Beaucoup d'acteurs économiques utilisent des "communs" pour développer des services ou des produits (par exemple, l’entreprise qui fabrique des objets à partir de plans “libres”).

Types d'activités marchandes privées autour d'un commun

Il existe diverses types d'activités marchandes privées autour d'un commun. Par exemple :

  • Des entreprises proposent d’accompagner l’usage du commun par de la formation ou du conseil (par exemple, on vous forme à fabriquer un objet à partir des plans disponibles). Les gens peuvent alors apprendre à faire par eux-mêmes (‘faites vous aider’)
  • Des entreprises mettent en place la solution (Par exemple, on vend des objets directement fabriqués à partir des plans open source). Ici, c’est plutôt dédié à ceux qui n’ont pas le temps on n’ont pas envie de faire par eux même. (‘on le fait pour vous’)

Dans ces deux cas, il faut que l’organisme de formation, de conseil ou de fabrication trouve un moyen de reverser une partie de ses bénéfices au commun (au bénéfice du plan open source dans le cas de la vente d'un objet produit grâce à ces plans par exemple). Il faut aussi que cet organisme trouve un moyen de coopérer sainement avec la communauté qui protège le commun.

Qu'est ce que l'on peut appeler activité économique privées autour d'un commun ?

Il ne semble pas qu'il y ait de séparation nette entre les acteurs marchands et les communs. Ainsi, une AMAP (Association de maintien de l'agriculture paysanne) se positionne bien dans le domaine marchand en permettant à sa communauté d'acheter des paniers de légumes chaque semaine. Pour autant, en associant les usagers contributeurs à la gestion de ce commun, la valeur de ce qui est produit dans le commun ne se fixe pas par rapport au prix du marché mais se fixe avec la communauté d'usagers contributeurs. Ainsi, il n'est pas rare de voir dans une AMAP la communauté décider d'une augmentation du prix des paniers pour permettre aux producteurs principaux de prendre des vacances, en dehors de toute logique de prix de marché. On ne parle plus dès lors de valeur d'usage ou de valeur d'échange[1] mais plutôt de valeur pratique, qui dépend de la pratique contributive de la communauté. Ainsi, le prix des légumes dans une AMAP pourrait se réduire si la pratique contributive est importante (si la communauté s'implique beaucoup). Chez Wikipédia, la valeur pratique est telle que même si notre usage est très conséquent, nous n'avons pas besoin de payer selon cette valeur d'usage pour que le projet survive financièrement. Une infime partie des usagers contributeurs finance wikipedia par des dons, la valeur pratique étant très forte, il n'y a pas d'importants besoins financiers. C'est sans doute là que l'on peut faire la distinction entre une activité économique de type "commun" et de type "privée/propre". Aujourd'hui, les activités marchandes sont en grande parties dites "privées" et rarement intégrées au sein de "communs". Cela s'explique sans doute par le peu d'outillage mis en place aujourd'hui pour financer et rétribuer un collectif de personnes qui contribuent à un commun.

Privé/Propre

Communs

Fixation du prix

La valeur d'échange ou d'usage permet de définir le prix. Cela se fait en général selon le prix du marché

Le prix dépend de la valeur pratique. Si il y a une pratique contributive forte, le prix pour accéder au commun risque d'être faible par rapport au prix du marché, à prix libre voir nul. Pour autant, une communauté peut aussi avoir des prix supérieurs au marché (c'est l'exemple de l'AMAP ci dessus) voir être sur le prix du marché (cas d'une organisation pensée comme un commun qui vendrait un service ou un produit à une entreprise ou une collectivité)


Comment les logiques marchandes dites privées peuvent fonctionner autour des communs ?

Plusieurs méthodes permettent d'organiser des activités marchandes autour de communs de manière saine

  • Une méthode est proposée pour développer des prestations autour des communs tout en soutenant les communs
  • Des communautés se développent pour aider les acteurs marchands à utiliser les communs, les "Chambres des communs" : http://www.chambredescommuns.org/
  • Des licences sont en cours pour favoriser la réciprocité. Elles sont décrites ici
  • Déjà, des organisations appliquent des modèles de réciprocité. Comme l'explique Silvève Mercier dans cet article, le "commun"MusicBrainz" est adossée à une fondation qui s’appelle MetaBrainz et qui est là pour réguler les usages commerciaux de cette base. Les entités souhaitant faire du commerce à partir ces données sont incités à se déclarer à la fondation qui passe des contrats avec eux (voir la liste ici). Chacun peut utiliser les données de MusicBrainz, mais la "communauté" peut aller chercher les acteurs commerciaux qui font un usage pour les inciter à soutenir MusicBrainz. "There are also organizations that make use of our data that have explicitly declined to support us. There may also be other organizations making use of our data that we don't know about yet. If you know of a company using our data, please contact us." Si ils soutiennent pas, tant pis, mais ils ne seront pas dans la liste mise en avant sur le site, mais ça ne leur empêche pas l'usage commercial . C'est ce qu'a fait Metabrainz que l'on pourrait proposer pour de nombreux autres communs (prototype proche de cette idée ici  : http://encommuns.org/#/economique, à améliorer)
  • Une méthode est en cours de construction pour identifier et analyser les communs auprès des acteurs privés : http://wiki.lafabriquedesmobilites.fr/index.php?title=Rep%C3%A9rer_et_caract%C3%A9riser_les_communs_utiles_%C3%A0_la_Fabrique. Un début de méthode d'animation d'une rencontre entre des acteurs privés et des porteurs de communs peut aider à faire prendre conscience des enjeux du commun par un acteur privé https://docs.google.com/document/d/1sIt-I01hHUEGL53nUjsdIUVNvs_XTnImbaQP9STCiOk/edit.
  • Différentes entreprises donnent anonymement des financements à des communs (par exemple bundler recevait 600$/semaine sur gratipay). L'anonymat permet d'éviter d'avoir l'impression que "le commun" travaille pour un financeur privé particulier.
  • Financement de type "investisseur". Une discussion intéressante du projet liberapay sur comment des acteurs privés (type investisseurs) pourraient intervenir directement sur des communs et imaginer un retour sur investissement.

Exploration

Certains travaillent directement dans des logiques ouvertes pour fournir des réponses à des prestations. A l’image de ce qui est fait par Adrian Hoppel : http://adrianhoppel.com/this-is-what-it-looks-like-when-you-realize-how-toxic-your-job-is-and-you-do-something-about-it/. “Working in the gift does not mean that I work for free, or that I give my work away without care. It means that people trust me to build them a website, and I trust them to support my work as they believe fair.”

Source : Wikibook "Construire des communs" sous licence CC BY-SA 3.0

  1.   Aristote, dit que pour toute chose susceptible d’avoir un prix, il y a deux usages possibles : être utilisée selon son usage propre, par exemple pour des chaussures, d’être portées aux pieds, et utilisée selon son usage dans l’échange, et toujours pour des chaussures, d’être échangées contre autre chose, disons, quelques leçons de guitare. Or ce qui est remarquable pour l’argent, c’est que dans son cas, ces deux usages se confondent. »