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Roumics 2017 : Vivre des communs, avec Michel Bauwens (Roubaix – 17&18 nov.)

En partenariat avec le collectif Catalyst et la Condition Publique, l’association ANIS organise en Novembre 2017 un nouvel événement ROUMICS, « Les Rencontres OUvertes du Multimédia et de l’Internet Citoyen et Solidaire » devenues incontournables au fil des ans en région Hauts de France pour tous les acteurs intéressés par le numérique et ses usages.

Cette 13ème édition des ROUMICS portera sur le thème « Vivre des Communs » et aura lieu les 17 et 18 Novembre 2017 à la Condition Publique (Roubaix – 59).

Cette année, autour du thème « Vivre des Communs », les ROUMICS laisseront une large place à des communautés locales liées au numérique et à l’innovation : Tiers Lieux, monnaies libres, médiation numérique, économie contributive, innovation publique … et bien sûr les fameux Communs !

Michel Bauwens participe à l’événement. Retrouvez-le le 17/11 à 9h15 pour une conférence « Vivre des communs, comment ? » et à 14h pour une présentation « Gand : ville des communs de l’avenir »

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Shifting Economy : une boîte à outils pratique pour entrer dans les prochaines économies

Un document en anglais réalisé par Emmanuel Mossay et Michel de Kemmeter qui propose d’explorer :

  • Les 10 espaces économiques en croissance
  • 20 schémas pratiques pour visualiser le chemin de la transition
  • Les 14 étapes de la transition économique
  • 20 clefs pour réussir les processus d’inclusion
  • La description de 48 futurs métiers

Traduction de la préface :

L’Homo sapiens est en train d’évoluer vers la post-économie. La nouvelle économie doit gérer la rareté et la richesse, un double problème qui n’est pas intégré dans les principales théories économiques classiques. Il y aura
un choc important entre l’opulence, décrit par l’économiste John Kenneth Galbraith dans The Affluent Society, et la rareté sur la planète Terre. La seule planète que nous ayons. Il n’ y a pas de planète B.
L’Occident s’est fortement développé surtout au début de l’industrialisation, grâce au dualisme, un vieux paradigme provenant de Platon. Cette logique de contradictions, a été très utile parce qu’elle a forcé les Occidentaux de faire des choix entre « l’un ou l’autre », entre les solutions de rechange, entre le bien et le mal afin de le progrès et d’agir. La machine à vapeur en est un bon exemple, inventée trois siècles plus tôt en Chine comme divertissement, mais installée seulement au XVIIIe siècle au cœur de l’industrie dans le domaine de l’énergie par l’Europe et les Occidentaux. Le dualisme platonique est au cœur de la créativité mais a été et est toujours à l’origine de de nombreux conflits et même des guerres qui ont fait du XXe siècle le plus sanglant de l’histoire humaine.

La sagesse asiatique nous enseigne cependant un autre paradigme de base différent : le principe du Yin et du Yang, la complémentarité des oppositions doubles qui se fondent en une synthèse. De plus, dans l’écriture chinoise, il y a est un idéogramme unique pour les mots « crise » et « opportunité ».

Ce concept s’harmonise parfaitement avec la découverte de la physique quantique selon laquelle la lumière est à la fois une onde et un faisceau de particules, les photons. Niels Bohr, l’un des pères fondateurs de la physique quantique, a résumé cette intuition par l’expression latine « Contraria complementa sunt », qui remplace l’ancienne logique de l' »un ou l’autre » par le principe révolutionnaire « et / ou », qui ouvre la voie à des solutions coopératives.

Cette prise de conscience s’accentue progressivement dans la pensée occidentale et aura des conséquences de grande portée. Il nous conduira à une nouvelle approche holistique, explorant les énergies cachées de la diversité, des divergences, des oppositions et promouvant la synthèse et toutes sortes de compromis créatifs, dans un monde d’interdépendance, où les gouvernements nationaux sont trop petits pour les grands problèmes et trop grands pour les petits. La praxis économique a déjà adopté ce que l’on appelle la « Coopétition », quand la concurrence et la coopération ne sont plus exclusifs selon les principes darwiniens mais complémentaires, voire inclusifs selon les règles de la mécanique quantique.

La montée en puissance de cette approche inclusive et globale est un défi pour les dirigeants politiques et économiques qui font face aux défis locaux du populisme émergeant des craintes et de l’incompréhension de ce qui se passe dans le monde global d’aujourd’hui et le village mondial de demain. La définition nationaliste du terme « peuple » est devenue obsolète. Dans la plupart des pays, les « personnes » sont devenues une « population » à caractère multiculturel. Le nationalisme et le populisme sont parfaitement compréhensibles, mais ils sont devenus contre-productifs parce que plus orientés vers l’avenir. Le protectionnisme est la traduction économique et culturelle du nationalisme. Un certain protectionnisme existait déjà avant l’économie et la politique, même avant les êtres humains : les premières membranes protégeant les cellules vivantes, stressées dans notre corps. Ce vitalisme égoïste est toujours attirant mais suicidaire dans un monde changé dès que les nationalistes égoïstes proposent de construire des murs au lieu de ponts.

En ces temps de complexité croissante, la démocratie est prise entre toile et araignée. Certains citoyens disent
« Nous avons un vote, mais nous n’avons pas de voix ». C’est un sérieux avertissement adressé aux politiciens. Les problèmes sociétaux sont extrêmement complexes et le processus de prise de décision est très opaque. Les gouvernements, les autorités décident, « ils » règnent, légifèrent, imposent…

Il y a une « théification » de la politique qui va très loin, ce qui rend la gouvernance impersonnelle, abstraite et
ressemblant à une peinture non figurative. Nous devons réinventer la démocratie en introduisant des éléments de
la prise de décision participative, en informant et expliquant et en remplaçant les démagogues par des pédagogues.

Le plus important est de modifier les systèmes de vote démocratique. Un modèle pourrait être la promotion de
le « vote par points », un système électoral par lequel chaque électeur obtiendrait un nombre de voix pluriel, par exemple dix voix, qu’il pourrait librement exprimer et répartir sur différents partis et candidats selon des critères suivants l’intensité de ses préférences. Cela permettrait d’affiner les choix des électeurs. De même, au niveau micro-économique des entreprises et des sociétés, la coopération démocratique entre toutes les parties prenantes, transcendant leurs intérêts exclusifs, est en jeu dans l’ère post-économique. Encore plus herculéen est le gouvernement.

A une échelle beaucoup plus large, les institutions européennes souffrent également de plusieurs problèmes fonctionnels et ont à faire face à de grands défis. Une Communauté fiscale européenne devrait être créée conformément au principe « pas de représentation sans taxation ».
Aujourd’hui, le Parlement européen n’ a pas de pouvoir d’imposition, il lui est donc difficile de mettre en œuvre de nouvelles stratégies et de nouvelles lois. Nous devons également simplifier et clarifier les systèmes fiscaux. Dépenses budgétaires en matière de défense, de sécurité, d’énergie, de politique de développement, intégration des immigrés, recherche, communication numérique… doivent être euro-européens. Pour une Europe forte, un
budget public est nécessaire. Le budget des institutions de l’UE s’élève à 1% contre 27% aux Etats-Unis pour le budget des dépenses fédérales.

La zone euro, pour faire face aux distorsions de concurrence entre les Etats membres, doit imposer
des mesures sévères d’austérité impliquant la réduction des dépenses publiques, des salaires, de toutes sortes d’allocations.
La gestion des taux de change par pays n’est plus possible au sein d’une zone de monnaie unique.
Les mesures d’austérité considérées comme une « dévaluation interne » font que l’Union européenne est
impopulaire et peut mener à la déflation économique. Seule une politique budgétaire efficace menée par l’UE pourrait stabiliser la zone euro.
L’Europe doit s’unir face aux révolutions scientifiques et technologiques en cours.
L’histoire de l’humanité a en effet été guidée par les découvertes et les innovations scientifiques, à commencer par la découverte du feu, il y a 300 000 ans.
Aujourd’hui, les inventions scientifiques sont écrasantes dans tous les domaines. L’acronyme B. I. N. C. C. est utile pour résumer les révolutions scientifiques en cours :

  • Biogénétique, fabuleux progrès de la médecine, durée de vie moyenne de 100, 150, 200 ans ??
  • Technologies de l’information (applications informatiques, IA, réalité virtuelle et robots physiques, impression 3D). Emergence du « robot sapiens ».
  • Nanotechnologie. Demain, nous pourrons parler à chaque citoyen de la terre dans notre langue,
    et comprendre toutes les langues du monde grâce aux nano-ordinateurs (sans fil ou implantés dans notre propre corps)
  • Sciences cognitives, recherche et manipulation du cerveau humain.

