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Vers des partenariats Public-Communs

Un article de Jonathan Piron et Samuel Cogolati sur le site Etopia.be

1. Introduction

Diverses pressions s’exercent à l’heure actuelle sur les villes et leur développement. Les services publics, les espaces publics, les biens publics, sont désinvestis en faveur d’autres types de biens, essentiellement privés. Cette privatisation pose question en accaparant des biens publics pour le seul usage de nouveaux propriétaires privés, qui en limitent l’accès au plus grand nombre. Cette mainmise sur nos biens publics provoque, de surcroît, un affaiblissement des structures de solidarité en remplaçant la mutualisation des risques par l’individualisation.

Face à cette nouvelle vague d’enclosures orchestrée par nos pouvoirs publics au profit d’acteurs privés, les communs représentent une alternative à promouvoir. Il s’agit là de ressources partagées au sein de communautés selon un mode de gestion et d’exploitation entièrement autonome, distinct du marché (privé) ou de l’état (public). L’idée de biens communément possédés et gérés entre de plus en plus dans le discours ambiant tandis que les projets concrets se multiplient. Les exemples locaux se développent chez nous aussi bien dans des environnements urbains et ruraux : potagers communautaires au pied des arbres de grandes avenues, ateliers collectifs de réparation d’objets (FabLabs), kiosques à jeux en libre-service sur les places, coopératives d’énergie renouvelable ou pour la gestion de l’eau, habitats groupés et éco-quartiers dans d’anciennes usines… Ces communs jouent un rôle à la fois social mais également économique et institutionnel.

Une nouvelle politique urbaine ancrée dans la transition écologique doit prendre en compte ces nouvelles structures de gouvernance et leur faire jouer un rôle plus important. La prise de décisions, les capacités de gestion et les objectifs de redistribution suivant le principe des communs peuvent être complémentaires aux politiques publiques. Cette démarche peut se réaliser en partenariat avec les acteurs publics concernés. C’est cette approche de Partenariats Publics-Communs (PPC) qui sera abordée dans cette analyse.

2. Les communs au-delà du marché et de l’état

Tout d’abord, il est nécessaire de définir ce que l’on entend par « communs » et quels sont leurs modes de fonctionnement. Parmi les principaux penseurs des Communs, Elinor Ostrom fait figure de référence. Économiste et politologue, Ostrom est l’auteure d’un ouvrage important sur les communs : « Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles ». Pour Ostrom, les communs se caractérisent par une auto-organisation de communautés dans la prise en charge de ressources et dans l’accès donné aux différents usagers [1]. Ostrom réfute le postulat de la « tragédie des commons » de Garrett Hardin, en démontrant dans la pratique comment ces communautés arrivent à gérer leurs ressources de manière durable sur le long terme, sans recours à la privatisation, ni à la force publique de l’état. Pierre Dardot et Christian Laval, autres penseurs des communs, soulignent là la pratique instituante autonome du groupe, qui devient un nouveau sujet collectif [2]. En effet, l’institution crée par le groupe développe elle-même un ensemble de droits, de règles d’accès, de sanctions et d’exclusion des cavaliers clandestins, assurant en ce sens la durabilité de la ressource en question, qu’elle soit matérielle (par exemple : des pâtures, des forêts, des lacs) ou non (par exemple : des connaissances qui se transmettent de génération en génération, les ressources génétiques, Wikipedia).

De nombreux communs (tels que des potagers collectifs ou des associations d’échanges de services à l’échelle du quartier) développent leurs activités en restant à l’écart des sphères publiques et privées (le marché). Ces initiatives ne sont ni gérées par le public, ni guidées par l’appât du gain : elles sont créées par et pour les habitants. Les militants des communs ont même souvent à cœur de défier l’État et le marché pour revendiquer une action politique sous une forme conflictuelle pacifique. Pour certains auteurs, la propriété publique ne servirait que de « paravent […] à la logique individualiste d’appropriation » [3]. En effet, la propriété publique n’est « pas nécessairement […] gardienne de l’intérêt général » quand l’État privatise les biens publics pour équilibrer ses comptes et quand la bureaucratisation des services publics empêche toute participation citoyenne [4]. L’auto-organisation de communautés citoyennes apparaît alors aux yeux des défenseurs des communs comme la seule issue valable à la division public-privé.

3. L’alternative des Partenariats Publics-Communs : sortir d’un système fermé et insatisfaisant

L’approche par les communs permet de dépasser les tensions imposées à la fois par le néolibéralisme et par la dualité entre le marché ou l’État. Comme nous le voyons de plus en plus, la marchandisation des biens, qui caractérise depuis les années 80 la société actuelle, accroît les déséquilibres et les inégalités tant au niveau de la production que de la redistribution voire du simple usage des biens et services. La société néo-libérale impose une idéologie propriétaire, pour reprendre le concept proposé par Benjamin Coriat, selon laquelle le marché est considéré comme étant auto-régulateur [5]. La contrainte exercée dès lors sur les biens publics amène en conséquence leur aliénation au bénéfice d’intérêts privés. La vente de biens publics devient une norme en vue d’assurer soit leur rentabilité, soit de maximiser leur production, suivant la rhétorique utilisée.

La tension actuelle sur les biens publics se réalise également au niveau du financement des projets. L’acteur public ne dispose plus forcément des moyens pour soutenir les marchés de travaux classiques. Des acteurs privés sont alors sollicités pour soutenir telle ou telle réalisation, via des Partenariats Public-Privé (PPP), obtenant de substantiels avantages dans l’utilisation qui en sera faite. Les PPP sont cependant loin d’être la panacée. Transformant la gouvernance de biens jusqu’alors publics, ils restreignent le droit d’usage dont disposaient jusque-là les citoyens. Ne soyons pas dupes : les projets immobiliers les plus profitables peuvent priver les habitants d’espaces publics, de parcs, de monuments historiques, de friches industrielles, et d’autres projets à haute valeur sociale ou environnementale ajoutée. Or, la mise en place de droits exclusifs n’amène pas une meilleure organisation ni même une meilleure rentabilité.

Alors, pourquoi devrions-nous absolument, au nom du développement, se soumettre aux seuls investisseurs privés ? Face à des pouvoirs publics aux finances étriquées mais en soif de redéploiement, et des promoteurs privés parfois prêts à confisquer des sites publics à titre spéculatif, pourquoi ne pas confier nos quartiers et notre patrimoine aux citoyens eux-mêmes ? Le partage et la mise en commun à partir de règles définies de manière collectives ont démontré leur efficacité, que ce soit via une meilleure efficience ou via une souplesse structurelle correspondant mieux au contexte donné. Nous devons aujourd’hui admettre que les communs représentent une « troisième voie » crédible à côté du marché et de l’État.

Mais, via cette approche, l’État ne doit pas nécessairement être considéré dans une logique de concurrence. Au contraire, Elinor Ostrom a démontré que les communs ne pouvaient perdurer sur le long terme que si les autorités publiques reconnaissaient leur organisation. Il s’agit même là du septième principe énoncé dans son livre emblématique [6]. Même si l’État n’est pas à l’origine du commun et ne participe pas directement à sa gestion, il peut le protéger et le soutenir en tant qu’entité institutionnelle et juridique à part entière. Par conséquent, les autorités publiques pourraient développer des liens de coopération et de solidarité avec les communs, entrant dans une nouvelle dynamique de coopération. En ce sens, une collaboration approfondie entre acteurs publics et communs pourrait déboucher sur la mise en place nouveaux projets locaux répondant aux attentes et souhaits de chacun. Un outil pourrait être mis à disposition des gouvernements et des citoyens : le « Partenariat Public-Commun » (PPC).

Tommaso Fattori est le premier à avoir développé l’idée de PPC. En 2014, celui-ci les définissait comme étant le moyen de « réorienter le rôle de l’État, en déplaçant son soutien et son subventionnement des entreprises privées au soutien de la création de communs [7] ». Différents mécanismes sont proposés, allant d’exonérations fiscales aux subventions, en passant par le soutien aux activités autonomes ainsi qu’à l’attribution de biens publics voire de politiques publiques à une institution fonctionnant sur le principe d’un commun. Les autorités publiques pourraient également créer un cadre juridique clair et précis pour construire ces initiatives citoyennes [8].

Dans le cadre d’un PPC, trois types d’acteurs entrent en jeu :

  • L’acteur politique
  • L’administration
  • Le groupe de citoyens institués en commun et portant la revendication

L’acteur politique est celui qui délègue l’action publique ou son soutien au commun. L’administration, de son côté, encadre l’institution en commun et permet la mise en œuvre ses décisions. Le groupe de citoyens, enfin, a l’attitude la plus prosélyte en étant constamment à la recherche de bras supplémentaires pour renforcer leur poids dans une dynamique qui est, selon, au départ en leur défaveur. Dans cette démarche, une logique d’évaluation autour de différents indicateurs comme la cohésion sociale est bénéfique pour le suivi du projet et l’implication des plus réticents.

Dans les projets emblématiques lancés par certaines villes, il convient de mentionner celui de la Ville de Gand, qui a initié en mars 2017 un grand ’Plan de Transition des Communs’ destiné à renforcer l’aide publique aux communs [9]. Les exemples y abondent : LikeBirds où des travailleurs indépendants et freelance partagent les frais de bureaux en co-working en plein cœur de la ville ; la coopérative EnerGent dans laquelle des familles gantoises ont décidé de cotiser ensemble pour la construction de deux éoliennes le long de l’E40 ; le mouvement VoedselTeams qui garantit des produits venus de fermes bio de Flandre orientale, etc.

