Archives de date "mai 2015 [f2015Fri, 22 May 2015 20:27:29 +000005 31 22UTC 22 31UTC 22UTC29 Fri, 22 May 2015 20:27:29 +00002015-05-22T20:27:29+00:000827vUTC29 05UTC529000000UTCvendrediFridayUTC29]"

Quel avenir pour l’économie collaborative et le peer-to-peer ?

C’est un titre qui peut paraître ambitieux voire exagéré : dans son nouvel ouvrage, Michel Bauwens propose ni plus ni moins que de « Sauver le monde ». De quoi faire « ricaner les sceptiques de tout genre », reconnaît dans la préface le philosophe Bernard Stiegler. Pourtant, les thèses avancées par Michel Bauwens, théoricien de l’économie collaborative, s’inscrivent dans un horizon sombre : au cours des vingt prochaines années, l’automatisation pourrait provoquer le déclin de la société fondée sur le salariat, et nombre d’emplois risquent de disparaître. D’après une étude publiée dans la revue Nature Climate Change, plus de la moitié des plantes terrestres courantes et environ un tiers des animaux diminueront de moitié d’ici à 2080 à cause du changement climatique si les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter au rythme actuel.

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Le retour des communs : la crise de l’idéologie propriétaire

Benjamin Coriat (Sous la direction de)

et avec : Michel BAUWENS ; Florence BELLIVIER ; Françoise BENHAMOU , Marie CORNU , Séverine DUSOLLIER ; Charlotte HESS ; Isabelle LIOTARD ; Pierre-Andre MANGOLTE ; Christine NOIVILLE ; Fabienne ORSI ; Valerie REVEST ; Judith ROCHFELD ; Sarah VANUXEM ; Olivier WEINSTEIN ; Jean-Benoît ZIMMERMANN.

Éditions Les Liens qui libèrent (20 mai 2015)

le-retour-des-communsPrésentation de l’éditeur

Autour des « communs » se noue aujourd’hui un espoir fort de transformation sociale à partir d’institutions ou d’entreprises proposant des ressources en accès ouvert. Cet ouvrage entend alimenter la réflexion sur les potentialités qu’offre le renouveau de ces communaux collaboratifs.

Biographie de l’auteur

Benjamin Coriat est professeur de sciences économiques à l’université Paris 13, Sorbonne Paris Cité, et membre du Centre d’économie de l’université Paris Nord (CEPN, UMR 7234). Spécialisé en économie industrielle, de l’innovation et de la propriété intellectuelle, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles. Sur le thème des communs, il a notamment dirigé I’ANR Propice (propriété intellectuelle, communs et exclusivité) dont les résultats essentiels sont publiés dans cet ouvrage. Il est par ailleurs cofondateur et membre du collectif d’animation des «Economistes atterrés».

La P2P Foundation, une approche pluraliste de la complexité

Une pensée ancrée dans un contexte historique

Quand on se penche sur l’histoire de la pensée, on constate que jusqu’en 1789, toute rhétorique était nécessairement dominée par la pensée religieuse : on se justifiait ou l’on critiquait en se référant à cette connaissance dite transcendante qui était réputée émettre les règles.

1789 constitue un pivot à partir duquel la pensée est devenue explicitement politique : on se réunissait autour d’idéologies partagées par le biais de la politique, et on tentait de changer le monde via la réforme ou la révolution.

A compter de 1989, avec la mort du grand système idéologique en concurrence avec le néo-libéralisme, on a vu émerger un troisième type de fonctionnement structuré autour des communs et des réseaux. Dans cette configuration, il n’y a plus de structuration tout à fait claire entre « eux » et « nous » mais une topologie plus complexe dans laquelle tout le monde est lié avec tout le monde,  et dans laquelle les individus peuvent être eux-mêmes plus complexes, partagés et contradictoires.

C’est donc aujourd’hui le temps de la complexité : les idéologies sont moins clivées, on prend conscience que les individus sont eux-mêmes des entités complexes, parfois paradoxales. En s’organisant de façon plus « moléculaire », on est passé du « batch processing », où l’on choisit ses représentants en bloc toutes les x années, à des réseaux complexes où l’on participe à différentes communautés auxquelles l’on contribue avec nos différentes facettes. La politique existe toujours mais la configuration a évolué et les approches idéologiques sont court-circuitées au profit d’objets sociaux que l’on construit ensemble, autrement dit des communs, pour lesquels une passion partagée permet d’aller au-delà des querelles idéologiques.

Le post-modernisme et la déconstruction ont détruit l’idée qu’il y avait un sujet et un objet et que le premier pouvait « objectivement » appréhender le monde des objets. Désormais la pensée évolue dans des réseaux de significations et la « vérité » se co-construit. Et c’est dans ce contexte que le pair-à-pair, en tant que dynamique humaine intersubjective telle que définie par la P2P Foundation, apporte un point de vue constructiviste. Plus les lumières individuelles et leurs perspectives uniques peuvent se combiner, plus claire peut devenir la connaissance d’un « objet » ou d’un système.