Les conséquences socio-économiques du tsunami des innovations scientifiques et technologiques seront écrasantes et dramatiques pour la communauté mondiale et les membres de l’humanité.
La numérisation et la robotisation réduiront considérablement le temps de travail, les salariés seront remplacés par des salariés indépendants, l’existence des marchés mondiaux ira de pair avec le travail à domicile, les multinationales seront en concurrence mais aussi coopéreront dans de nombreux domaines, la propriété intellectuelle ne sera plus protégée, l’interconnectivité éliminera tout type d’intermédiaires sur les marchés, le commerce électronique prendra le relais du shopping. AIRBNB, Uberisation, économie circulaire, mise en commun, fabrication personnelle, cours en ligne ouverts, les universités du monde entier se répandront, les paiements en espèces disparaîtront. Le développement de l’énergie solaire et de la fusion nucléaire va bouleverser l’équilibre économique et politique mondial. La richesse se transformera en bien-être et la recherche du bonheur deviendra un objectif sociétal.

Une ère post-économique apparaîtra, mais il faudra néanmoins faire face à beaucoup d’ombres de progrès: démographie, vieillissement, climat, alimentation… la rareté, la RAM (résistance antimicrobienne), les armes de destruction massive, la difficulté de transformer le multiculturalisme en interculturalité….

Il va sans dire que le tsunami actuel d’innovations scientifiques et technologiques révolutionnera la communauté mondiale pour le meilleur et pour le pire. Par conséquent, la question ultime sera et est déjà la question de l’éthique. Comment transformer tous ces changements en progrès humain ? Comment gérer l’éthique en politique, en économie, dans les affaires? Et quelle est la « bonne éthique »? Qui peut décider de ces valeurs ? Quelles sont les règles applicables à tous ? On s’en tient au plus petit dénominateur commun ?

Bouddha, Jésus-Christ, Kant et d’autres dirigeants moraux ont dit : »Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse ». Mais cette règle est-elle suffisante pour améliorer la vie humaine sur terre ?

La ligne directrice de SHIFTING ECONOMY est la quête du but dans l’économie, la quête de l’éthique dans les affaires – avec des outils utilisables sur le terrain. C’est aussi une invitation à tous les décideurs à imaginer
et réaliser de nouveaux rêves pour relier les êtres humains, et transformer le chagrin du village planétaire en bonheur humain.

Mark Eyskens
Professeur émérite d’économie et ancien Premier ministre de Belgique

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Photo : Andres Musta (CC BY-NC-ND 2.0)

Journée de résistance face aux grands projets imposés (Ixelles, Belgique, 14 octobre 2017)

Vous êtes impliqué-e-s dans la défense de terres agricoles, de territoires et/ou d’espaces de vie naturels ? Vous désirez en savoir plus sur ces luttes ? Kairos et le MPOC, avec le soutien d’Acteurs des temps présents et du RéSAP, vous invitent le 14 octobre à une journée consacrée aux luttes contre les Grands Projets Nuisibles et Imposés.

Ces dernières années, nous assistons à une accélération de l’accaparement des terres à des fins privées. Les petites exploitations agricoles et les espaces naturels sont le reflet de cette logique qui multiplie les zones artificialisées (routes, zonings industriels et commerciaux, lotissements, loisirs de masse, sites administratifs, etc…) et privatise les communs.

Les pouvoirs publics réagissent très peu à cette perte du patrimoine, voire y participent (vente de forêts domaniales, construction de zonings et de maxi-prison sur des terres arables, etc…). Ce sont donc des collectifs
d’habitants citoyens qui, en Wallonie comme à Bruxelles, s’organisent pour préserver leurs milieux de vie face à des projets obéissants à une logique productiviste et consumériste.

Une journée entière de rencontre entre celles et ceux qui, en Belgique, se mobilisent pour préserver nos forêts et paysages, nos villages et quartiers.

Débats, table ronde, «One mess show», bar, Qizinne mobile…

Nous questionnerons aussi le rôle que les médias libres peuvent apporter à ces collectifs dans la circulation des
informations relatives à ces projets.

à IXELLES le 14 octobre 2017

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Université du Bien Commun (Paris – à partir du 14 octobre 2017)

Le 14 octobre 2017 commencera un cycle de sept rencontres citoyennes sur les multiples aspects et problématiques des biens communs, intitulé « Biens communs, histoire, actualité et perspectives », préparatoires à la création officielle en 2018 de l’Université du Bien Commun à Paris.

 

Bien commun, biens communs, communs, sont des notions et des pratiques en développement dans de nombreux domaines et disciplines et à travers des actions citoyennes dans le monde entier. Elles s’amplifient sous la pression de la crise écologique et sociale, de la transformation numérique et de l’épuisement de nos modèles économiques.

La connaissance, comme toute autre forme et expression de la vie, a été réduite à une marchandise. On peut breveter à titre privé et lucratif le vivant (gènes humains compris), ainsi que les algorithmes. L’éducation est devenue un service marchand «libéralisé ». Les
universités ont été transformées, de facto, en grandes écoles de business et de gestion des ressources (hôpitaux universitaires compris).

Et que dire de la marchandisation de l’eau, des semences, de l’énergie solaire, du logement, des transports collectifs, de la santé, de la sécurité sociale ? Il n’y a plus une caisse d’épargne ou une banque mutuelle ou populaire qui soit publique. La privatisation a effacé l’univers des services communs jadis publics. La « res publica » a été jetée aux orties.

La puissance mondiale des grands groupes marchands, financiers et technocrates privés a laminé, avec le soutien des pouvoirs publics eux-mêmes, le rôle des institutions politiques.
La domination, la violence, la « militarisation du monde » deviennent de plus en plus la norme.

== Une mobilisation qui s’intensifie ==
Parallèlement, la mobilisation autour des biens mis en commun s’intensifie, qu’ils soient matériels ou immatériels : des pratiques propres s’installent. Un changement social peut en découler, orienté vers le partage et le collectif dans tous les domaines. L’humanité n’est pas l’ensemble des êtres humains mais les êtres humains qui vivent ensemble : c’est pourquoi la question des Biens communs invite à une réflexion qui permet de repenser la société, le rôle de l’Etat, de la démocratie, etc. Bref, la politique.
Les biens communs sont des réalités en devenir et dont il faut assumer la grande diversité.

C’est pourquoi l’Université du bien commun à Paris entend promouvoir leur connaissance etcelle des forces en présence dans tous les champs où elles opèrent (droit, économie, anthropologie, philosophie, histoire, sciences, technologies, agriculture, numérique…).
Autant agora que lieu de recherche et de diffusion, de formation, d’éducation populaire, l’Université sera ouverte à tous les publics. Basée sur la gratuité, sans chaire ni cursus, elle reposera sur un fonctionnement coopératif et rotatif, avec des modes d’intervention variés : conférences, ateliers, projections, interventions scéniques et plastiques.

Cette démarche, au carrefour d’initiatives déjà foisonnantes, entend contribuer à sa manière à la valorisation des actions et des réflexions des différents acteurs mobilisés sur ces questions, et susciter la convergence de talents, d’engagements et d’initiatives en faveur d’une meilleure connaissance et de la défense des biens communs.

== Les membres fondateurs et coopérateurs de l’Université ==

L’Université et le cycle de conférences sont coordonnés à l’initiative de Cristina Bertelli et Yovan Gilles (revue et collectif Les Périphériques vous parlent), Frédéric de Beauvoir (Etablissement culturel et solidaire Le 100 ECS) et Riccardo Petrella, économiste, promoteur de l’UBC à Anvers (B) et à Sezano (Vérone, I), en collaboration avec Anne Douvin (architecte/urbaniste) ; Anthony Laurent et Edouard V.Piely (Sciences critiques) ; Bruno Lamour et Annie Flexer (collectif Roosevelt Paris) ; Claire Dehove (WOS/agence des
Hypothèses) ; Corinne Ducrey, Malika Person et Jean-Pascal Derumier (Chemin faisant / pouvoir citoyen en marche) ; Elizabeth Auclair (Université de Cergy-Pontoise) ; Frédéric Sultan (Remix the commons) ; Emmanuelle Veil (Le journal minimal) ; Emmanuel Poilane (France
Libertés) ; Hervé Defalvard (chaire de l’ESS-UPEM) ; Joseph Sangiorgio (Coopaname) ; Jérôme Wauschel et Pablo Marticorrea (Université populaire du pays basque) ; Joao Caraça (Kallouste Gulbenkian foundation) ; Jonathan Keller (Savoirs.com) ; Miguel Angel Nunez,
David Flacher et Denis Vicherat (mouvement Utopia) ; Marc Ridel (détecteur, connecteur) ; Patrick Farbiaz (Semaine anticoloniale) ; Thierry Linck, Pierre Dagallier et Michel Augé (Université du vivant) ; Florence Durand-Tornare (Villes internet) ; Violaine Hacker (Common Good Forum) ; Vincent Glenn (Coopérative D.H.R).