Plus globalement, l’idée d’un PPC peut se réaliser autour de deux démarches : la mise en commun de services publics ou le soutien des services publics aux projets en commun.

  • La mise en commun de services publics

Une mise en garde s’impose tout d’abord : il ne s’agit pas, dans le cadre posé ici, de simplement consulter les citoyens. Ceux-ci, au contraire, s’engagent et passent eux-mêmes à l’action. Dans le cadre d’une mise en commun de services publics, la ressource concernée demeure propriété publique mais voit sa gouvernance mise dans les mains d’une institution fonctionnant sous le principe d’un commun. Le rôle de l’État reste important, afin d’éviter la rupture de liens de solidarité non seulement entre usagers mais également avec les non-usagers d’un bien jusqu’alors public. Pour réussir, cependant, il est indispensable que le processus se mette en place là où une dynamique associative existe.

Deux exemples permettent de mieux comprendre cette approche à savoir ceux liés à la gestion de l’eau à Naples et à Paris. La ville de Naples a opéré une transformation de la société par actions ARIN, gérant le réseau d’eau potable, en entreprise spéciale de droit public : ABC Naples. Cette transformation fut portée par une démarche citoyenne élevée, consacrée notamment via un référendum. La logique, horizontale, a vu les usagers devenir des acteurs à part entière, autour d’un nouveau de modèle de gouvernance.

A contrario, à Paris, la municipalité est restée derrière le processus, du début à la fin. L’initiative s’est imposée de manière verticale, sans mouvement citoyen en amont ni même de dynamique d’appropriation citoyenne. Issu d’une politique publique classique, le processus parisien mobilise peu, à l’inverse du processus napolitain, qui lui s’inscrit dans la dynamique d’un « commun ». Cette mise en commun de services publics doit donc partir d’une base sociale existante, fondée sur une revendication et sur une action coordonnée.

À un autre niveau, des espaces publics peuvent être laissés à un usage en commun. L’administration communale de Gand s’est engagée dans le développement d’une ville en transition autour d’une multitude d’initiatives locales. Parmi celles-ci, un focus a été mis sur l’aménagement urbain à partir de plusieurs questions : Quelle est la fonction d’une rue ? Comment la transformer ? Quels sont les liens avec les problématiques de mobilité, d’environnement, de cohésion sociale… ? De ces questionnements est né le projet « leefstraat ». Ce projet permet à ce que des riverains d’une rue en reprennent possession, avec la charge pour eux d’organiser diverses activités (comme des concerts de quartier, pique-niques ou jeux pour enfants) suivant leurs besoins, leurs envies, ce qui fait sens. En plus d’avoir redonné du sens collectif aux habitants d’une rue, le projet leefstraat a permis à la créativité de s’exprimer. L’initiative ne part que des demandes d’une rue, dont les habitants se sont regroupés en vue de proposer leur propre projet. Encore une fois, à aucun moment il ne s’agit d’un chantier imposé par l’autorité communale.

L’importance de la mise en commun de services public repose sur un fonctionnement essentiellement en bottom-up. Ce type de commun ne peut être une initiative en tant que telle de la ville, au risque de vite s’essouffler. La ville doit réellement et simplement être dans une posture soutenante.

  • Le soutien des services publics aux projets en commun

L’autre dynamique d’un partenariat public-commun se retrouve dans le soutien accordé aux projets en commun qui se sont lancés de manière autonome. Ces communs s’inscrivent dans une série d’initiatives destinées à encourager les citoyens à prendre possession de leur bien-être et de leurs besoins (via l’agriculture, les services, les échanges locaux, etc.). Or, nombre d’entre eux connaissent des difficultés de lancements ou disparaissent après quelques années faute de moyens efficaces. Souvent financiers, ces manques sont parfois aussi purement logistiques, comme l’existence d’une salle permettant au projet de se réunir et d’exister.

Les pouvoirs publics peuvent entrer en jeu en tant, par exemple, que fonds de garantie pour les projets développés et dont l’empreinte devient durable dans le tissu social. Dans le cadre d’une monnaie complémentaire qui respecte les règles de fonctionnement en commun, un tel mécanisme de sauvegarde pourrait être mis en place en cas de mise en danger du projet. L’objectif est à la fois d’assurer la pérennité du commun et de ne pas voir s’effondrer, avec lui, d’autres pans de la sphère publique ou privée qui en ont bénéficié collatéralement. Les autorités peuvent également permettre aux projets rentrant dans une charte communale des communs à pouvoir bénéficier de locaux publics inutilisés afin de se développer et d’organiser leurs activités.

D’autres projets de plus grande ampleur peuvent aussi bénéficier d’un soutien public, comme celui du « Community Land Trust » (CLT). Grâce au modèle du CLT, les pouvoirs publics peuvent prévenir l’inflation des prix du foncier et empêcher la spéculation immobilière. Le CLT fonctionne en effet sur base de la séparation du sol et du bâti. Le sol reste la propriété de la collectivité comme bien commun, ce qui fait évidemment baisser le coût du logement vendu aux particuliers. Les pouvoirs publics, en particulier les communes, pourraient prendre une part active dans ces CLT. Ainsi, à Molenbeek, ce sont 32 familles qui vont acquérir des appartements écologiques et gérer de manière collective un jardin et une salle polyvalente partagée avec l’association Vie Féminine. L’achat du terrain a été subsidié par la Région bruxelloise en 2012. L’expérience pourrait être renouvelée ailleurs pour lutter contre la crise du logement et pour encourager de nouveaux engagements sociaux.

L’organisation de PPC repose sur un lien fort et de confiance. Cette obligation peut représenter un obstacle pour nombre de citoyens et d’élus. Cette nécessité de confiance est toutefois importante, le succès du commun reposant sur sa stabilité et sa pérennité.

4. Conclusion

La mise en place de PPC, tout comme les communs au sens général, passe par un récit mobilisateur et compréhensible pour le plus grand nombre. Les communs révèlent un nouvel imaginaire social, s’écartant d’une structure de gestion et de redistribution verticale, centralisée et fermée. Comme le souligne l’historien Peter Linebaugh, les communs peuvent se définir comme étant un verbe (« commoning ») engageant une action collective [10]. Les communs permettent de réactiver des territoires délaissés, de réhabiliter des friches industrielles, de regagner le terrain laissé à la voiture dans les années 70, de récupérer l’espace perdu dans les zonings commerciaux,… bref, de rendre l’espace rural ou de la ville à chacun et à tous.

Les communs ne signifient pas la fin de l’état. Au contraire, les communs permettent de privilégier la participation des citoyens dans la société et de réinventer notre modèle démocratique. La réussite de ces projets repose donc sur un rapport de force que les communs doivent gagner avec les pouvoirs publics. Cette démarche implique dès lors de repenser les relations entre ces deux sphères institutionnelles. Comme vu plus haut dans l’expérience parisienne, les communs ne peuvent être imposés de manière verticale. En l’absence d’une base sociale engagée et revendiquant un espace de décision par le bas, le projet n’a aucune fondation. Dans l’autre sens, l’absence d’écoute, de confiance et de reconnaissance de la part des pouvoirs publics rend le commun tout aussi impraticable. Les autorités publiques doivent être en phase avec les objectifs fixés par les citoyens eux-mêmes et éviter les projets entrant en contradiction avec les communs, au risque de les faire vaciller. Au lieu de freiner ces initiatives citoyennes, l’état pourrait parfaitement décider de soutenir la co-construction entre services publics et communs.

[1] Göktug Morçöl, « Self-Organization in Collective Action : Elinor Ostrom’s Contributions and Complexity Theory », in Complexity, Governance & Networks, vol. 1, n° 2 (2014), University of Bamberg Press, Bamberg, 2014, p. 9-22.

[2] Pierre Dardot, Christian Laval, Commun : Essai sur la révolution au XXIe siècle,Paris, Ĺa Découverte, 2014.

[3] Thomas Boccon-Gibod, Pierre Crétois (sous la direction de), Etat Social, Propriété Publique, Biens Communs, Le Bord de L’Eau, 2015.

[4] Sébastien Broca, « Préserver l’intérêt général contre les entreprises… et contre l’état. Les communs, un projet ambigu », Le Monde Diplomatique (2016), p. 3.

[5] Benjamin Coriat (sous la direction de), Le Retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire, Les Liens qui libèrent, Paris, 2015.

[6] Elinor Ostrom, Governing the Commons. The evolution of Institutions for Collective Action, Cambridge University Press, Cambridge, 1990, p. 101.

[7] « Public-Commons Partnership », in P2PF Wiki, P2P Foundation, 25 février 2014, [en ligne], https://wiki.p2pfoundation.net/Public-Commons_Partnership.

[8] Tine De Moor, « Co-operating for the future : inspiration from the European past to develop public-collective partnerships and transgenerational co-operatives », in Saki Bailey, Gilda Farrel et Ugo Mattei (sous la direction de), Protecting future generations through commons, Trends in Social Cohesion, Council of Europe Publishing, 2013, p. 81.

[9] Piloté par Michel Bauwens, ce plan s’inscrit dans celui porté par la Fondation P2P en Équateur, au sein du projet Flok (Free, Libre, Open Knowledge Society) (David Bollier, « Ecuador’s Pathbreaking Plan for Commons-Based Peer Production : An Update », in David Bollier, News and perspectives on the commons, 5 juin 2014, [en ligne], http://bollier.org/blog/ecuador%E2%80%99s-pathbreaking-plan-commons-based-peer-production-update ; « Research Plan », in Flok Society, 26 juin 2014, [en ligne], http://en.wiki.floksociety.org/w/Research_Plan).

