est question de demander à l’internaute de faire preuve d’initiatives, de réflexions voire de jugements. Encore un degré de plus de liberté avec un champ des possibles qui devient immense. De plus en plus de sites Web offrent ce niveau d’interactivité. Les banques en ligne, la famille des Weblogs ou des “communities of practice” [2] ou encore certains sites de e-learning [3] ont été les précurseurs. On assiste désormais au lancement de concours de design comme ceux de Nokia [4] aux Benelux en 2005, Muji [5] au Japon en 2006, de l’Oréal [6] aux Etats-Unis en 2006. Dans la mesure où la société du savoir commence à dominer celle de l’information. On assiste à un transfert de l’interactivité de plus en plus sophistiquée. Celle-ci évolue vers une contribution en valeur et non plus seulement en action. En effet, pour revenir aux banques en ligne, on s’est aperçu que le nombre d’outils informatiques à disposition, incluaient de plus en plus de simulations d’aide à la décision. Le niveau des procédures a été dépassé à un stade ultime d’analyse et de réflexion pour l’internaute. Ce dernier est enclin à mettre sa propre valeur ajoutée dans le produit. C’est un saut qualitatif majeur et ce n’est qu’un début.

 

5.5- Co-Création

 

-          Le cinquième palier est celui concernant la créativité elle-même. Il est aujourd’hui encore embryonnaire et certaines pistes et approches laissent penser que nous ne sommes plus trop éloignés d’une nouvelle réalité économique : celle de l’économie directe.. Si nous songeons aux communautés telles que celles des ” open source”, nous pouvons déjà voir les contours d’un phénomène qui ne peut que prendre de l’ampleur. Les exemples de l’encyclopédie “Wikipedia” ou des communautés de programmation des jeux interactifs sont sans doute proches de ce niveau de la créativité collective que nous décrivons. Ces communautés sont organisées autour d’un noyau qui fonctionne sur le principe (approximatif) du ” grid “. Le “create yourself” serait plutôt un “create together” qui évidemment est une révolution en soi. Le programme ” Connect & Develop” [7]de Procter&Gamble qui connecte bles innovateurs du monde entier à la recherche du prochain produit-phare est un exemple récent de ces nouvelles stratégies d’entreprise. Plus de 100 produits nouveaux de P&G sont issus de cette démarche !. A ce niveau, l’évolution est incertaine car plus qu’une question technologique, nous pouvons parler de question culturelle. Allons-nous réellement assister à la naissance d’une intelligence collective (en ligne) si chère au philosophe Pierre Levy[8]. L’enjeu est d’importance car si tel est le cas, une révision totale de notre organisation sociale en découlera. L’école par exemple, où l’enseignement du principe de chacun pour soi est encore de mise avec interdiction formelle et définitive de copier sur son voisin, alors que dans le reste de la vie, il s’agit de collaborer, de se comparer et finalement de s’inspirer.

[1] Terme utilise par IKEA pour désigner les ConsommActeur

[2] voir : http://www.infed.org/biblio/communities_of_practice.htm

[3] voir article de Jeffrey Huang : www.linezine.com/3.1/features/jhmwsh.htm

[4] http://conceptlounge.nokia.be/

[5] www.muji.net/award/

[6] www.loreal.com

[7] http :77pg. t2h.yet2.com/t2h/page/homepageLévy

[8] Pierre Lévy est titulaire de la chaire d’intelligence collective de l’Université d’Ottawa, canada

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Deux autres extraits du livre de Xavier Comtesse, “De l’économie directe”

6th March 2007

EXTRAIT 1: l’émergence du crowdsourcing
 

Les Américains parlent de ” Crowdsourcing” [1] lorsqu’il s’agit de se décharger vers les clients (ou vers la population) d’une partie de l’activité productrice d’une entreprise. L’exemple d’IKEA qui a, en quelque sorte, donné en ” crowdsourcing” à ses clients la fabrication finale (le montage) et le transport final (la livraison) de ses meubles est un exemple souvent évoqué pour désigner ce transfert. En principe, aujourd’hui, beaucoup d’entreprises si ce n’est déjà une petite majorité d’entre elles, ont d’une manière ou d’une autre entamé un tel processus. Ce transfert peut prendre différentes formes, mais il procède toujours de la même philosophie à savoir donner des outils suffisants pour   déléguer aux clients, la responsabilité d’une partie de la “value chain”.

L’apport nouveau de cette étude réside dans la présentation analytique de ces transferts. Fondée sur une analyse détaillée des concepts d’ “interactivité” et de “savoirs”, l’étude apporte un outil simple mais performant à trois niveaux d’interprétations et d’usage. A savoir un niveau explicatif historique, un niveau concurrentiel, sectoriel et de benchmark, et un niveau stratégique de développements futurs.

[1] Wired, p. 177-183, juin 2006
 
 

EXTRAIT 2: Le ConsommActeur 
 

Par ConsommActeur, il est entendu que le consommateur entre de plus en plus dans la chaîne de la valeur où il prend notamment une part active dans la finition des produits ou des services, mais également dans des formes plus élaborées comme la co-création. L’exemple d’Easyjet [1] est parlant à cet égard. Le consommateur réserve et paye sur Internet lui-même son voyage, imprime son e-ticket et va faire son propre check-in sur des bornes automatiques disposées à cet effet dans les halls d’embarquement des aéroports. Le gain de temps et de productivité est optimal. Il est redistribué en partie sous forme de discount aux usagers.

 

Easyjet et il ne faut pas s’y tromper, incarne plus une compagnie de ” highly productive” qu’un “low cost”. Le passage en quelque sorte actif des consommateurs dans la production va évidemment bouleverser de fond en comble la chaîne de la création de valeur, qui n’est plus désormais le fait unique de l’entreprise. La description détaillée de cette interactivité renforcée, doublée d’une pénétration dans la société du savoir, est la partie centrale de cette étude.

[1] www.easyjet.com

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