Contacts : Yovan Gilles, Cristina Bertelli 01 40 05 05 67 – 06 85 75 81 01

Courriel : universitebiencommun@gmail.com

Chargée de communication : Camille Dechambre – 0153251047 – Fondation France Libertés

 

Photo : Chris Yunker (CC BY 2.0)

Assemblée Européenne des communs au Medialab Prado (Madrid – 25 au 27 octobre)

L’Assemblée Européenne des Communs (ECA) est un réseau de personnes engagées dans les communs sur le terrain en Europe. Ce réseau s’est donné rendez-vous au Medialab Prado, Madrid du 25 au 27 octobre prochain. Cette rencontre se déroule en parallèle du Festival Transeuropa, lui-même une vaste réunion autour des alternatives politiques, sociales et environnementales.

L’Assemblée Européenne des Communs (ECA) a été lancée en novembre 2016 lors du premier événement public sur les communs qui s’est déroulé au Parlement Européen et au centre social Zinneke à Bruxelles, en Belgique. Cette réunion a rassemblé plus de 150 commoners européens pour faire valoir la nécessité de politiques publiques pour les communs en Europe et développer les réseaux pour inscrire cette démarche dans la durée.

La rencontre de Madrid se structure autour d’ateliers thématiques sur les communs urbains, d’une rencontre avec les acteurs politiques de madrilènes et d’autres villes espagnoles, et de temps de délibération sur le futur de ECA à l’horizon 2018/2019.

Les ateliers thématiques, au coeur du processus de cette rencontre, permettront, à partir des échanges avec les initiatives madrilènes et espagnoles, d’expérimenter et de proto-typer les outils utiles au développement des communs urbains en Europe. Les premiers participants inscrits ont proposés de travailler sur dans thèmes tels que : Espace public, Migrations et réfugiés, Participation citoyenne à la politique urbaine, Culture, Aliments, Logement, Santé, Devise et financement pour les communs, Lois et mécanismes juridiques pour protéger les communs, Technologie pour la citoyenneté.

Chaque atelier sera l’occasion de collaborations entre une ou plusieurs initiatives communautaires locales espagnoles et d’autres venant d’ailleurs en Europe engagées sur le thème de l’atelier. Ces ateliers seront conçus pour permettre le partage et l’exploration des connaissances et des stratégies fruits de ces expériences. À cette fin, l’équipe de coordination de ECA à Madrid organisera plusieurs vidéoconférences pour relier les différentes initiatives et co-concevoir les contenus de l’atelier avant la rencontre avec les participants. La méthodologie de facilitation sera aussi conçue pour inclure les participants dans la démarche structuration de la documentation des travaux collectifs afin de ressortir de la rencontre avec une boite à outils partagée sur les communs urbains.

Retrouvez plus d’informations sur le site Web de ECA.

 

Photo : Medialab Prado (CC BY-SA 2.0)
Source : Remix the Commons

Atelier « Convergence des médias autour des Communs » (16-19 octobre, Villarceaux)

Un atelier de convergences des médias autour des Communs aura lieu du 16 au 19 Octobre à Villarceaux (région parisienne). Son objectif : définir et mettre en œuvre des outils de convergence entre les médias dédiés aux communs.

 

Les initiatives culturelles et de communication autour des communs sont aujourd’hui nombreuses en Europe et dans le monde: Remix the commons, Fondation P2P, Transformap, Wikimedia Commons, Radio Cause Commune, TV en comu (Barcelone), Les communs d’abord, Laboratorio Procomún, Zemos98, Krytyka Polityczna, teixidora. net, lescommuns. org, Pixelache, etc.

Au cours des trois dernières années, les échanges et les collaborations entre les groupes réalisant ces actions culturelles et les médias ont ouvert un processus de convergence stratégique, politique et technique. Il en résulte par exemple :

  • le développement de dispositifs de connexion sémantique pour les ressources sur les biens communs par Remix the commons (2014/2017)
  • la coopération des systèmes de cartographie des biens communs et des solutions alternatives, y compris les organisations de l’ESS, avec le leadership de Transformap. Une réunion a eu lieu à Florence en avril 2017.
  • l’expression d’une charte de valeurs et de principes pour les plateformes médiatiques sur les communs a débuté à l’Espace Commun du FSM Montréal en août 2016;
  • la mise en réseau des acteurs culturels européens à travers différents programmes tels que Action for the Commons de la Fondation culturelle européenne (2014/2016);
  • la mise en réseau des acteurs culturels européens à travers les différents programmes de la Fondation culturelle européenne (2014/2016)

Dans ce contexte, Remix the commons, la P2P Foundation et SavoirsCom1 proposent d’organiser une réunion stratégique sur la convergence des médias pour les communs. Nous croyons que la collaboration des médias et les initiatives culturelles pour les communs peuvent former un écosystème pour développer la culture des communs. L’objectif de cette rencontre est de renforcer les liens entre les projets et initiatives en alignant les stratégies de développement, en partageant les plans d’action, en partageant les compétences et en mutualisant les infrastructures de communication.

Cette réunion vise notamment à concevoir, développer et mettre en œuvre des dispositifs techniques basés sur les techniques du web sémantique, en vue d’interconnecter les ressources existantes sur les communs et le mouvement des communs (sites web, bases de données, cartes…) et avec les principales bases de données structurantes du web (DBPedia, WorldCat, VIAF, Wikidata, OSM,…). Ce travail vise à rendre le mouvement des communs plus visible aux utilisateurs du Web. Le programme sera co-élaboré par les participant⋅e⋅s avec une perspective interculturelle.

 

Photo : Tjarko Busink (CC BY-NC 2.0)

Une charte pour l’Hôtel Pasteur à Rennes

Ancienne faculté des sciences, construit en 1900, devenu faculté dentaire en 1968, le bâtiment Pasteur accueille toujours aujourd’hui le centre de soins dentaires universitaire, pôle d’odontologie au rez de chaussée de bâtiment, mais c’est aussi un lieu en devenir : dans une phase intermédiaire, avant la rénovation du bâtiment, Pasteur accueille un certain nombre de projets éphémères liés à l’expérimentation autour de différentes pratiques et disciplines. Notamment, l’« Hôtel à Projets » est un lieu où des acteurs venant de structures et d’horizons différents sont accueillis temporairement pour développer des activités.

C’est dans cette perspective qu’a été mise en place une « Assemblée des Partenaires », dont les membres mouvants, représentent différentes pratiques et disciplines, qui est associée à la fabrication du projet, s’implique dans le fonctionnement du lieu et travaille sur ses futures modalités de gestion et gouvernance, notamment sous la forme d’une « Charte de l’Hôtel Pasteur » document évolutif qui traduit les convictions et objectifs partagés par l’ensemble des partenaires du projet.

Lire la charte sur le site de l’Hôtel Pasteur…

Lire aussi :

Dictionnaire des biens communs

Marie Cornu-Volatron  – Fabienne Orsi – Judith Rochfeld

PUF – 23/08/2017

Que sont les « communs », les « biens communs », les « patrimoines communs », les « choses communes » ? Ces notions sont fortement mobilisées aujourd’hui dans nombre de disciplines des sciences sociales et actions de citoyens. Leur poussée traduit une évolution des pratiques sociales : sous la pression de la crise écologique et de la transformation numérique notamment, les biens seraient davantage mis en partage. Logiciel libre, encyclopédie et habitat participatif, vélos ou voitures en usage successif, entreprise qui serait le « bien commun » de toutes les parties prenantes : les notions des communs intéressent les domaines de la culture, de la protection de l’environnement, de l’urbanisme, de la santé, de l’innovation, du travail, etc. La mobilisation est intense car elles autorisent à penser le changement social sur la base d’un réinvestissement du collectif, des communautés, de l’usage et du partage. Elles permettent de proposer des réinterprétations des valeurs fondatrices des sociétés contemporaines tels le rôle de l’État, de la propriété et des formes d’expression de la démocratie. Elles appellent à la fois une réflexion théorique, un débat politique et se concrétisent dans des expériences citoyennes. Ce dictionnaire, à mi-chemin entre le vocabulaire et l’encyclopédie, se veut un outil de compréhension de l’ensemble de ces phénomènes.

Télécharger la présentation complète (incluant la liste des auteurs) (PDF)

Murmurez Frénétique : festival contributif

La quatrième édition du Festival Murmurez Frénétique durera quatre jours en septembre 2017.

Un festival contributif rassemble des individus libres d’intervenir et d’agir au service de la structure collective . Ceux-ci participent autant à générer des contenus qu’à les recevoir , de la même manière que sur l’encyclopédie libre Wikipédia c’est-à-dire sans se justifier de prérequis quelconque ; tout le monde peut participer .

Cette structure s’est beaucoup inspirée du monde virtuel pour s’établir comme une plateforme organisée. Toutefois le festival dépassera le cadre de l’informatique ou de l’art numérique pour se réaliser sur scène, derrière les pupitres, les cuisinières ou en exposition.