[10] Peter Linebaugh, « Some principles of the Commons », in Counterpunch, Petrolia, 8 janvier 2010, [en ligne], http://www.counterpunch.org/2010/01/08/some-principles-of-the-commons/.

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Séminaire « Les Communs Urbains » 20 & 21 juin 2017 à Lille

La ville vous intéresse ? Vous avez déjà entendu parler des communs ? Vous vous intéressez aux réalités de votre environnement ?
Associations, collectifs, chercheur·euse·s ou acteurs publics se rassemblent avec nous les 20 et 21 juin à la MESHS,, 2 rue des Canonniers, Lille – sortie gare Lille Flandres

LIEN VERS INSCRIPTION

PROGRAMME

MARDI 20 JUIN

9H > 12H30 – ACCUEIL + PLÉNIÈRE
Les communs urbains : Processus de transformation des territoires ?

13H30 > 16H – ATELIERS CROISÉS // FAIRE LA VILLE EN COMMUN(S) : DE LA DYSTOPIE À L’UTOPIE RÉALISTE.
• Ils et elles l’ont fait c’est possible : Témoignages
• Imaginons notre ville idéale : Atelier participatif
• Juridiques et finances: Comment l’argent et le droit peuvent être au service du territoire ?

16h > 17h45 – DÉAMBULATIONS ET RESTITUTIONS CROISÉES

19H – PROJECTION & DISCUSSION
« Les chroniques de l’Emscher » de Christoph HÜBNER et Gabriele Voss
https://www.facebook.com/events/179108232617230/?fref=ts

MERCREDI 21 JUIN

9H > 11H30 – ATELIERS CROISÉS // FAIRE LA VILLE EN COMMUN(S) : DÉFAIRE NOS REPRÉSENTATIONS ?
• De l’occupation temporaire à la permanence des lieux :
la définition de nouveaux acteurs ?
• Jachère et temps de la ville : Redonner du temps à la ville, les enjeux et les outils
• Territoire de projets pédagogiques: au-delà des frontières administratives

14H > 16H30 – ATELIERS CROISÉS // L’INDIVIDU DANS LES COMMUNS URBAINS : INTERACTIONS, MOBILISATIONS ET COMPÉTENCES
• Cartographier sa commune : L’individu et ses interactions spatiales
• Et moi comment m’engager dans les communs urbains ? Format World Café
• Processus de mobilisation et d’action: Les communs urbains au cœur du développement de capacités sociales individuelles

ATELIER BONUS
La ville des enfants : autour des communs ?

16H45 > 18H – RESTITUTIONS CROISÉES
18H – INVITATION À L’EXPOSITION LE POINT COMMUN(S)
https://www.facebook.com/events/1933538266935668/?ref=ts&fref=ts

Entrevue avec Michel Bauwens autour de l’ouvrage « Manifeste pour une véritable économie collaborative »

Michel Bauwens répond aux questions de Frédéric Sultan à propos de son dernier ouvrage Manifeste pour une véritable économie collaborative. Il replace l’économie collaborative dans un contexte historique et l’évolution du capitalisme, aborde la relation entre travail et commoning et la dimension démocratique d’une société basée sur les communs.

Source : Remix The Commons

L’exclusion forcée du marché comme enclosure des biens communs

Nous reprenons ici un excellent article de Calimaq sur son blog scinfolex.com, sous licence CC0 Public Domain.

La semaine dernière est paru sur le site Reporterre un intéressant article consacré à Jean-Luc Danneyrolles, le fondateur du « Potager d’un curieux » : un lieu situé dans le Vaucluse dédié à la préservation et à la promotion des semences libres. Le papier explique notamment le parcours du combattant que ce paysan a dû traverser pour faire accepter son activité par les autorités administratives. Il a heureusement pu régulariser pour l’essentiel sa situation, mais un point continue à générer des frictions : celui de la commercialisation des semences qu’il produit.

Quand on pose à Jean-Luc la question simple du droit à vendre toutes ses graines, il renverse l’interrogation. « De quel droit n’aurait-on pas le droit de produire de bonnes graines et de les commercialiser ? C’est la réappropriation de ce patrimoine que je défends. On n’a pas le droit, on prend le droit. Prendre un droit, ce n’est pas voler quelque chose, explique t-il. Je ne m’imagine jamais que la police viendra m’arrêter parce que je vends mes graines. On est soutenu par la société civile, c’est-à-dire qu’il y a plein de gens qui m’encouragent à continuer et ça me suffit. »

Interdiction de commercialiser les semences libres ?

Comme j’ai déjà eu l’occasion d’en parler sur S.I.Lex, les semences peuvent faire l’objet en Europe d’un droit de propriété intellectuelle par l’intermédiaire des Certificats d’Obtention Végétale (C.O.V.) qui protègent des variétés obtenues par les semenciers. Par ailleurs, pour pouvoir légalement commercialiser des semences, il faut que celles-ci soient enregistrées dans un catalogue reposant sur des critères excluant par définition les variétés anciennes, comme l’explique l’article de Reporterre :

Pour la commercialisation de graines ou de plants, le décret n° 81-605 du 18 mai 1981 impose l’inscription des variétés au catalogue officiel des espèces et variétés végétales. Et pour être inscrites, les variétés doivent subir deux tests : DHS (pour « distinction, homogénéité, stabilité ») et VAT (pour « valeur agronomique et technologique »). Premier accroc, les variétés anciennes, paysannes, de terroir, appelez-les comme vous le voulez, sont par essence instables. Elles s’expriment différemment selon les biotopes et les conditions climatiques. Donc retoquées par les tests d’entrée au catalogue.

Les variétés qui respectent les critères DHS constituent en général des « hybrides F1 » produits par les grandes sociétés semencières, qui donnent des plantes aux caractéristiques identiques, quel que soit leur environnement. Elles dégénèrent aussi dès la première reproduction, ce qui empêche les agriculteurs et les jardiniers de réutiliser les semences et les oblige à racheter chaque année des graines aux mêmes industriels. On voit donc que le système a été conçu pour privilégier mécaniquement les variétés protégées par des droits de propriété intellectuelle, tandis que les semences dites « libres » (celles appartenant au domaine public) sont désavantagées, notamment parce qu’elles ne peuvent être commercialisées.

La réglementation s’est néanmoins quelque peu assouplie au niveau européen depuis 2011, avec la mise en place d’une liste complémentaire au catalogue officiel reposant sur des critères d’homogénéité moins drastiques, qui permet d’y faire entrer des variétés anciennes. Mais cette marge de manoeuvre demeure insuffisante pour couvrir l’ensemble des semences du domaine public, ce qui fait que des paysans militants, comme Jean-Luc Danneyroles, restent pour une large part dans l’illégalité lorsqu’ils veulent commercialiser les semences qu’ils produisent. Ils risquent notamment des amendes infligées par la répression des Fraudes, qui peuvent être élevées (même si elles sont rarement appliquées en pratique). Une association comme Kokopelli a décidé de braver ouvertement ces interdictions ubuesques, en revendiquant comme un droit la possibilité de commercialiser les semences libres, jusqu’à le défendre devant la justice. On a cru l’an dernier que la situation allait changer avec la loi Biodiversité dont un article autorisait explicitement les associations à but non lucratif à commercialiser des semences appartenant au domaine public. Mais le Conseil constitutionnel a hélas prononcé l’annulation de cette partie du texte, au motif – très contestable – qu’elle entraînait une rupture d’égalité vis-à-vis des sociétés commerciales.

Sur toutes ces questions complexes liées à la législation sur les semences, je vous recommande fortement l’ouvrage suivant, récemment paru, qui permet d’en comprendre l’essentiel rapidement :

Des liens ambigus entre enclosures et marchandisation

Ce que je trouve intéressant avec cette histoire racontée dans Reporterre, mais plus largement avec la problématique des semences libres, c’est qu’elles illustrent bien les rapports complexes qu’entretiennent les biens communs et le marché. On considère en effet que les semences libres constituent un exemple-type de ressources assimilables à des « Communs ». Elles sont en effet parvenues jusqu’à nous par le biais d’un processus de transmission de génération en génération d’agriculteurs, qui ont conduit le processus de sélection et de croisement nécessaires pour développer les variétés et les adapter à leur milieu. Les variétés dites « anciennes », « paysannes » ou « traditionnelles » ne sont pas protégées par des droits de propriété intellectuelle : elles appartiennent au domaine public et sont donc à ce titre, librement reproductibles, ce qui en fait tout l’intérêt pour les agriculteurs, notamment pour se défaire de leur dépendance vis-à-vis des industries semencières.

Pancarte dans une manif, où les semences sont assimilées à un bien commun.

Comme ces semences appartiennent au domaine public, elles devraient aussi pouvoir faire l’objet, en tant qu’objets physiques, d’une libre commercialisation sur le marché. On voit bien que c’est une condition pour que des activités comme celles du « Potager d’un curieux » ou de Kokopelli puissent être durables et se développer. Même si ces structures adoptent généralement des formes associatives tournées vers la non-lucrativité ou la lucrativité limitée, elles ont besoin d’une connexion avec le marché, ne serait-ce que pour couvrir les coûts induits par la production et la distribution des semences. Or c’est précisément ce qui leur est aujourd’hui interdit théoriquement par la réglementation, qui s’est organisée pour exclure du marché les semences traditionnelles, via notamment les obligations d’enregistrement au catalogue officiel.