Après la fragmentation post-moderne, les sociétés sont en train de reconstruire du commun. Les systèmes pair-à-pair permettent à chaque individu d’apporter ses contributions dans des communs différents et d’être reconnu par les communautés en fonction de ces contributions sur le mode « On est ce que l’on donne ». L’identité se construit donc autour de nos contributions, et elle est reconnue par le biais de communautés contributives.

Une approche pluraliste et respectueuse des différences

C’est dans ce contexte que la P2P Foundation a mis en place un travail d’observation et de catalogage dans le but d’apporter des éléments de compréhension de cette complexité qui se développe. Ce travail est fondé sur l’idée qu’en tant qu’individus, nous sommes limités, et que nous ne pouvons avoir qu’un point de vue partial et partiel. La documentation, aussi variée que possible, permet de se construire ses propres conclusions. Le wiki est donc pluraliste et n’impose pas de ligne éditoriale, à la différence de Wikipedia par exemple, dont la communauté entend garantir une certaine « neutralité » de ses contenus.

Sur le plan politique, la P2P Foundation est un espace ouvert où tous les gens qui s’estiment être « pour » le modèle pair-à-pair que nous développons peuvent échanger leurs points de vue. En ce sens, c’est une communauté « multi perspectives » dans laquelle il n’y a pas qu’un seul point de vue. Ainsi, le dialogue s’instaure entre et avec des forces différentes dans la recherche d’un alignement (et non pas dans l’énonciation d’une vérité).

L’objectif est la recherche du commun dans cette évolution vers une société peer-to-peer. Les moyens d’arriver à ce type de société sont variés, et la P2P Foundation est un mouvement qui défend la pluralité des points de vue dans une dynamique constructive. Dialoguer ne signifie pas nécessairement que nous sommes d’accord avec toutes les idées et tout le monde. Nous cherchons seulement à nous enrichir mutuellement par l’échange. Nous fixons simplement la limite de nos interactions aux discours explicitement « contre » le pair-à-pair en tant que logique relationnelle. Mais quoi qu’il arrive, nous ne condamnons jamais la totalité d’un discours et ne jugeons pas les personnes.

Un réseau complexe, décentralisé et ouvert

Evidemment, cette position pluraliste peut provoquer des ambiguïtés déstabilisantes. Pour se sentir appartenir à la P2P Foundation, il faut pouvoir supporter cette pluralité, voire des contradictions ou paradoxes entre certains points de vue. Mais pour nous, cette incompatibilité des points de vue n’est pas un problème du moment qu’ils peuvent tous être exprimés.

Sur de nombreux sujets, comme celui du revenu universel par exemple, il ne nous paraît pas possible d’être simplistes. Ces sujets sont abordés autant par la droite que par la gauche, et on doit pouvoir reconnaître la qualité d’une analyse sans pour autant cautionner les solutions proposées. Aussi nous critiqueront plutôt les façons de penser « mono-paradigmatiques »,  « monothéistes » ou clivantes (« Tu es avec moi ou contre moi« ) que les contenus des discours eux-mêmes. Dans cette optique, il faut parfois du temps, celui de la rencontre et de l’écoute, pour conclure finalement à une éventuelle non compatibilité de certains points de vue véritablement trop radicaux ou sectaires.

La P2P Foundation a une structure en réseau, décentralisée et auto-organisée, dont les frontières ne sont ni étanches ni clairement identifiables dans la mesure où chaque individu est lui-même une entité complexe reliée à un écosystème riche. En ce sens, elle ne peut se faire le porte-parole d’un point de vue unique. Ce qui relie les contributeurs du réseau, c’est le commun de connaissances que nous co-créons pour favoriser et accompagner l’émergence d’une société des communs pair-à-pair basée sur la durabilité, l’ouverture et la solidarité.

Propos recueillis par Maïa Dereva

Viens dans mon tiers-lieu, j’organise un hackaton en open source

Par Jean-Laurent Cassely

L’Open model, le peer to peer et les fablabs expliqués comme au bistrot. Ou les questions les plus bêtes que vous n’osez pas poser à un «maker» qui bosse dans un «fablab collaboratif» en «open source».

Michel Bauwens, président de la fondation Peer to Peer (P2P), était à Paris en mars pour présenter son nouveau livre, Sauvez le monde, vers une économie post-capitaliste avec le peer-to-peer (éd. Les liens qui libèrent) prolongeant notamment la réflexion de Jeremy Rifkin sur l’impact du numérique sur l’organisation économique, qui remettrait les «communs», ces biens qui appartiennent à tout le monde, au cœur de la création de valeur et inciterait à repenser en profondeur l’économie capitaliste reposant sur une maîtrise totale de la chaîne de production et une protection des innovations par la propriété intellectuelle.

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