En réalité le festival murmurez Frénétique a toujours été contributif ; nous avons toujours cru en la capacité qu’a chaque personne à créer et offrir du beau, de l’original ou de l’intelligence. Après nous êtres aperçus de la similitude entre nos pratiques et celles d’autres organismes – culturels ou non – nous nous sentions d’assumer cette dénomination qui est plus globale.

Ayant vocation à faire des passerelles là où il n’y en a d’ordinaire pas, nous avons donc pris la décision d’élargir les disciplines représentées via 4 pôles de programmation :

  • Les arts de la scène et numériques
  • La gastronomie
  • Le progrès technologique, scientifique
  • L’information et le débat argumenté

Ces 4 pôles constituent un microcosme cohérent, un petit monde en soi au sein duquel chacun peut s’identifier, concrètement ou abstraitement, de manière créative ou pratique.

Ces disciplines sont toutes étiquetées comme des « sujets d’experts » à propos desquels aujourd’hui, nous n’osons plus donner notre avis.

Pourtant, ces problématiques nous concernent tous. S’en emparer, c’est réveiller notre curiosité, nos goûts et notre personnalité à travers la prise de position. L’être humain à qui l’on expose tel ou tel échantillon d’intelligence ne peut s’empêcher de vouloir comprendre. Notre cerveau travaille parfois seul et les retombées de ces échanges sont
exponentielles, elles créent de la citoyenneté.

Lors du festival ces pôles seront représentées de façon distincte. Les disciplines et thématiques étant relativement différentes, les spectateurs sont invités à se poser des questions et sont eux-mêmes libres d’établir des connexions entre chaque pôle.

Pour en savoir plus, téléchargez le programme… (PDF)

Home for less : solutions de relogement de personnes sans abri dans des bâtiments vides

Le projet « Home for Less » a pour objectif de mettre à la disposition de personnes sans abri des modules de logement conçus et réalisés par 45 étudiant.e.s architectes.

Désireux de proposer des solutions concrètes pour lutter contre le sans abrisme et l’exclusion au logement, quatre partenaires ont décidé d’unir leurs compétences et expertises spécifiques autour d’un projet visant la réhabilitation d’espaces inoccupés au bénéfice de personnes exclues du logement.

Partant du fait saillant que de plus en plus de personnes en situation de précarité vivant sur le territoire de Bruxelles-Capitale se voient, à titre temporaire ou plus durablement, exclues du logement, l’asbl L’Ilot, porteuse du projet, a décidé de lancer le projet HOME for LESS.

L’Ilot ne cesse de constater que de nombreux immeubles sont vides dans la capitale bruxelloise, mais pourraient, par une action conjointe entre professionnels du social et de la brique, être remis sur le marché locatif. C’est ainsi que L’Ilot et ses partenaires, ont décidé d’unir leurs compétences et expertises spécifiques autour d’un projet visant la réhabilitation d’espaces inoccupés au bénéfice de personnes exclues du logement.

Porteurs de projet :

  • A travers des projets et services de terrain multiples, L’Ilot asbl et L’Armée du Salut ont pour mission l’accompagnement de personnes sans abri. Début 2015, L’Ilot, avec l’appui du secteur de lutte contre le sans-abrisme, a conçu et développé une cellule régionale bruxelloise (Capteur et Créateur de Logements).
  • L’atelier ‘Architecture construite’ de la faculté d’architecture La Cambre Horta de l’ULB permet à des étudiant.e.s en architecture de concevoir et mener des actions de terrain qui se veulent utiles à la société.
  • Le Collectif Baya asbl quant à lui est une structure formée autour de la promotion des questions architecturales vers le grand public via l’accompagnement à l’auto-construction de projets architecturés, prioritairement en matériaux de réemploi.

Home for less a lancé une campagne de crowdfunding qui vous permet de soutenir ce projet.
A découvrir ici : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/home-for-less–3

Vers des partenariats Public-Communs

Un article de Jonathan Piron et Samuel Cogolati sur le site Etopia.be

1. Introduction

Diverses pressions s’exercent à l’heure actuelle sur les villes et leur développement. Les services publics, les espaces publics, les biens publics, sont désinvestis en faveur d’autres types de biens, essentiellement privés. Cette privatisation pose question en accaparant des biens publics pour le seul usage de nouveaux propriétaires privés, qui en limitent l’accès au plus grand nombre. Cette mainmise sur nos biens publics provoque, de surcroît, un affaiblissement des structures de solidarité en remplaçant la mutualisation des risques par l’individualisation.

Face à cette nouvelle vague d’enclosures orchestrée par nos pouvoirs publics au profit d’acteurs privés, les communs représentent une alternative à promouvoir. Il s’agit là de ressources partagées au sein de communautés selon un mode de gestion et d’exploitation entièrement autonome, distinct du marché (privé) ou de l’état (public). L’idée de biens communément possédés et gérés entre de plus en plus dans le discours ambiant tandis que les projets concrets se multiplient. Les exemples locaux se développent chez nous aussi bien dans des environnements urbains et ruraux : potagers communautaires au pied des arbres de grandes avenues, ateliers collectifs de réparation d’objets (FabLabs), kiosques à jeux en libre-service sur les places, coopératives d’énergie renouvelable ou pour la gestion de l’eau, habitats groupés et éco-quartiers dans d’anciennes usines… Ces communs jouent un rôle à la fois social mais également économique et institutionnel.

Une nouvelle politique urbaine ancrée dans la transition écologique doit prendre en compte ces nouvelles structures de gouvernance et leur faire jouer un rôle plus important. La prise de décisions, les capacités de gestion et les objectifs de redistribution suivant le principe des communs peuvent être complémentaires aux politiques publiques. Cette démarche peut se réaliser en partenariat avec les acteurs publics concernés. C’est cette approche de Partenariats Publics-Communs (PPC) qui sera abordée dans cette analyse.

2. Les communs au-delà du marché et de l’état

Tout d’abord, il est nécessaire de définir ce que l’on entend par « communs » et quels sont leurs modes de fonctionnement. Parmi les principaux penseurs des Communs, Elinor Ostrom fait figure de référence. Économiste et politologue, Ostrom est l’auteure d’un ouvrage important sur les communs : « Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles ». Pour Ostrom, les communs se caractérisent par une auto-organisation de communautés dans la prise en charge de ressources et dans l’accès donné aux différents usagers [1]. Ostrom réfute le postulat de la « tragédie des commons » de Garrett Hardin, en démontrant dans la pratique comment ces communautés arrivent à gérer leurs ressources de manière durable sur le long terme, sans recours à la privatisation, ni à la force publique de l’état. Pierre Dardot et Christian Laval, autres penseurs des communs, soulignent là la pratique instituante autonome du groupe, qui devient un nouveau sujet collectif [2]. En effet, l’institution crée par le groupe développe elle-même un ensemble de droits, de règles d’accès, de sanctions et d’exclusion des cavaliers clandestins, assurant en ce sens la durabilité de la ressource en question, qu’elle soit matérielle (par exemple : des pâtures, des forêts, des lacs) ou non (par exemple : des connaissances qui se transmettent de génération en génération, les ressources génétiques, Wikipedia).

De nombreux communs (tels que des potagers collectifs ou des associations d’échanges de services à l’échelle du quartier) développent leurs activités en restant à l’écart des sphères publiques et privées (le marché). Ces initiatives ne sont ni gérées par le public, ni guidées par l’appât du gain : elles sont créées par et pour les habitants. Les militants des communs ont même souvent à cœur de défier l’État et le marché pour revendiquer une action politique sous une forme conflictuelle pacifique. Pour certains auteurs, la propriété publique ne servirait que de « paravent […] à la logique individualiste d’appropriation » [3]. En effet, la propriété publique n’est « pas nécessairement […] gardienne de l’intérêt général » quand l’État privatise les biens publics pour équilibrer ses comptes et quand la bureaucratisation des services publics empêche toute participation citoyenne [4]. L’auto-organisation de communautés citoyennes apparaît alors aux yeux des défenseurs des communs comme la seule issue valable à la division public-privé.

3. L’alternative des Partenariats Publics-Communs : sortir d’un système fermé et insatisfaisant

L’approche par les communs permet de dépasser les tensions imposées à la fois par le néolibéralisme et par la dualité entre le marché ou l’État. Comme nous le voyons de plus en plus, la marchandisation des biens, qui caractérise depuis les années 80 la société actuelle, accroît les déséquilibres et les inégalités tant au niveau de la production que de la redistribution voire du simple usage des biens et services. La société néo-libérale impose une idéologie propriétaire, pour reprendre le concept proposé par Benjamin Coriat, selon laquelle le marché est considéré comme étant auto-régulateur [5]. La contrainte exercée dès lors sur les biens publics amène en conséquence leur aliénation au bénéfice d’intérêts privés. La vente de biens publics devient une norme en vue d’assurer soit leur rentabilité, soit de maximiser leur production, suivant la rhétorique utilisée.