On voit donc qu’ici, l’enclosure spécifique qui pèse sur les semences consiste en une exclusion forcée du marché, et c’est quelque part contre-intuitif, par rapport à l’idée générale que l’on peut se faire du phénomène d’enclosure des biens communs. Historiquement, les enclosures ont frappé d’abord certaines terres qui faisaient l’objet d’un usage collectif par la distribution de droits de propriété privée pour les transformer en marchandises. Des propriétaires fonciers se sont vus reconnaître en plusieurs vagues le droit d’enclore des terres faisant auparavant l’objet de droits d’usage collectifs coutumiers. C’est notamment ce qui s’est produit en Angleterre au cours du 18ème et du 19ème siècle. En France, le démantèlement des Communs a plutôt pris la forme à partir de la Révolution française d’un processus de « partage des Communaux« , qui a consisté en la mise en vente dans certaines régions de ces terres pour qu’elles deviennent des propriétés privées. Dans ces deux cas, l’enclosure prend la forme d’une inclusion forcée dans le marché de biens qui, auparavant, en étaient « protégés » et l’on peut même dire que l’enclosure vise alors explicitement à la marchandisation du bien.

Il faut relire à cet égard les analyses de l’historien Karl Polanyi dans son livre « La Grande Transformation » dans lequel il explique comment la « société de marché » s’est constituée et généralisée en produisant trois sortes de « marchandises fictives » : la terre (et plus largement la nature), le travail (l’activité humaine) et la monnaie. Dans sa vision, c’est l’inclusion forcée de ces trois biens essentiels dans les mécanismes du marché qui a permis à celui-ci de se « désencastrer » du reste de la société et de devenir ce système auto-régulé qui a permis l’essor du capitalisme.

L’exclusion du marché comme enclosure

De ce qui précède, on peut avoir l’impression que l’enclosure est donc intimement liée à la « marchandisation ». On constate d’ailleurs que beaucoup des luttes sociales menées au nom des Communs réclament que certains biens soient exclus du marché,  ou soumis à une régulation spécifique, qui les protègent de ses excès les plus destructeurs. C’est le cas par exemple pour les combats menés autour de l’eau, en Italie notamment, qui sont passés par l’opposition à la privatisation de la gestion de l’eau par de grandes sociétés.

Une affiche sur le droit à l’eau qui insiste sur le fait qu’elle ne doit pas être considérée comme une ‘ »simple marchandise ».

Néanmoins, le cas des semences nous montre que la question des enclosures est beaucoup plus complexe. Pour bien saisir ce qui arrive aux semences, il faut en effet les appréhender de deux manières différentes : dans leur dimension immatérielle, à travers les variétés végétales que les semences expriment et dans leur dimension matérielle, à travers les objets physiques que sont les graines produites par les paysans. Les variétés végétales anciennes ne font pas (et n’ont jamais fait) l’objet de droits de propriété intellectuelle, à la différence des hybrides F1 produits par l’industrie semencière. A ce titre, ces variétés sont effectivement « dé-marchandisées », au sens où elles ne peuvent faire l’objet, en tant que telles, d’exclusivités soumises à autorisation et transaction. Mais les graines produites par les paysans constituent de leur côté des objets physiques rivaux, qui font l’objet de droits de propriété et peuvent être légitimement vendus sur le marché. Sauf que la législation sur les semences a été organisée pour empêcher justement à ces semences d’accéder au marché et pouvoir faire l’objet d’une commercialisation, contrairement aux variétés propriétaires. L’enclosure du bien commun que constituent les semences traditionnelles n’a donc pas ici la même nature que celle qui a frappé les terres ou l’eau : elle consiste en une exclusion forcée du marché.

A vrai dire, on pourrait dire que les semences libres sont soumises à un double processus d’enclosure, les deux travaillant en sens inverses. On sait en effet que certaines grandes firmes comme Bayer ou Monsanto travaillent à déposer des brevets abusifs sur certaines des caractéristiques de plantes anciennes, comme des résistances naturelles à des maladies. Elles font cela pour se réserver des droits sur la « dimension immatérielle » des végétaux, en créant de nouvelles variétés OGM dans lesquelles elles vont injecter les gènes porteurs de ces traits particuliers. Dans cas, elles utilisent un droit de propriété intellectuelle pour provoquer une inclusion forcée dans le marché sur un élément qui, auparavant, appartenait au domaine public et était librement utilisable. Un des exemples les plus connus de ce phénomène qu’on appelle « biopiraterie » a par exemple concerné un brevet déposé par une société hollandaise sur un caractère de résistance aux pucerons d’une laitue, lui permettant ensuite de lever une redevance sur tous les producteurs de semences de ces salades.

L’enclosure peut donc consister en une inclusion forcée dans le marché et c’est souvent l’effet de l’application de droits de propriété intellectuelle. Un autre exemple que l’on pourrait citer en ce sens est celui des articles scientifiques. Produits dans leur grande majorité par des chercheurs employés par les universités publiques, ils sont captés par des éditeurs privés par le biais des cessions de droits d’auteur consentis par ces mêmes chercheurs au moment de la publication, et revendus ensuite à des prix très élevés aux universités. Celles-ci sont alors obligées de racheter avec de l’argent public ce qui avait pourtant à l’origine été financé par des fonds public (le salaire des chercheurs). Pour reprendre le vocabulaire de Polanyi, on est là dans un cas caricatural de « marchandises fictives », créées par l’application artificielle de droits de propriété intellectuelle sur des biens afin de les inclure de force dans un marché.

Mais inversement, on trouve aussi des biens immatériels qui subissent, comme les semences, des phénomènes d’enclosure par exclusion forcée du marché. Si l’on prend par exemple le cas des logiciels libres, on connaît par exemple le problème de la vente liée (dite aussi parfois justement « vente forcée ») qui fait que l’on ne peut en général acheter des ordinateurs sans logiciels propriétaires préinstallés, ce qui conditionne les utilisateurs à l’usage des logiciels protégés au détriment des logiciels libres. L’an dernier, la Cour de Justice de l’Union Européenne a d’ailleurs refusé de considérer que la vente liée de PC et de systèmes d’exploitation propriétaires constituait une pratique commerciale déloyale. L’analogie avec les semences n’est pas parfaite, mais il existe tout de même un lien dans la mesure où le problème de la vente liée empêchent les logiciels libres d’atteindre le consommateur dans les mêmes conditions que les logiciels propriétaires, alors que le marché des machines serait important pour leur distribution et leur adoption par le plus grand nombre. Au final, le consommateur est privé dans le deux cas du choix de pouvoir opter pour une solution libre, radicalement en ce qui concerne les semences et relativement pour les logiciels.

Pour une approche complexe des liens entre Communs et marché

Arriver à appréhender le phénomène des enclosures dans toute complexité est à mon sens important, notamment pour éviter des contresens sur la question des Communs. On dit parfois que les Communs constituent une « troisième voie entre le Marché et l’Etat« , mais cette manière de présenter les choses est assez trompeuse. Il vaudrait mieux dire que les Communs, avec l’Etat et le marché, constituent une manière pour les humains de prendre en charge des ressources. Ces trois pôles peuvent selon les moments de l’histoire avoir plus ou moins d’importance (aujourd’hui, nous traversons une période de domination écrasante des mécanismes du marché auto-régulé, se traduisant par une marginalisation des Communs et un affaiblissement de l’Etat). Mais les Communs sont toujours articulés à l’Etat et au marché : ils ne constituent jamais une sphère complètement autonome. Ils peuvent notamment avoir besoin de débouchés sur le marché pour exister et peser significativement dans les relations sociales. C’est ce que montre parfaitement l’exemple des semences libres.

 

Un schéma produit par Unisson sur les liens entre les Communs, le marché et les acteurs publics.

Certes, il existe aussi des cas où il faut se battre pour une « dé-marchandisation » de certains biens et beaucoup des luttes pour la récupération des Communs passent par cette confrontation avec le marché pour lui « arracher » des ressources essentielles. Mais il existe aussi des cas où il faudra au contraire se battre pour le droit à ce que des ressources rejoignent le marché pour faire l’objet d’échanges. Cela peut paraître à première vue déroutant, mais il me semble crucial de garder ceci en tête pour ne pas sombrer dans un romantisme qui nous ferait croire que l’objectif est de « sortir de l’économie », comme on peut le lire parfois… Il y a un combat aussi à mener « dans l’économie », comme le disait justement Karl Polanyi, pour « réencastrer » cette sphère au sein des processus de régulation sociale et notamment dans des logiques de réciprocité.

***

C’est ce qu’exprime d’ailleurs à sa manière Jean-Luc Danneyroles à la fin de l’article de Reporterre, en faisant référence à la question du troc et des communs. On sent à la fois sa réticence à considérer les semences comme des marchandises « comme les autres » et son besoin de se connecter pourtant à un marché :

Au calme, dans sa cuisine en plein air, au moment du café, comme quasiment tous les jours, Jean-Luc reçoit de la visite. Une curieuse cherche de la camomille romaine pour des soins de peau. Jean-Luc lui prodigue conseils, noms de plantes et méthodes de culture. Elle repartira avec ses sachets de graines, en échange de savon et de dentifrice qu’elle a confectionnés. Jean-Luc a toujours un peu de mal avec le fait de se faire payer. « L’idéal, c’est le troc, j’aime l’idée des biens communs, qu’on ne paye pas pour ce qui appartient à la nature. » Utopiste oui, mais les pieds sur terre. « Tout travail mérite salaire », sait-il, et ses graines sont son moyen de vivre.