La tension actuelle sur les biens publics se réalise également au niveau du financement des projets. L’acteur public ne dispose plus forcément des moyens pour soutenir les marchés de travaux classiques. Des acteurs privés sont alors sollicités pour soutenir telle ou telle réalisation, via des Partenariats Public-Privé (PPP), obtenant de substantiels avantages dans l’utilisation qui en sera faite. Les PPP sont cependant loin d’être la panacée. Transformant la gouvernance de biens jusqu’alors publics, ils restreignent le droit d’usage dont disposaient jusque-là les citoyens. Ne soyons pas dupes : les projets immobiliers les plus profitables peuvent priver les habitants d’espaces publics, de parcs, de monuments historiques, de friches industrielles, et d’autres projets à haute valeur sociale ou environnementale ajoutée. Or, la mise en place de droits exclusifs n’amène pas une meilleure organisation ni même une meilleure rentabilité.

Alors, pourquoi devrions-nous absolument, au nom du développement, se soumettre aux seuls investisseurs privés ? Face à des pouvoirs publics aux finances étriquées mais en soif de redéploiement, et des promoteurs privés parfois prêts à confisquer des sites publics à titre spéculatif, pourquoi ne pas confier nos quartiers et notre patrimoine aux citoyens eux-mêmes ? Le partage et la mise en commun à partir de règles définies de manière collectives ont démontré leur efficacité, que ce soit via une meilleure efficience ou via une souplesse structurelle correspondant mieux au contexte donné. Nous devons aujourd’hui admettre que les communs représentent une « troisième voie » crédible à côté du marché et de l’État.

Mais, via cette approche, l’État ne doit pas nécessairement être considéré dans une logique de concurrence. Au contraire, Elinor Ostrom a démontré que les communs ne pouvaient perdurer sur le long terme que si les autorités publiques reconnaissaient leur organisation. Il s’agit même là du septième principe énoncé dans son livre emblématique [6]. Même si l’État n’est pas à l’origine du commun et ne participe pas directement à sa gestion, il peut le protéger et le soutenir en tant qu’entité institutionnelle et juridique à part entière. Par conséquent, les autorités publiques pourraient développer des liens de coopération et de solidarité avec les communs, entrant dans une nouvelle dynamique de coopération. En ce sens, une collaboration approfondie entre acteurs publics et communs pourrait déboucher sur la mise en place nouveaux projets locaux répondant aux attentes et souhaits de chacun. Un outil pourrait être mis à disposition des gouvernements et des citoyens : le « Partenariat Public-Commun » (PPC).

Tommaso Fattori est le premier à avoir développé l’idée de PPC. En 2014, celui-ci les définissait comme étant le moyen de « réorienter le rôle de l’État, en déplaçant son soutien et son subventionnement des entreprises privées au soutien de la création de communs [7] ». Différents mécanismes sont proposés, allant d’exonérations fiscales aux subventions, en passant par le soutien aux activités autonomes ainsi qu’à l’attribution de biens publics voire de politiques publiques à une institution fonctionnant sur le principe d’un commun. Les autorités publiques pourraient également créer un cadre juridique clair et précis pour construire ces initiatives citoyennes [8].

Dans le cadre d’un PPC, trois types d’acteurs entrent en jeu :

  • L’acteur politique
  • L’administration
  • Le groupe de citoyens institués en commun et portant la revendication

L’acteur politique est celui qui délègue l’action publique ou son soutien au commun. L’administration, de son côté, encadre l’institution en commun et permet la mise en œuvre ses décisions. Le groupe de citoyens, enfin, a l’attitude la plus prosélyte en étant constamment à la recherche de bras supplémentaires pour renforcer leur poids dans une dynamique qui est, selon, au départ en leur défaveur. Dans cette démarche, une logique d’évaluation autour de différents indicateurs comme la cohésion sociale est bénéfique pour le suivi du projet et l’implication des plus réticents.

Dans les projets emblématiques lancés par certaines villes, il convient de mentionner celui de la Ville de Gand, qui a initié en mars 2017 un grand ’Plan de Transition des Communs’ destiné à renforcer l’aide publique aux communs [9]. Les exemples y abondent : LikeBirds où des travailleurs indépendants et freelance partagent les frais de bureaux en co-working en plein cœur de la ville ; la coopérative EnerGent dans laquelle des familles gantoises ont décidé de cotiser ensemble pour la construction de deux éoliennes le long de l’E40 ; le mouvement VoedselTeams qui garantit des produits venus de fermes bio de Flandre orientale, etc.

Plus globalement, l’idée d’un PPC peut se réaliser autour de deux démarches : la mise en commun de services publics ou le soutien des services publics aux projets en commun.

  • La mise en commun de services publics

Une mise en garde s’impose tout d’abord : il ne s’agit pas, dans le cadre posé ici, de simplement consulter les citoyens. Ceux-ci, au contraire, s’engagent et passent eux-mêmes à l’action. Dans le cadre d’une mise en commun de services publics, la ressource concernée demeure propriété publique mais voit sa gouvernance mise dans les mains d’une institution fonctionnant sous le principe d’un commun. Le rôle de l’État reste important, afin d’éviter la rupture de liens de solidarité non seulement entre usagers mais également avec les non-usagers d’un bien jusqu’alors public. Pour réussir, cependant, il est indispensable que le processus se mette en place là où une dynamique associative existe.

Deux exemples permettent de mieux comprendre cette approche à savoir ceux liés à la gestion de l’eau à Naples et à Paris. La ville de Naples a opéré une transformation de la société par actions ARIN, gérant le réseau d’eau potable, en entreprise spéciale de droit public : ABC Naples. Cette transformation fut portée par une démarche citoyenne élevée, consacrée notamment via un référendum. La logique, horizontale, a vu les usagers devenir des acteurs à part entière, autour d’un nouveau de modèle de gouvernance.

A contrario, à Paris, la municipalité est restée derrière le processus, du début à la fin. L’initiative s’est imposée de manière verticale, sans mouvement citoyen en amont ni même de dynamique d’appropriation citoyenne. Issu d’une politique publique classique, le processus parisien mobilise peu, à l’inverse du processus napolitain, qui lui s’inscrit dans la dynamique d’un « commun ». Cette mise en commun de services publics doit donc partir d’une base sociale existante, fondée sur une revendication et sur une action coordonnée.

À un autre niveau, des espaces publics peuvent être laissés à un usage en commun. L’administration communale de Gand s’est engagée dans le développement d’une ville en transition autour d’une multitude d’initiatives locales. Parmi celles-ci, un focus a été mis sur l’aménagement urbain à partir de plusieurs questions : Quelle est la fonction d’une rue ? Comment la transformer ? Quels sont les liens avec les problématiques de mobilité, d’environnement, de cohésion sociale… ? De ces questionnements est né le projet « leefstraat ». Ce projet permet à ce que des riverains d’une rue en reprennent possession, avec la charge pour eux d’organiser diverses activités (comme des concerts de quartier, pique-niques ou jeux pour enfants) suivant leurs besoins, leurs envies, ce qui fait sens. En plus d’avoir redonné du sens collectif aux habitants d’une rue, le projet leefstraat a permis à la créativité de s’exprimer. L’initiative ne part que des demandes d’une rue, dont les habitants se sont regroupés en vue de proposer leur propre projet. Encore une fois, à aucun moment il ne s’agit d’un chantier imposé par l’autorité communale.

L’importance de la mise en commun de services public repose sur un fonctionnement essentiellement en bottom-up. Ce type de commun ne peut être une initiative en tant que telle de la ville, au risque de vite s’essouffler. La ville doit réellement et simplement être dans une posture soutenante.

  • Le soutien des services publics aux projets en commun

L’autre dynamique d’un partenariat public-commun se retrouve dans le soutien accordé aux projets en commun qui se sont lancés de manière autonome. Ces communs s’inscrivent dans une série d’initiatives destinées à encourager les citoyens à prendre possession de leur bien-être et de leurs besoins (via l’agriculture, les services, les échanges locaux, etc.). Or, nombre d’entre eux connaissent des difficultés de lancements ou disparaissent après quelques années faute de moyens efficaces. Souvent financiers, ces manques sont parfois aussi purement logistiques, comme l’existence d’une salle permettant au projet de se réunir et d’exister.

Les pouvoirs publics peuvent entrer en jeu en tant, par exemple, que fonds de garantie pour les projets développés et dont l’empreinte devient durable dans le tissu social. Dans le cadre d’une monnaie complémentaire qui respecte les règles de fonctionnement en commun, un tel mécanisme de sauvegarde pourrait être mis en place en cas de mise en danger du projet. L’objectif est à la fois d’assurer la pérennité du commun et de ne pas voir s’effondrer, avec lui, d’autres pans de la sphère publique ou privée qui en ont bénéficié collatéralement. Les autorités peuvent également permettre aux projets rentrant dans une charte communale des communs à pouvoir bénéficier de locaux publics inutilisés afin de se développer et d’organiser leurs activités.