Colloque : Entre état et marché, la dynamique du commun : vers de nouveaux équilibres.

8, 9, 10 JUIN 2017, PARIS SALLE DES CONSEILS UNIVERSITÉ PARIS II PANTHÉON-ASSAS

Contexte du colloque

« Dans l’ère qui arrive, le partenariat que l’on a connu de longue date entre gouvernement et secteur privé pour organiser la vie économique de la société cédera la place à un partenariat tripartite dans lequel la gestion des communs jouera un rôle encore plus grand, que viendront compléter les forces des gouvernements et des marchés. » – Jeremy Rifkin, “Marginal Cost Society“

A la périphérie des institutions publiques et privées, à l’origine d’activités de vie ou de survie, se développent aujourd’hui des formes de nouvelles de communs mettant en jeu des enchevêtrements humains et non-humains qui s’inscrivent dans des dynamiques articulant (à travers de nouvelles modalités) des hommes, des territoires, des marchés et l’Etat à des échelles locale, nationale et internationale.

Objectif

L’idée centrale du colloque est que le commun fait système avec l’Etat et le marché et qu’il existe une pluralité d’options et de voies possibles à partir desquelles il peut faire système. Il ne s’agit pas ici de promouvoir la forme des communs per se, mais d’observer les conditions et les voies de déploiement de différentes formes de communs à la lisière des systèmes institués, d’évaluer leurs conséquences et leurs évolutions, de regarder les dimensions éthiques de leur mobilisation, et leurs hybridations avec les formes émergentes d’organisation étatiques et entrepreneuriales. Il s’agit d’observer et d’analyser les dynamiques systémiques entre communs, Etat et marché, comme les formes de coopération entre public et privé.

On examinera aussi les conséquences de cette dynamique sur les personnes et leur qualité de vie, à travers l’émergence de formes de décloisonnement entre les différentes facettes de leur existence (travailleur, parent, membre d’une communauté, citoyen, bénévole).

Thèmes abordés

Au final, ce colloque a l’ambition de dresser un état des lieux des théories et des pratiques du commun considéré en tant que composante d’un système tripartite qu’il forme avec l’Etat et le marché.

  • Il vise à préciser les conditions et les moyens d’une anthropologie du commun.
  • Il vise aussi à développer une réflexion sur la politique du commun et sur les pistes ou les voies possibles de transformation ou de changement à moyen terme, absente des discours politiques, devenus strictement électoraux.

Il ambitionne par ailleurs de faire se rencontrer une variété d’acteurs et de chercheurs impliqués dans les processus de transition venant de secteurs d’activité divers comme l’agriculture, la gestion de l’eau, l’énergie, l’habitat, le transport, le numérique. Ils sont aussi concernés par les questions environnementales et sociales, telles que le déclin des espèces et des ressources, la pollution des milieux, la pauvreté, la laïcité, la tolérance religieuse et le « vivre-ensemble ».
Des contributions sont attendues sur les thèmes suivants :

  • Coopération, coordination, confrontation : “Communs, Etat et Marché“ (CEM)
  • Questions anthropologiques et méthodologiques des Communs : émergence, constitution, durabilité
  • Questions politiques : les Communs face au capitalisme et au communisme
  • Récits, retours d’expérience, innovations sociales dans les domaines suivants :
  • Ecologie du changement

Avec, notamment :

 

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Mutuelles de travail / Travail des communs : regards croisés

Journée de séminaire sur la question des communs et des mutuelles de travail

11 mai 2017 : 9h30 – 18h

Les Grands Voisins

Amphi Lelong – 82, avenue Denfert-Rochereau – 75014 Paris

 

9h30 – 10h00 : Accueil des participants et introduction de la journée

Sébastien Broca (CemtiEn Communs) ; Noémie de Grenier (CoopanameManucoop)

 

10h00 – 13h00 : Les mutuelles de travail, des organisations pour entreprendre en commun ?

Antonella Corsani (ISSTIDHESManucoop) et Marie-Christine Bureau (Lise – CNAM)
« Coopératives d’Activité et d’Emploi, la fabrique de l’autonomie ? »

Animation : Noémie de Grenier

Présentation discutée par :

 

Repas libre – Possibilité de déjeuner sur place

 

14h30 – 17h30 : Le travail des communs au prisme des coopératives

Michel Bauwens (P2P Foundation)
« Garder la valeur dans les communs: l’interface avec le marché »

Animation : Thomas Lamarche (LadyssManucoop)

Présentation discutée par :

 

Si vous souhaitez y assister, n’oubliez pas de vous inscrire ici: https://www.eventbrite.fr/e/inscription-seminaire-manucoop-en-communs-33333905609

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(Photo : Les grands Voisins)

Des lieux du commun

Habitat, culture, arts, sciences, politique : Comment créer du commun pour construire de vrais changements de société ?

JOURNÉE D’ÉTUDE
Jeudi 6 avril 2017
Organisée par Pierre Servain et Soaz Jolivet doctorants en sociologie au Labers

FACULTÉ DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES
20, rue Duquesne
BREST

1) Matinée conférence

Introduction à la matinée par Soaz Jolivet et Pierre Servain (lien)  « Croiser habitat et culture, 2 objets pour une cible : De la mise en commun à la production de commun, projet, démarche et processus »

« Expérimenter en commun, instituer du commun », Pascal Nicolas-Le Strat

2) Après-midi Table Ronde

« Institutionnaliser le commun dans nos projets ? Comment construire et expérimenter ensemble pour partager et transmettre dans le temps et au-delà de nous-mêmes ?

Universitaires et porteurs de projets réunis autour de la Table et de cette question.

3) Café-Rencontre

à la librairie Dialogues autour du livre de Pascal Nicolas-Le Strat : Le travail du commun.

 

Cette journée est ouverte à tous et d’accès libre. Pour en faciliter son organisation, merci de vous inscrire par mail à pierre.servain@laposte.netsoaz@jolivet.bzh en précisant : Nom – Prénom – Organisme – Mail.
souhaite assister à :
la journée entière ou la conférence et/ou la table ronde et/ou au café-rencontre.

Télécharger le programme au format PDF

Michel Bauwens : « Il faut que la gauche sorte de la croyance dans l’État-nation »

L’économiste belge Michel Bauwens est connu pour être le chantre du pair-à-pair et le fondateur de la P2P Foundation. Janique Laudouar, lectrice d’Usbek & Rica, l’a rencontré en février dernier à Chiang-Mai, en Thaïlande, avant qu’il ne rejoigne la Belgique pour un projet de cartographie des communs, à Gand. L’occasion de parler comptabilité contributive, bouddhisme digital, mais aussi d’une coalition mondiale de collectifs pour, peut-être, sauver le monde.

Comment se porte l’économie collaborative censée être en train d’émerger ?

Il y a actuellement une crise systémique. En Europe, on vient d’un système féodal, avec l’idée de base que l’homme est mauvais, mais que si on écoute les commandements divins, on peut s’améliorer. Ensuite, on a eu les idées de Hobbes et de Smith, pour qui l’homme est égoïste et recherche d’abord son plaisir, son intérêt. On a bâti un système là-dessus, qui a abouti à naturaliser une pratique extractive présentant deux dangers, l’un écologique et l’autre social. Mais cela produit trop d’inégalités, le système ne tient plus, il y a trop de contradictions, d’instabilité sociale. La réponse qui est en train d’émerger doit être systémique, elle ne peut pas simplement être économique.

Lire la suite de l’article sur le site usbeketrica.com…

Image à la une : crédit Chiara Dottola.

Propriété et communs

Préface de Benjamin Coriat

Editions Utopia, 20 janvier 2017

Entre le privé et le public, nous assistons un peu partout dans le monde à une renaissance des communs. En réalité ils n’ont jamais disparu et on estime que près de deux milliards de personnes appliquent le principe de communs­ pour des biens et services de leur vie quotidienne. Le concept de commun, qui demande la coexistence d’une ressource définie, d’une communauté déterminée et d’un mode de gouvernance collectif, renvoie à la prise de conscience des limites d’une régulation par le marché ou par le public.

Cette renaissance des communs a été dynamisée par l’apparition des communs informationnels (logiciels libres, Wikipédia, licences Creative Commons…) luttant contre les abus de la propriété intellectuelle, mais aussi grâce à la prise de conscience des dangers de la privatisation du monde et du vivant par les transnationales ou les plus riches, générant conflits, inégalités et destructions écologiques. Elle a aussi été dynamisée par les échecs du tout étatique, à la gestion souvent lourde et bureaucratique.

À travers dix idées reçues, ce livre interroge les communs­ et repose la question taboue de la propriété et de l’héritage, donc des rapports de pouvoir. Car toute extension du domaine des communs entraîne la remise en cause des pouvoirs donnés aux propriétaires, qu’ils soient privés ou publics.

Dans sa partie propositions, cet ouvrage, vulgarisateur et pédagogique, prône la priorité donnée à la valeur d’usage et la mise en place ou l’extension dans nombreux domaines d’une propriété communale, associée non à des individus mais à une collectivité.

Les communs, alternative à la société du tout marché, réponse à l’offensive néolibérale, dépassement du capitalisme et de l’étatisme, révolution du xxi e  siècle ? Ce livre montre que c’est peut-être un peu tout cela.