D’autres projets de plus grande ampleur peuvent aussi bénéficier d’un soutien public, comme celui du « Community Land Trust » (CLT). Grâce au modèle du CLT, les pouvoirs publics peuvent prévenir l’inflation des prix du foncier et empêcher la spéculation immobilière. Le CLT fonctionne en effet sur base de la séparation du sol et du bâti. Le sol reste la propriété de la collectivité comme bien commun, ce qui fait évidemment baisser le coût du logement vendu aux particuliers. Les pouvoirs publics, en particulier les communes, pourraient prendre une part active dans ces CLT. Ainsi, à Molenbeek, ce sont 32 familles qui vont acquérir des appartements écologiques et gérer de manière collective un jardin et une salle polyvalente partagée avec l’association Vie Féminine. L’achat du terrain a été subsidié par la Région bruxelloise en 2012. L’expérience pourrait être renouvelée ailleurs pour lutter contre la crise du logement et pour encourager de nouveaux engagements sociaux.

L’organisation de PPC repose sur un lien fort et de confiance. Cette obligation peut représenter un obstacle pour nombre de citoyens et d’élus. Cette nécessité de confiance est toutefois importante, le succès du commun reposant sur sa stabilité et sa pérennité.

4. Conclusion

La mise en place de PPC, tout comme les communs au sens général, passe par un récit mobilisateur et compréhensible pour le plus grand nombre. Les communs révèlent un nouvel imaginaire social, s’écartant d’une structure de gestion et de redistribution verticale, centralisée et fermée. Comme le souligne l’historien Peter Linebaugh, les communs peuvent se définir comme étant un verbe (« commoning ») engageant une action collective [10]. Les communs permettent de réactiver des territoires délaissés, de réhabiliter des friches industrielles, de regagner le terrain laissé à la voiture dans les années 70, de récupérer l’espace perdu dans les zonings commerciaux,… bref, de rendre l’espace rural ou de la ville à chacun et à tous.

Les communs ne signifient pas la fin de l’état. Au contraire, les communs permettent de privilégier la participation des citoyens dans la société et de réinventer notre modèle démocratique. La réussite de ces projets repose donc sur un rapport de force que les communs doivent gagner avec les pouvoirs publics. Cette démarche implique dès lors de repenser les relations entre ces deux sphères institutionnelles. Comme vu plus haut dans l’expérience parisienne, les communs ne peuvent être imposés de manière verticale. En l’absence d’une base sociale engagée et revendiquant un espace de décision par le bas, le projet n’a aucune fondation. Dans l’autre sens, l’absence d’écoute, de confiance et de reconnaissance de la part des pouvoirs publics rend le commun tout aussi impraticable. Les autorités publiques doivent être en phase avec les objectifs fixés par les citoyens eux-mêmes et éviter les projets entrant en contradiction avec les communs, au risque de les faire vaciller. Au lieu de freiner ces initiatives citoyennes, l’état pourrait parfaitement décider de soutenir la co-construction entre services publics et communs.

[1] Göktug Morçöl, « Self-Organization in Collective Action : Elinor Ostrom’s Contributions and Complexity Theory », in Complexity, Governance & Networks, vol. 1, n° 2 (2014), University of Bamberg Press, Bamberg, 2014, p. 9-22.

[2] Pierre Dardot, Christian Laval, Commun : Essai sur la révolution au XXIe siècle,Paris, Ĺa Découverte, 2014.

[3] Thomas Boccon-Gibod, Pierre Crétois (sous la direction de), Etat Social, Propriété Publique, Biens Communs, Le Bord de L’Eau, 2015.

[4] Sébastien Broca, « Préserver l’intérêt général contre les entreprises… et contre l’état. Les communs, un projet ambigu », Le Monde Diplomatique (2016), p. 3.

[5] Benjamin Coriat (sous la direction de), Le Retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire, Les Liens qui libèrent, Paris, 2015.

[6] Elinor Ostrom, Governing the Commons. The evolution of Institutions for Collective Action, Cambridge University Press, Cambridge, 1990, p. 101.

[7] « Public-Commons Partnership », in P2PF Wiki, P2P Foundation, 25 février 2014, [en ligne], https://wiki.p2pfoundation.net/Public-Commons_Partnership.

[8] Tine De Moor, « Co-operating for the future : inspiration from the European past to develop public-collective partnerships and transgenerational co-operatives », in Saki Bailey, Gilda Farrel et Ugo Mattei (sous la direction de), Protecting future generations through commons, Trends in Social Cohesion, Council of Europe Publishing, 2013, p. 81.

[9] Piloté par Michel Bauwens, ce plan s’inscrit dans celui porté par la Fondation P2P en Équateur, au sein du projet Flok (Free, Libre, Open Knowledge Society) (David Bollier, « Ecuador’s Pathbreaking Plan for Commons-Based Peer Production : An Update », in David Bollier, News and perspectives on the commons, 5 juin 2014, [en ligne], http://bollier.org/blog/ecuador%E2%80%99s-pathbreaking-plan-commons-based-peer-production-update ; « Research Plan », in Flok Society, 26 juin 2014, [en ligne], http://en.wiki.floksociety.org/w/Research_Plan).

[10] Peter Linebaugh, « Some principles of the Commons », in Counterpunch, Petrolia, 8 janvier 2010, [en ligne], http://www.counterpunch.org/2010/01/08/some-principles-of-the-commons/.

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Séminaire « Les Communs Urbains » 20 & 21 juin 2017 à Lille

La ville vous intéresse ? Vous avez déjà entendu parler des communs ? Vous vous intéressez aux réalités de votre environnement ?
Associations, collectifs, chercheur·euse·s ou acteurs publics se rassemblent avec nous les 20 et 21 juin à la MESHS,, 2 rue des Canonniers, Lille – sortie gare Lille Flandres

LIEN VERS INSCRIPTION

PROGRAMME

MARDI 20 JUIN

9H > 12H30 – ACCUEIL + PLÉNIÈRE
Les communs urbains : Processus de transformation des territoires ?

13H30 > 16H – ATELIERS CROISÉS // FAIRE LA VILLE EN COMMUN(S) : DE LA DYSTOPIE À L’UTOPIE RÉALISTE.
• Ils et elles l’ont fait c’est possible : Témoignages
• Imaginons notre ville idéale : Atelier participatif
• Juridiques et finances: Comment l’argent et le droit peuvent être au service du territoire ?

16h > 17h45 – DÉAMBULATIONS ET RESTITUTIONS CROISÉES

19H – PROJECTION & DISCUSSION
« Les chroniques de l’Emscher » de Christoph HÜBNER et Gabriele Voss
https://www.facebook.com/events/179108232617230/?fref=ts

MERCREDI 21 JUIN

9H > 11H30 – ATELIERS CROISÉS // FAIRE LA VILLE EN COMMUN(S) : DÉFAIRE NOS REPRÉSENTATIONS ?
• De l’occupation temporaire à la permanence des lieux :
la définition de nouveaux acteurs ?
• Jachère et temps de la ville : Redonner du temps à la ville, les enjeux et les outils
• Territoire de projets pédagogiques: au-delà des frontières administratives

14H > 16H30 – ATELIERS CROISÉS // L’INDIVIDU DANS LES COMMUNS URBAINS : INTERACTIONS, MOBILISATIONS ET COMPÉTENCES
• Cartographier sa commune : L’individu et ses interactions spatiales
• Et moi comment m’engager dans les communs urbains ? Format World Café
• Processus de mobilisation et d’action: Les communs urbains au cœur du développement de capacités sociales individuelles

ATELIER BONUS
La ville des enfants : autour des communs ?

16H45 > 18H – RESTITUTIONS CROISÉES
18H – INVITATION À L’EXPOSITION LE POINT COMMUN(S)
https://www.facebook.com/events/1933538266935668/?ref=ts&fref=ts

L’appétit des géants

Pouvoir des algorithmes, ambitions des plateformes

Olivier Ertzscheid

C&F Editions – 22 mai 2017
Il fallait un amoureux du web et des médias sociaux pour décrypter les enjeux culturels, relationnels et démocratiques de nos usages numériques. Olivier Ertzscheid met en lumière les effets d’échelle, l’émergence de géants aux appétits insatiables. En concentrant toutes nos activités numériques sur quelques plateformes, nous avons fait naître des acteurs mondiaux qui s’épanouissent sans contrôle. Nos échanges, nos relations, notre sociabilité vont nourrir des algorithmes pour classer, organiser et finalement décider pour nous de ce qu’il nous faut voir.

Quelle loyauté attendre des algorithmes qui se nourrissent de nos traces pour mieux alimenter l’influence publicitaire ou politique ? Comment construire des médias sociaux et un accès indépendant à l’information qui ne seraient pas soumis aux ambitions des grands acteurs économiques du web ? Pourquoi n’y a-t-il pas de bouton « sauver le monde » ?

Olivier Ertzscheid est plus connu sous le pseudonyme «affordance.info», du nom du blog qu’il tient depuis plus de 10 ans.

Au quotidien, ou presque, il démonte et commente sur ce blog l’actualité numérique, les relations avec ses étudiants, ses coups de coeur et ses colères. Un blog devenu indispensable à celles et ceux qui veulent que le numérique soit au service de l’intérêt général.

Pour ce livre, Olivier Ertzscheid a extrait une partie des articles concernant les grandes plateformes, principalement les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Comment celles-ci, loin d’être des services «neutres» sont en fait des formes nouvelles d’éditorialisation, qui visent avant tout à satisfaire les intérêts de leurs propriétaires.

Les algorithmes qui trient les réponses aux questions (notamment le PageRank de Google) et ceux qui trient l’ordre des posts que l’on peut voir sur les médias sociaux (notamment l’EdgeRank de Facebook) se comportent en fait comme des éditeurs, choisissant ce que nous allons voir une fois que nous sommes entrés sur une plateforme. Ce n’est pas en soi un problème… mais il faut alors que ces plateformes assument leur rôle de média et donc les responsabilités qui vont avec. Or elles se cachent derrière la technicité des algorithmes.

C’est à décortiquer cette situation que s’emploie Olivier Ertzscheid dans ce livre. Un ouvrage indispensable pour comprendre et faire évoluer les plateformes… en attendant de créer de nouvelles approches libres et indépendantes des intérêts publicitaires et du traçage.

Le livre est doté d’une préface par Antonio A. Casilli de Télécom Paristech.

Lire un extrait du livre… (PDF)

Entrevue avec Michel Bauwens autour de l’ouvrage « Manifeste pour une véritable économie collaborative »

Michel Bauwens répond aux questions de Frédéric Sultan à propos de son dernier ouvrage Manifeste pour une véritable économie collaborative. Il replace l’économie collaborative dans un contexte historique et l’évolution du capitalisme, aborde la relation entre travail et commoning et la dimension démocratique d’une société basée sur les communs.

Source : Remix The Commons

L’exclusion forcée du marché comme enclosure des biens communs

Nous reprenons ici un excellent article de Calimaq sur son blog scinfolex.com, sous licence CC0 Public Domain.

La semaine dernière est paru sur le site Reporterre un intéressant article consacré à Jean-Luc Danneyrolles, le fondateur du « Potager d’un curieux » : un lieu situé dans le Vaucluse dédié à la préservation et à la promotion des semences libres. Le papier explique notamment le parcours du combattant que ce paysan a dû traverser pour faire accepter son activité par les autorités administratives. Il a heureusement pu régulariser pour l’essentiel sa situation, mais un point continue à générer des frictions : celui de la commercialisation des semences qu’il produit.

Quand on pose à Jean-Luc la question simple du droit à vendre toutes ses graines, il renverse l’interrogation. « De quel droit n’aurait-on pas le droit de produire de bonnes graines et de les commercialiser ? C’est la réappropriation de ce patrimoine que je défends. On n’a pas le droit, on prend le droit. Prendre un droit, ce n’est pas voler quelque chose, explique t-il. Je ne m’imagine jamais que la police viendra m’arrêter parce que je vends mes graines. On est soutenu par la société civile, c’est-à-dire qu’il y a plein de gens qui m’encouragent à continuer et ça me suffit. »

Interdiction de commercialiser les semences libres ?

Comme j’ai déjà eu l’occasion d’en parler sur S.I.Lex, les semences peuvent faire l’objet en Europe d’un droit de propriété intellectuelle par l’intermédiaire des Certificats d’Obtention Végétale (C.O.V.) qui protègent des variétés obtenues par les semenciers. Par ailleurs, pour pouvoir légalement commercialiser des semences, il faut que celles-ci soient enregistrées dans un catalogue reposant sur des critères excluant par définition les variétés anciennes, comme l’explique l’article de Reporterre :

Pour la commercialisation de graines ou de plants, le décret n° 81-605 du 18 mai 1981 impose l’inscription des variétés au catalogue officiel des espèces et variétés végétales. Et pour être inscrites, les variétés doivent subir deux tests : DHS (pour « distinction, homogénéité, stabilité ») et VAT (pour « valeur agronomique et technologique »). Premier accroc, les variétés anciennes, paysannes, de terroir, appelez-les comme vous le voulez, sont par essence instables. Elles s’expriment différemment selon les biotopes et les conditions climatiques. Donc retoquées par les tests d’entrée au catalogue.

Les variétés qui respectent les critères DHS constituent en général des « hybrides F1 » produits par les grandes sociétés semencières, qui donnent des plantes aux caractéristiques identiques, quel que soit leur environnement. Elles dégénèrent aussi dès la première reproduction, ce qui empêche les agriculteurs et les jardiniers de réutiliser les semences et les oblige à racheter chaque année des graines aux mêmes industriels. On voit donc que le système a été conçu pour privilégier mécaniquement les variétés protégées par des droits de propriété intellectuelle, tandis que les semences dites « libres » (celles appartenant au domaine public) sont désavantagées, notamment parce qu’elles ne peuvent être commercialisées.

La réglementation s’est néanmoins quelque peu assouplie au niveau européen depuis 2011, avec la mise en place d’une liste complémentaire au catalogue officiel reposant sur des critères d’homogénéité moins drastiques, qui permet d’y faire entrer des variétés anciennes. Mais cette marge de manoeuvre demeure insuffisante pour couvrir l’ensemble des semences du domaine public, ce qui fait que des paysans militants, comme Jean-Luc Danneyroles, restent pour une large part dans l’illégalité lorsqu’ils veulent commercialiser les semences qu’ils produisent. Ils risquent notamment des amendes infligées par la répression des Fraudes, qui peuvent être élevées (même si elles sont rarement appliquées en pratique). Une association comme Kokopelli a décidé de braver ouvertement ces interdictions ubuesques, en revendiquant comme un droit la possibilité de commercialiser les semences libres, jusqu’à le défendre devant la justice. On a cru l’an dernier que la situation allait changer avec la loi Biodiversité dont un article autorisait explicitement les associations à but non lucratif à commercialiser des semences appartenant au domaine public. Mais le Conseil constitutionnel a hélas prononcé l’annulation de cette partie du texte, au motif – très contestable – qu’elle entraînait une rupture d’égalité vis-à-vis des sociétés commerciales.

Sur toutes ces questions complexes liées à la législation sur les semences, je vous recommande fortement l’ouvrage suivant, récemment paru, qui permet d’en comprendre l’essentiel rapidement :

Des liens ambigus entre enclosures et marchandisation

Ce que je trouve intéressant avec cette histoire racontée dans Reporterre, mais plus largement avec la problématique des semences libres, c’est qu’elles illustrent bien les rapports complexes qu’entretiennent les biens communs et le marché. On considère en effet que les semences libres constituent un exemple-type de ressources assimilables à des « Communs ». Elles sont en effet parvenues jusqu’à nous par le biais d’un processus de transmission de génération en génération d’agriculteurs, qui ont conduit le processus de sélection et de croisement nécessaires pour développer les variétés et les adapter à leur milieu. Les variétés dites « anciennes », « paysannes » ou « traditionnelles » ne sont pas protégées par des droits de propriété intellectuelle : elles appartiennent au domaine public et sont donc à ce titre, librement reproductibles, ce qui en fait tout l’intérêt pour les agriculteurs, notamment pour se défaire de leur dépendance vis-à-vis des industries semencières.

Pancarte dans une manif, où les semences sont assimilées à un bien commun.

Comme ces semences appartiennent au domaine public, elles devraient aussi pouvoir faire l’objet, en tant qu’objets physiques, d’une libre commercialisation sur le marché. On voit bien que c’est une condition pour que des activités comme celles du « Potager d’un curieux » ou de Kokopelli puissent être durables et se développer. Même si ces structures adoptent généralement des formes associatives tournées vers la non-lucrativité ou la lucrativité limitée, elles ont besoin d’une connexion avec le marché, ne serait-ce que pour couvrir les coûts induits par la production et la distribution des semences. Or c’est précisément ce qui leur est aujourd’hui interdit théoriquement par la réglementation, qui s’est organisée pour exclure du marché les semences traditionnelles, via notamment les obligations d’enregistrement au catalogue officiel.

On voit donc qu’ici, l’enclosure spécifique qui pèse sur les semences consiste en une exclusion forcée du marché, et c’est quelque part contre-intuitif, par rapport à l’idée générale que l’on peut se faire du phénomène d’enclosure des biens communs. Historiquement, les enclosures ont frappé d’abord certaines terres qui faisaient l’objet d’un usage collectif par la distribution de droits de propriété privée pour les transformer en marchandises. Des propriétaires fonciers se sont vus reconnaître en plusieurs vagues le droit d’enclore des terres faisant auparavant l’objet de droits d’usage collectifs coutumiers. C’est notamment ce qui s’est produit en Angleterre au cours du 18ème et du 19ème siècle. En France, le démantèlement des Communs a plutôt pris la forme à partir de la Révolution française d’un processus de « partage des Communaux« , qui a consisté en la mise en vente dans certaines régions de ces terres pour qu’elles deviennent des propriétés privées. Dans ces deux cas, l’enclosure prend la forme d’une inclusion forcée dans le marché de biens qui, auparavant, en étaient « protégés » et l’on peut même dire que l’enclosure vise alors explicitement à la marchandisation du bien.