L’AUTEUR : le Mouvement Utopia
Trait d’union entre le mouvement social, le monde politique et le monde intellectuel, le Mouvement Utopia est une coopérative politique d’éducation populaire qui vise à élaborer un projet de société solidaire et convivial, écologiquement soutenable, dont l’objectif est le Buen Vivir. Utopia défend ses convictions écologiques et altermondialistes dans une perspective de dépassement du capitalisme et de la logique productiviste.

 

Lire un extrait du livre…

Changer de point de vue sur les communs par la participation citoyenne

La Ville de Grenoble, avec Maire Eric Piolle à la tête, mène une politique de transition écologique ambitieuse dans un contexte budgétaire difficile. Un de ses aspects forts réside dans sa politique de démocratie participative : la réappropriation de l’espace public dans toutes ses dimensions, permet de faire vivre les Communs par et pour les habitants. Un entretien avec Eric Piolle, par Rosalie Salaün.

Quels liens faites-vous entre les Communs et les politiques participatives que vous menez dans l’espace public, qui touchent plusieurs domaines : culture, circulation, etc. ?

Le lien est fort : on a retiré la publicité de l’espace public, on travaille sur du mobilier spécifique pour les enfants, sur les frontières dans la ville, à la fois territoriales et temporelles, sur la réappropriation de l’espace public, avec par exemple les potentiels conflits d’usage entre le jour et la nuit, etc. A chaque fois, il faut réinterroger et préserver ce que nous avons en commun.

Il faut à la fois que les citoyens retrouvent de la capacité d’agir, individuelle et collective, et que ce qui est mis en commun soit géré, partagé et porté politiquement pour avoir du sens : on ne consomme pas simplement ce Commun, on trouve du sens à son contact.

Lire la suite de l’article sur greeneuropeanjournal.eu…

Commons Josaphat : de l’idée à la réalité d’un commun urbain

Entretien avec Geert De Pauw, à Bruxelles

Se rencontrer

Le projet Commons Josaphat a démarré en 2012 à Bruxelles. Quelques associations travaillaient alors dans des domaines variés (logiciels libres, états généraux des eaux, community land trust, festival des libertés,…), chacune un peu dans son coin, et sans forcément avoir conscience que ces domaines pouvaient être liés à la question des biens communs. Une dizaine de personnes ont commencé à se réunir pour que les collectifs puissent apprendre les uns des autres, et pour tenter de comprendre ce qui les fédérait à travers la notion de biens communs.

Des rencontres thématiques (logiciel, terre, logement,…) ont d’abord été organisées et furent l’occasion d’inviter des personnes et des associations pour faire des liens entre toutes ces initiatives et échanger des connaissances, mais aussi pour montrer l’existence de ces dynamiques et pour introduire cette notion auprès des bruxellois.. La même trame a été suivie pour chacune de ces rencontres (gouvernance, propriété, etc…).

Choisir un lieu

Puis, plutôt que de rester dans une réflexion théorique, il a rapidement été question d’appliquer les concepts sur le terrain. La question s’est posée en ces termes : “Si nous devions développer la ville avec tous ceux qui sont autour de la table, comment faire, et comment le faire autrement ?”. C’est ainsi que l’idée a émergé de choisir un “morceau de ville” pour voir ce qui pourrait y être fait. Les participants ont pensé qu’il serait plus facile d’expérimenter cette construction sur un terrain entièrement vide.

Le site choisi, Josaphat, est un ancien terrain de chemin de fer qui n’est plus utilisé depuis longtemps. Il appartient à la région bruxelloise, ce qui permet de s’adresser aux pouvoirs publics plutôt qu’à un promoteur immobilier. Et c’est à partir de ce choix concret que le collectif a commencé à travailler à la rédaction du projet “Commons Josaphat”.

Ouvrir la réflexion

Pour ouvrir la réflexion, un appel à idées adressé à toute la population bruxelloise a été lancé. Cet appel étant très large, il a donné lieu à beaucoup de réactions, depuis de tous petits projets parfois peu aboutis jusqu’à des projets très ambitieux pour ce site de 24 hectares. Ces propositions ont fait l’objet d’une exposition, puis des groupes de travail thématiques ont travaillé à la rédaction d’un projet détaillé.

Cette étape, qui a duré deux ans, a débouché sur un matériel intéressant qui a été publié sous la forme du texte “Josaphat en Commun : d’une réserve foncière à un quartier en bien commun”. Dans cette proposition citoyenne de 68 pages sont expliqués les principes, les recommandations (en terme d’écologie, de mobilité, de logement, de gouvernance, de plus-value,…), et toutes les questions qui se posent quand on projette de développer un quartier.

Convaincre

À compter de ce moment, le collectif a pensé qu’il était temps d’essayer de convaincre les pouvoirs publics afin de mettre en oeuvre le projet. Un débat politique a été organisé au moment des élections avec tous les partisans du projet, et un dialogue a été engagé avec la région bruxelloise qui avait déjà un projet de vente de ce terrain à des interlocuteurs privés.

Ce dialogue avec l’institution n’est pas toujours facile, mais il a tout de même permis de déboucher sur l’installation sur le terrain de plusieurs expérimentations qui y sont tolérées tandis que des négociations sont en cours pour les officialiser : un jardin collectif, un projet de récupération alimentaire, un projet artistique, etc…

Pour montrer que leurs proposition est réaliste et réalisable, le collectif Commons josaphat travaille maintenant sur une proposition pour un îlot modèle dans lequel les idées sont développées beaucoup plus en détail pour obtenir une proposition la plus aboutie possible. Cet îlot serait composé d’environ 100 logements articulés avec d’autres fonctions (community land trust, habitat groupé, logement social coopératif, épicerie coopérative,…) visant à montrer qu’il y a moyen de mettre en oeuvre concrètement les idées et même que cela fonctionne mieux que l’existant.

Le travail de réflexion et de rédaction s’oriente donc vers des études précises sur les aspects d’architecture, les aspects financiers, les questions liées au bâti, au foncier, à la gouvernance,… Cette étude est fondée sur le principe d’un développement de la ville qui ne compterait pas sur la spéculation immobilière pour faire avancer le projet. L’objectif est d’obtenir une proposition aboutie début 2017 afin de démontrer que le projet est réalisable et de convaincre la région d’inclure dans l’appel d’offre de vente du terrain qu’une partie soit réservée à cette expérimentation alternative.

À Bruxelles, beaucoup de choses ont évolué sur les questions d’écologie. Par exemple, tout ce qui est construit aujourd’hui doit être “passif”. Mais ça reste assez limité aux aspects techniques des bâtiments. Le projet Commons Josaphat voudrait démontrer que l’ensemble du développement de la ville peut être pensé et mis en oeuvre autrement, qu’il existe une alternative possible.

Espérer et concrétiser

Il y a encore beaucoup de méfiance de la part des pouvoirs publics, mais en créant le débat, Commons Josaphat participe à l’évolution des mentalités, et certains interlocuteurs commencent à comprendre de quoi il s’agit et quel intérêt il pourrait y avoir à tenter cette expérience. Par exemple, jusqu’à maintenant, la région vendait ses terrains à des promoteurs privés, mais ce dialogue ouvre une possibilité réelle pour qu’elle ne le fasse plus. De plus en plus de personnes impliquées de près ou de loin dans la politique urbaine comprennent et soutiennent les idées nouvelles du collectif.

La région bruxelloise devrait lancer son appel d’offre en juin 2017 qui sera donc une étape importante pour savoir si le projet du collectif pourra se concrétiser à cet endroit, ne fut ce que pour une petite partie du terrain. Une fois cette étape franchie, le collectif, qui est encore un petit groupe, devra faire en sorte de stimuler les candidatures de personnes et entreprises, nouveaux “promoteurs de biens communs” prêts à se lancer dans l’aventure…

Propos recueillis par Maïa Dereva

Photo : © Paula Bouffioux

Michel Bauwens : la société des communs

Les échanges en peer-to-peer au début des années 2000 ont alerté le penseur belge, entrepreneur dans le numérique à cette époque-là. Par la suite, ses recherches historiques sur les changements de civilisation, de l’Empire romain à l’avènement du capitalisme, et ses observations des communautés open source et des communs numériques l’ont finalement convaincu : nous sommes en train de vivre un changement de société. Et ce sont les artisans du pair-à-pair qui nous montreraient le chemin de la transition.

Je prétends que ce modèle qui est en train de naître au sein de ces nouvelles communautés nomades est aussi un modèle de société. Je fais l’hypothèse que la mise en réseau et le passage à grande échelle de ces micro-économies constitueront le cœur d’un nouveau système, celui d’une société post-capitaliste.

Lire l’article de Chrystèle Bazin sur CultureMobile.net

Lire l’entretien complet en PDF…

Ecouter l’entretien complet avec Michel Bauwens :

Communs et transformations sociales : expériences européennes sous un regard pluriel

A partir de la rentrée 2015, la chaire d’économie sociale et solidaire (ESS) de l’université Paris Est Marne-laVallée (UPEM) a mis en place un programme de recherche autour des communs sur la base de l’hypothèse de travail suivante : est-il possible de concevoir certaines des réalités de l’économie sociale et solidaire comme des modèles de commun en se référant à la définition générique qu’en propose Coriat (2015) à la suite d’Ostrom (1990).

Plus précisément, sur la base de cette définition, les réalités de l’ESS visées dans ce programme, tels les pôles territoriaux de coopération économique, les monnaies locales complémentaires, les communautés alternatives ou, encore, les territoires zéro chômeur de longue durée, dessinent-elles une nouvelle catégorie de communs. A côté des communs traditionnels autour des ressources naturelles et des communs numériques autour de communautés de connaissance, ces réalités pourraient être qualifiées de communs ESS ou de communs sociaux ?

L’enjeu de ce programme de recherche dépasse la seule question de la délimitation d’une nouvelle catégorie de communs dont l’ESS serait le lieu. Il est aussi d’ouvrir une réflexion sur la possibilité pour l’ESS de trouver dans le modèle des communs sociaux la voie théorique et pratique d’une alternative en tant que mode de développement durable et solidaire (cf. Defalvard, 2015).

Pour marquer une première étape dans ce travail, la chaire ESS-UPEM a souhaité se rapprocher des travaux sur les communs menés dans une perspective juridique en Italie. En effet, l’UPEM est déjà associée à l’université de Pise dans le cadre de la thèse de doctorat de Benedetta Celati portant sur les aspects juridiques du financement des communs, sous la double tutelle de Michela Passalacqua (Sciences juridiques à Pise) et d’Hervé Defalvard (Sciences économique à l’UPEM).

Afin d’organiser ces échanges sur les communs aussi bien dans une dimension pluridisciplinaire qu’internationale, un workshop a été organisé à l’UPEM le lundi 16 mai 2016, réunissant des contributions qui forment les six premiers articles de ce numéro spécial des Cahiers de la Chaire ESS-UPEM « Communs et transformations sociales : expériences européennes sous un regard pluriel » dont le titre reprend celui du Workshop.

Cliquez ici pour lire ce numéro spécial des Cahiers de la Chaire ESS-UPEM… (PDF – 148 pages)

L’expert Michel Bauwens fait des recherches sur Gand comme « ville des Communs de l’avenir »

Un plan de transition des Communs décrira le rôle et les possibilités de la Ville pour renforcer les initiatives citoyennes.

A partir du 15 mars 2017, l’expert peer-to-peer Michel Bauwens mènera un projet de recherche et de participation de trois mois à Gand sur la «ville de l’avenir en commun». La recherche devrait aboutir à un plan de transition des Communs, décrivant les possibilités et le rôle de la Ville de Gand (en tant qu’autorité locale) dans le renforcement des initiatives citoyennes. Avec cela, la Ville souhaite donner une nouvelle dimension à une économie durable et éthique à Gand.

Michel Bauwens (58 ans) travaille depuis plus de dix ans sur le thème de l’économie et de la société des biens communs. Il est sollicité dans le monde entier comme conférencier ou pour donner des ateliers, et il est l’auteur du best-seller «Sauver le monde : vers une société postcapitaliste avec le P2P». Bauwens a dirigé un projet similaire de recherche et de transition en Équateur. Le grand journal français, Libération, se réfère à lui comme le théoricien de premier plan sur le thème de l’économie de la coopération, à la suite de l’édition française du livre.

Le terme « commun » ou «bien commun» désigne les biens qui sont gérés par la communauté des producteurs, des utilisateurs et des citoyens qui en sont affectés ou qui en bénéficient. Les Communs comme une nouvelle forme d’organisation est illustrée par une variété d’initiatives autour de la production et la consommation avec l’idée de parvenir à une société plus durable. Il peut s’agir, par exemple, de la mise en place de coopératives énergétiques ou d’espaces de travail partagés pour le co-working. Les exemples à Gand sont EnerGent, LikeBirds, Voedselteams, Wijdelen, etc.

Toutes ces initiatives montrent que «les commus urbains» sont vivants et s’installent aujourd’hui dans la ville.

Le processus de recherche et de participation mettra en évidence les initiatives de communs à Gand ainsi que leur potentiel pour la société et l’économie. Les entrepreneurs de l’économie de partage seront également impliqués dans cette recherche. Ils seront interrogés sur les problèmes qu’ils rencontrent d’un point de vue structurel et sur leurs souhaits d’appui et de coopération en relation avec la ville de Gand en tant qu’autorité locale.

Le processus aboutira à un plan de transition des Communs qui décrit les options pour des interventions publiques optimales. Il devrait offrir le cadre pour la réglementation et le soutien des initiatives dans l’économie du partage. Un certain nombre de villes étrangères ont été utilisées comme point de repère (comme Barcelone, Bologne, Séoul), qui ont déjà ouvert la voie à la reconnaissance et à la promotion des pratiques de communs.

Source : Stad.gent

La loi et les communs

Cet article est une synthèse de la publication et contribution de Valérie Peugeot au colloque de Cerisy qui a eu lieu en Septembre 2016.

Le titre de l’article initial est : FACILITATRICE, PROTECTRICE, INSTITUANTE, CONTRIBUTRICE : LA LOI ET LES COMMUNS

L’article est dense et suppose une première approche des communs. Il montre comment « des initiatives législatives récentes montrent qu’une reconnaissance explicite des communs est possible« .

Pour cela, l’auteure analyse comment la notion de communs est entrée dans la loi, sans que pour cela le mot soit nommé, par le biais de 5 articles, même si les 2 derniers sont surtout un mélange de faux espoirs et de petites avancées :

  1. la loi ALUR, loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové, dite loi Duflot II, adoptée le 26 mars 2014. Elle rend possible la mise en place d’organismes fonciers solidaires grâce à 4 innovations juridiques qui créent un faisceau de droits :
    1. dissociation de la propriété et du bâti et du foncier
    2. bail rechargeable (donc de facto perpétuel)
    3. conditions de cession fixées en amont
    4. gestion sur un mode collectif (gouvernementalité tri-partite familles / voisins / pouvoirs publics)

    Pour l’auteure, « nous sommes ici dans un cas de commun relativement pur« .
    La loi crée également  2 statuts qui vont sécuriser juridiquement les personnes qui s’engagent dans l’habitat participatif : la société d’attribution et d’autopromotion et la coopérative d’habitants (le second ramenant aux communs).

  2. loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire (ESS), dite loi Hamon. Dans cette loi, 5 éléments participent à la mise en avant des communs :
    1. la définition de l’ESS est sortie d’une approche statutaire (réservée à certaines structures seulement) pour aller vers une définition par les finalités (un but autre que le seul partage des bénéfices), ce qui permet ainsi à des structures porteuses de communs (y compris des entreprises commerciales) de s’en emparer pour aménager leur statut.
    2. l’ancrage juridique du concept d’innovation sociale : ce constat d’impuissance du marché et de l’action publique inscrit dans la loi ouvre l’espace pour légitimer les communs.
    3. l’encouragement du secteur coopératif qui est un des statuts les plus intéressants pour les communs qui ont besoin de s’institutionnaliser
    4. l’encouragement aux coopératives d’activités et d’emplois (CAE) : c’est un début de réponse à la situation d’une économie qui tend à atomiser et isoler le travailleur en repensant le travail comme un commun.
    5. l’encouragement des monnaies locales qui étaient jusqu’ici tolérées.
      .
  3. loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (TECV) du 17 août 2015 + ordonnance du 27 juillet 2016 relative à l’autoconsommation d’électricité (financement participatif, autoconsommation collective : les énergies renouvelables produites et / où consommées en commun). On voit se construire une approche polycentrique et ascendante. Des communautés se mettent en action de manière distribuée. Des petits fragments de cette loi participent à l’émergence des communs de la transition énergétique  :
    1. l’encouragement au financement participatif de la production d’énergie renouvelable : l’auteure considère que le fait que des communautés d’acteurs puissent se mobiliser en amont pour de la production distribuée est un début de gouvernance en commun, même si c’est un balbutiement.
    2. l’autoconsommation est instituée par cette loi qui promeut l’autoconsommation individuelle mais aussi collective. Des collectifs d’acteurs producteurs d’énergie peuvent re-consommer l’énergie produite en circuit court. Il s’agit d’un commun en production et en consommation.
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  4. loi dite de reconquête de la biodiversité du 20 juillet 2016 : elle limite les pratiques de brevetage du vivant, plus spécifiquement pour les semences. « Indirectement, la loi renforce le domaine public puisqu’elle institue de l' »inappropriable«  et en protégeant les droits d’usage associés« . Cela ouvre ouvre la voie à des communs environnementaux volontaires.
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  5. loi pour une république numérique, dite loi Lemaire, du 20 juillet 2016. 7 avancées sont repérées :
    1. ouverture par défaut des données publiques, ce qui nourrit les communs informationnels
    2. encouragement à l’utilisation des logiciels libres et systèmes ouverts par l’administration
    3. introduction du concept de « données d’intérêt général » transmissibles dans un format ouvert et librement réutilisable, ce qui ressemble à une mise en commun de données de source privée. 
    4. inscription dans la loi de l’open access (même s’il n’est pas obligatoire)
    5. text and data mining : faculté qu’ont les chercheurs d’effectuer des recherches dans des textes qui sont encore sous droits d’auteur
    6. liberté de panorama partielle : les photographies ne peuvent être qu’à usage non commercial.
    7. principe de neutralité du Net consacré juridiquement

Malgré toutes cas avancées plus ou moins concrètes, le terme de « commun » reste interdit d’énonciation explicite dans la loi pour le moment. Mais on peut s’en passer. Il suffit de considérer combien d’initiatives font déjà du commun sans le savoir…

Ecouter Valérie Peugeot (Source : Coop des communs) :

 

Photo d’illustration : darius norvilas sur Flickr, CC BY-NC 2.0

Pierre Thomé : quel avenir pour les communs ?