Il faut relire à cet égard les analyses de l’historien Karl Polanyi dans son livre « La Grande Transformation » dans lequel il explique comment la « société de marché » s’est constituée et généralisée en produisant trois sortes de « marchandises fictives » : la terre (et plus largement la nature), le travail (l’activité humaine) et la monnaie. Dans sa vision, c’est l’inclusion forcée de ces trois biens essentiels dans les mécanismes du marché qui a permis à celui-ci de se « désencastrer » du reste de la société et de devenir ce système auto-régulé qui a permis l’essor du capitalisme.

L’exclusion du marché comme enclosure

De ce qui précède, on peut avoir l’impression que l’enclosure est donc intimement liée à la « marchandisation ». On constate d’ailleurs que beaucoup des luttes sociales menées au nom des Communs réclament que certains biens soient exclus du marché,  ou soumis à une régulation spécifique, qui les protègent de ses excès les plus destructeurs. C’est le cas par exemple pour les combats menés autour de l’eau, en Italie notamment, qui sont passés par l’opposition à la privatisation de la gestion de l’eau par de grandes sociétés.

Une affiche sur le droit à l’eau qui insiste sur le fait qu’elle ne doit pas être considérée comme une ‘ »simple marchandise ».

Néanmoins, le cas des semences nous montre que la question des enclosures est beaucoup plus complexe. Pour bien saisir ce qui arrive aux semences, il faut en effet les appréhender de deux manières différentes : dans leur dimension immatérielle, à travers les variétés végétales que les semences expriment et dans leur dimension matérielle, à travers les objets physiques que sont les graines produites par les paysans. Les variétés végétales anciennes ne font pas (et n’ont jamais fait) l’objet de droits de propriété intellectuelle, à la différence des hybrides F1 produits par l’industrie semencière. A ce titre, ces variétés sont effectivement « dé-marchandisées », au sens où elles ne peuvent faire l’objet, en tant que telles, d’exclusivités soumises à autorisation et transaction. Mais les graines produites par les paysans constituent de leur côté des objets physiques rivaux, qui font l’objet de droits de propriété et peuvent être légitimement vendus sur le marché. Sauf que la législation sur les semences a été organisée pour empêcher justement à ces semences d’accéder au marché et pouvoir faire l’objet d’une commercialisation, contrairement aux variétés propriétaires. L’enclosure du bien commun que constituent les semences traditionnelles n’a donc pas ici la même nature que celle qui a frappé les terres ou l’eau : elle consiste en une exclusion forcée du marché.

A vrai dire, on pourrait dire que les semences libres sont soumises à un double processus d’enclosure, les deux travaillant en sens inverses. On sait en effet que certaines grandes firmes comme Bayer ou Monsanto travaillent à déposer des brevets abusifs sur certaines des caractéristiques de plantes anciennes, comme des résistances naturelles à des maladies. Elles font cela pour se réserver des droits sur la « dimension immatérielle » des végétaux, en créant de nouvelles variétés OGM dans lesquelles elles vont injecter les gènes porteurs de ces traits particuliers. Dans cas, elles utilisent un droit de propriété intellectuelle pour provoquer une inclusion forcée dans le marché sur un élément qui, auparavant, appartenait au domaine public et était librement utilisable. Un des exemples les plus connus de ce phénomène qu’on appelle « biopiraterie » a par exemple concerné un brevet déposé par une société hollandaise sur un caractère de résistance aux pucerons d’une laitue, lui permettant ensuite de lever une redevance sur tous les producteurs de semences de ces salades.

L’enclosure peut donc consister en une inclusion forcée dans le marché et c’est souvent l’effet de l’application de droits de propriété intellectuelle. Un autre exemple que l’on pourrait citer en ce sens est celui des articles scientifiques. Produits dans leur grande majorité par des chercheurs employés par les universités publiques, ils sont captés par des éditeurs privés par le biais des cessions de droits d’auteur consentis par ces mêmes chercheurs au moment de la publication, et revendus ensuite à des prix très élevés aux universités. Celles-ci sont alors obligées de racheter avec de l’argent public ce qui avait pourtant à l’origine été financé par des fonds public (le salaire des chercheurs). Pour reprendre le vocabulaire de Polanyi, on est là dans un cas caricatural de « marchandises fictives », créées par l’application artificielle de droits de propriété intellectuelle sur des biens afin de les inclure de force dans un marché.

Mais inversement, on trouve aussi des biens immatériels qui subissent, comme les semences, des phénomènes d’enclosure par exclusion forcée du marché. Si l’on prend par exemple le cas des logiciels libres, on connaît par exemple le problème de la vente liée (dite aussi parfois justement « vente forcée ») qui fait que l’on ne peut en général acheter des ordinateurs sans logiciels propriétaires préinstallés, ce qui conditionne les utilisateurs à l’usage des logiciels protégés au détriment des logiciels libres. L’an dernier, la Cour de Justice de l’Union Européenne a d’ailleurs refusé de considérer que la vente liée de PC et de systèmes d’exploitation propriétaires constituait une pratique commerciale déloyale. L’analogie avec les semences n’est pas parfaite, mais il existe tout de même un lien dans la mesure où le problème de la vente liée empêchent les logiciels libres d’atteindre le consommateur dans les mêmes conditions que les logiciels propriétaires, alors que le marché des machines serait important pour leur distribution et leur adoption par le plus grand nombre. Au final, le consommateur est privé dans le deux cas du choix de pouvoir opter pour une solution libre, radicalement en ce qui concerne les semences et relativement pour les logiciels.

Pour une approche complexe des liens entre Communs et marché

Arriver à appréhender le phénomène des enclosures dans toute complexité est à mon sens important, notamment pour éviter des contresens sur la question des Communs. On dit parfois que les Communs constituent une « troisième voie entre le Marché et l’Etat« , mais cette manière de présenter les choses est assez trompeuse. Il vaudrait mieux dire que les Communs, avec l’Etat et le marché, constituent une manière pour les humains de prendre en charge des ressources. Ces trois pôles peuvent selon les moments de l’histoire avoir plus ou moins d’importance (aujourd’hui, nous traversons une période de domination écrasante des mécanismes du marché auto-régulé, se traduisant par une marginalisation des Communs et un affaiblissement de l’Etat). Mais les Communs sont toujours articulés à l’Etat et au marché : ils ne constituent jamais une sphère complètement autonome. Ils peuvent notamment avoir besoin de débouchés sur le marché pour exister et peser significativement dans les relations sociales. C’est ce que montre parfaitement l’exemple des semences libres.

 

Un schéma produit par Unisson sur les liens entre les Communs, le marché et les acteurs publics.

Certes, il existe aussi des cas où il faut se battre pour une « dé-marchandisation » de certains biens et beaucoup des luttes pour la récupération des Communs passent par cette confrontation avec le marché pour lui « arracher » des ressources essentielles. Mais il existe aussi des cas où il faudra au contraire se battre pour le droit à ce que des ressources rejoignent le marché pour faire l’objet d’échanges. Cela peut paraître à première vue déroutant, mais il me semble crucial de garder ceci en tête pour ne pas sombrer dans un romantisme qui nous ferait croire que l’objectif est de « sortir de l’économie », comme on peut le lire parfois… Il y a un combat aussi à mener « dans l’économie », comme le disait justement Karl Polanyi, pour « réencastrer » cette sphère au sein des processus de régulation sociale et notamment dans des logiques de réciprocité.

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C’est ce qu’exprime d’ailleurs à sa manière Jean-Luc Danneyroles à la fin de l’article de Reporterre, en faisant référence à la question du troc et des communs. On sent à la fois sa réticence à considérer les semences comme des marchandises « comme les autres » et son besoin de se connecter pourtant à un marché :

Au calme, dans sa cuisine en plein air, au moment du café, comme quasiment tous les jours, Jean-Luc reçoit de la visite. Une curieuse cherche de la camomille romaine pour des soins de peau. Jean-Luc lui prodigue conseils, noms de plantes et méthodes de culture. Elle repartira avec ses sachets de graines, en échange de savon et de dentifrice qu’elle a confectionnés. Jean-Luc a toujours un peu de mal avec le fait de se faire payer. « L’idéal, c’est le troc, j’aime l’idée des biens communs, qu’on ne paye pas pour ce qui appartient à la nature. » Utopiste oui, mais les pieds sur terre. « Tout travail mérite salaire », sait-il, et ses graines sont son moyen de vivre.