Entretien avec Pierre Thomé, auteur de l’ouvrage (Biens) Communs : quel avenir ? Un enjeu stratégique pour l’ESS

Maïa (P2P Foundation) : pouvez-vous nous dire par quel parcours vous êtes passé pour aboutir à la rédaction de ce livre ?

Pierre : Je suis retraité depuis 2003 et je dispose ainsi de pas mal de temps libre et d’un « revenu de base » suffisant. J’ai passé toute ma carrière dans le domaine de l’action sociale, en particulier la protection de l’enfance, en commençant comme éducateur spécialisé et en finissant comme chercheur auprès du Conseil général du Rhône.

Une fois en retraite, ma réflexion s’est orientée vers des thèmes qui m’étaient chers dans les années 1970, et notamment celui de l’autogestion qui s’est développé en France et en Europe à cette époque. Après mai 68, je me suis investi dans la mouvance autogestionnaire. C’était le début de la désindustrialisation en France, l’affaire de l’usine horlogère Lip à Besançon est sans doute la première grande lutte contre cet état de fait, elle en est devenue un symbole. A cette époque, la tentative de redémarrage de l’usine a représenté une menace pour le pouvoir politique qui a tout fait pour empêcher cette relance.

C’est aussi l’époque du projet d’extension d’un camp militaire sur le plateau du Larzac dans les Cévennes. L’armée avait commencé à s’emparer de pâturages et 103 paysans ont créé ce que je qualifierais aujourd’hui de « commun » (ça ne portait pas ce nom là à l’époque). Cette décision fut accompagnée par un vaste mouvement populaire qui a généré de grands rassemblements sur le plateau allant jusqu’à plus de 100 000 personnes. Cette lutte a abouti en mai 1981 à la décision de François Mitterrand, fraîchement élu président de la République, de stopper le projet. 6 000 hectares ayant déjà été réquisitionnés, de longues discussions avec le Ministère de l’Armée et celui de l’Agriculture ont permis de signer un bail emphytéotique de 99 ans et de créer le premier office foncier agricole en France : la Société civile des terres du Larzac. Les terres sont gérées depuis de manière collective et des locations sont proposées à des agriculteurs. José Bové, qui possède une exploitation sur place, fut une des figures emblématiques de cet épisode. Selon lui :

Il n’y a pas besoin d’être propriétaire du foncier pour aimer la terre et bien la cultiver.

C’est à cette époque que j’ai rejoint le Parti Socialiste Unifié (PSU) dans lequel se trouvait par exemple Michel Rocard (jusqu’en 1974). Pour la gauche socialiste, le PSU était un laboratoire d’idées s’appuyant sur des actions collectives locales (loyers, charges locatives, équipements socio-culturels…) dans de grands ensembles en plein développement (Sarcelles, Grenoble, Villejean à Rennes…). J’ai été très investi dans des projets touchant à la vie de la cité (école, achats collectifs, centres sociaux…).

Une fois en retraite, j’ai retrouvé d’anciennes relations de ce parti. Nous nous sommes demandés pourquoi l’idée d’autogestion avait pratiquement disparu des écrans politiques de la gauche de gouvernance. Nous avons alors décidé de chercher s’il en restait quelques traces, ce qui nous a rapidement conduits vers l’Économie Sociale et Solidaire fondée sur : la vie associative et la vie coopérative, le fonctionnement démocratique avec le moins de hiérarchie possible et la volonté de travailler autrement.

C’est ainsi que, par exemple, j’ai découvert Ardelaine en Ardèche, une aventure démarrée dans les années 1980 par cinq personnes qui ont racheté une filature à moitié en ruine et qui ont recréé toute la chaîne de la laine, de la tonte à la fabrication de vêtements et de literie. Aujourd’hui cette coopérative compte 50 salariés (plus de la moitié sont coopérateurs) et a relancé l’économie et la vie sociale d’un village de 500 habitants avec des ateliers de fabrication, un musée de la laine (20 000 visiteurs par an), un café-librairie et un restaurant, en quelque sorte une multiplication de communs !

Tout cela a conduit à l’écriture de Créateurs d’utopies. Démocratie, autogestion, économie sociale et solidaire (éditions Yves Michel) livre à la fois historique et d’actualité car illustré par de nombreux exemples d’associations et de Scop dont certaines se réfèrent encore à l’autogestion.

Ce n’est qu’un peu plus tard que j’ai découvert la notion de « communs », grâce à Elinor Ostrom lorsqu’elle a reçu le Prix Nobel d’économie en 2009, et j’ai lu le seul livre traduit en français de cette économiste américaine : La gouvernance des biens communs. En lisant cet ouvrage, Michel Rocard a d’ailleurs déclaré :

le prix Nobel pour l’autogestion ! Vous avez bien lu… 
(Libération 20/10/2009)

Je me suis donc mis passionnément à étudier la question… et je viens de publier (Biens) Communs : quel avenir ? Un enjeu stratégique pour l’économie sociale et solidaire (éd. Yves Michel)

Maïa : quels sont les objectifs de ce nouvel ouvrage ?

Pierre : à titre personnel, je suis investi comme sociétaire dans différentes coopératives (Enercoop, Terre de Liens, Ardelaine, la NEF,…). J’agis dans ce cadre pour faire de la sensibilisation et soutenir le développement de ces formes d’organisations. C’est un travail de longue haleine dont je ne verrai sans doute pas le bout, à supposer qu’il y en ait un ! Mon livre s’inscrit dans cette démarche.

Lors du récent Festival du livre à Mouans-Sartoux, j’ai constaté que le concept « (bien) commun » est encore assez étranger. J’ai notamment participé à une table ronde avec Cyril Dion, réalisateur du film “Demain, qui évoque beaucoup d’expériences alternatives sans jamais prononcer le mot « commun ». Des pratiques existent mais ne sont pas encore assez associées à ce concept, alors qu’il s’agirait de les relier pour en dégager du sens, y compris politique.

Lorsque je définis les communs, j’écarte le mot « bien » pour éviter toute confusion avec une idéologie. Par exemple, l’eau est souvent considérée comme un « bien commun universel » mais il s’agit d’une déclaration de principe très loin de la réalité tant l’eau peut faire l’objet d’un manque pour un grand nombre d’habitants de la planète et de conflits y compris militaires. Ce qui m’intéresse, c’est comment les gens peuvent s’organiser pour s’emparer de ces questions. Pour moi, un commun est une construction sociale et non un bien naturel qui irait de soi. Ce sont des personnes qui se réunissent autour d’une ressource et qui cherchent à en déterminer des droits collectifs (accès, usages, protection…) qui peuvent être contraignants et en tenant compte bien sûr des aspects réglementaires venant des acteurs publics (État et collectivités territoriales). Pour s’instituer, ces communs, la plupart du temps, se rapprochent de l’Économie Sociale et Solidaire, associations et coopératives. Et il n’est pas nécessaire de toujours rechercher des exemples extraordinaires pour les découvrir. Ainsi dans le livre, je présente les droits d’usage d’un pâturage communal situé en Savoie qui illustre très bien la notion de « consortage » (un mot utilisé en Suisse pour évoquer le fait de « partager le même sort »). Pour moi, ce mot est une excellente définition des communs :

c’est la nécessité qui fait se réunir des personnes autour d’une ressource à utiliser en commun tout en la préservant.

Dans le cas présent, il s’agissait de sauver la vie économique d’un village alors que les fermes ne trouvaient plus de repreneurs. Les huit fondateurs sont tous des fils de paysans du village qui ne se destinaient pas forcément à l’élevage. Ils évitent d’ailleurs soigneusement les questions idéologiques qui pourraient créer des conflits. Ce qui les rassemble, c’est le sauvetage du pastoralisme en montagne et ils ne voient pas d’autre solution que de “consorter”, c’est-à-dire créer des communs. Leur action est ainsi à l’origine de quatre coopératives, une association et une petite mutuelle (caisse de solidarité en cas de perte accidentelle d’une vache). Toute leur production de lait sert directement à la fabrication sur place du fruit commun : l’excellent fromage de Beaufort.

Un autre aspect important de cette expérience, c’est l’ancrage local, avec une forte territorialisation des actions. L’exemple alpin pourrait ainsi se multiplier dans tous les endroits qui ne sont pas encore trop atteints par les enclosures des fermes usines. L’un des enjeux a été de remédier à la dispersion des terres en herbage par un remembrement volontaire. Dans le village c’est un Groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC), qui est apparu comme la structure juridique la plus adaptée à cette mise en commun ; elle regroupe actuellement huit paysans-éleveurs pour un troupeau de 120 vaches laitières. L’alpage d’été reçoit aussi d’autres éleveurs et c’est un Groupement pastoral (coopérative) qui en assure la gouvernance.

Mon livre a donc pour principal objectif de faire connaître ces exemples au grand public afin de le sensibiliser à cette question des communs – ce qui est loin d’être acquis ! – avec le projet de créer une société plus juste, plus égalitaire et plus responsable de son environnement. Bien sûr, ce projet n’est pas nouveau et a déjà échoué à plusieurs reprises au cours des siècles précédents. Ma réserve se situe sans doute là : est-ce que l’on rêve ? Pourtant à l’âge “canonique” qui est le mien, je souhaite encore de tout cœur un changement politique radical et je crois qu’il est possible, à partir de l’enseignement des communs, de construire un nouveau système économique, sociale et écologique, c’est certainement un travail de longue haleine, mais je pense que l’on a bien besoin d’un récit politique capable de proposer autre chose qu’une économie financière dominant le monde en le détruisant. (Cf. Communs et ESS peuvent-ils faire système ?)